Boule Madigra, pour clôturer le carnaval

PUBLIÉ 2018-02-15
A l'initiative conjointe des comités du carnaval national et de celui de la mairie de Port-au-Prince s'est tenu à la rue Massillon Coicou à l'aube du mercredi 14 février 2018 la cérémonie de "Boule madigra". Ce rituel pour signifier la fin de la période carnavalesque a été dirigé par Bedfod Valès qui a confectionné également certaines des mascottes qu'on a brulées.


Pour nous faire saisir l'essence du rituel " Boule Madigra ", Maëlle David (responsable artistique au sein du comité du carnaval) a d'abord mis en relief la nature même du carnaval. " C'est le moment, dit-elle, où l'on se défoule à 100 %. C'est l'occasion de transgresser les tabous, où exprimer sa rage, sa colère, est admissible ". Selon les croyances, tel qu'elle explique, toutes ces énergies lâchées dans la nature durant cette période se doivent d'être conjurées symboliquement le dernier jour.

Les riverains de la rue Massillon Coicou, mêlés à quelques carnavaleux, ont assisté à l'aube du mercredi 14 février 2018 à ce rituel qui consiste à l'autodafé de plusieurs mascottes, qui a eu lieu peu de temps après le passage du char de Michel Martelly, le dernier à déambuler sur le parcours du carnaval. La mise à feu de plusieurs mascottes a été accompagnée de formules incantatoires, de chants sur une mélodie de tambour et d'autres instruments associés au rara de la bande Bila Lawouze menée par Bedfod Valès.

C'est la quatrième fois que Josué Blanchard, le créateur de certaines des mascottes, s'est vu attribué la confection de ces statues éphémères. " L'une des mascottes est baptisée " Wa kanaval ", c'est la plus grande. Elle fait presque 5 m de haut. " Je me réjouis, dit-il, qu'on ait fait appel à moi 3 fois pour confectionner des mascottes, je me réjouis davantage du fait que ce comité, notamment Maëlle David ait pensé à revenir avec cette coutume très important dans l'organisation du carnaval ". La légende veut selon lui que la non-observance de ce rituel entraîne dans la foulée du carnaval beaucoup de troubles politiques dans le pays. "

Pour réaliser ces statues, il a fait usage de matériaux comme le bois dur, les lattes, les nattes, les paniers de marchands. L'artiste, qui a un faible pour la récupération, a dépossédé la ravine " Bois de chêne ", de ces assiettes, de ces gobelets en styrrofoam qu'on y retrouve en grande quantité. " C'est un rituel qui consiste à chasser les mauvaises énergies. En tant qu'artiste engagé, il m'a paru juste d'en profiter pour conjurer cette tendance chez nous à salir notre environnement ".

La cérémonie a été dirigée par Bedfod Valés à la demande de Yannick Louis du comité du carnaval de Port-au-Prince. C'est le maire de la capitale, Youri Chévry, qui a mis le feu aux mascottes. Maëlle explique qu'autrefois tout le monde venait puiser dans les cendres émanant de cet incendie. Josué ajoute, lui, que ce ne sont pas seulement les mascottes qu'on brûlait jadis mais aussi les maracas, les maillots, les déguisements…utilisés dans le cadre du carnaval.

Pour nos deux interlocuteurs qui ont participé à ce rituel, les flammes qui ont éclairci l'aube le mercredi 14 février 2018 à proximité du QG de la " Relax band " ont emporté dans le monde des souvenirs le carnaval de 2018 et ouvrent, de fait, la voie à une nouvelle ère. Les deux souhaitent que notre pays aborde véritablement une nouvelle ère bien plus clémente, conformément au thème " Ayiti sou wout chanjman " qui a été retenu cette année.



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