Deux spectacles inégaux au carnaval de Port-au-Prince

Publié le 2018-02-09 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le carnaval de Port-au-Prince est traditionnellement composé de deux parties qui s’entremêlent.

D’un côté, il y a les groupes déguisés qui ouvrent le cortège. Les bandes à pied les suivent. Tout ce petit monde s’entrecroise.

D’un autre côté, il y a la partie motorisée composée de chars allégoriques et de groupes musicaux montés sur camion. Ils se suivent ou s’entrelacent.

Des fois, tout le monde se trouve pris dans un tourbillon de sons et de couleurs. Les genres et les gens s’imbriquent sur le parcours. La beauté du carnaval de Port-au-Prince est dans ce laisser-frapper permanent. Des fois, c’est bon enfant. Des fois, c’est chaud comme un arrimage violent de grands fauves.

Ce qui manque souvent c’est la discipline pour imposer de la distance entre les groupes. Pour demander au public lâché sur la voie publique de faire place au spectacle. Pour imposer une cadence continue au lent cortège du défilé et l’aider à tuer les heures creuses sans un char.

Au fil des années, depuis les fameuses polémiques entre Nemours et Sicot, c’est la place prépondérante accordée aux groupes musicaux et à leur guerre de décibels qui décident du sort du carnaval. On vient plus pour entendre que pour voir. C’est dommage.

Fini le char majestueux de la Maison Dadesky monté par le Bossa Combo! Finies les lumières du char Sylvanya-GTE du Scorpio ! Fini le long char de la Maison Brandt-Fresca monté par le Shoogar Combo ! Fini le char Datsun rempli de fanatiques aux couleurs du DP Express… Une semi-remorque, des haut-parleurs et le tour est joué. De nos jours, faire le carnaval n’est pas compliqué. Même les masques ne sont pas exigés.

Au fil des ans, au carnaval, on se contente de peu et du bruit. Finis les chars allégoriques les uns plus beaux que les autres dans une espèce de compétition entre institutions ! Fini le désir d’attraper à tout prix le sourire ou les surettes d’une reine gracieuse ! Fini l’émerveillement devant la table garnie du gargantuesque roi du carnaval ! On ne peut plus rêver non plus de nos jours d’attraper une boîte de lait Papillon et son parachute. On ne va plus au carnaval pour ça.

L’ambiance a pris la place du spectacle.

Le défilé des trois jours gras ne connait plus d’améliorations notables. Ce qui est bien une année n’est pas nécessairement repris l’année d’après. Nous multiplions les à-peu-près. Il n'y a aucune compétition pour bandes à pied, reines, groupes musicaux, architectes, designers, ingénieurs du son, stands ni le souci de rechercher la beauté et l'originalité.

Nos madigra sont de plus en plus mal masqués. Des groupes musicaux multiplient année après année des participations décevantes. Chars allégoriques, stands et déguisements sont recyclés. L'imagination fuit le carnaval. Le comité organisateur n'apprend pas assez des leçons des éditions passées.

Le carnaval de Port-au-Prince a deux parties inégales. L’un qui accapare une bonne partie du budget et qui fait du bruit. L’autre, deux, trois jours avant le défilé qui essaie de faire de son mieux pour créer le spectacle.

Tout le monde peut faire mieux.

Frantz Duval
Auteur
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