Le mur imaginaire de Trump est Faillible

Publié le 2018-01-26 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

À Jéricho, le plus célèbre; en Chine, le gigantesque; à Berlin, le plus beau. Les murs, depuis la nuit des temps, demeurent un moyen de défense sacrée pour les États. Et pour cause, les royaumes, les empires, les théocraties et les républiques lèguent à l’humanité d’innombrables constructeurs de murs. Les premiers habitants de Jéricho construisirent un mur de protection au IXe millénaire avant notre ère; l’empereur chinois Qin Shi Huangdi fit construire au IIIe siècle un mur contre l'acculturation et contre l’invasion des Mongoles, il était long de 5000 kilomètres; les Allemands ont construit le mur séparateur des idéologies, en 1961.

Néanmoins, rares sont les murs du monde qui restent debout pour toujours ; la plupart n’ont pas pu atteindre leur objectif avant de s’écrouler ; certains restent insignifiants. En Chine, les traditions mongoles se font encore sentir malgré la présence du mur; en Allemagne, ni le communisme à l’Est ni le capitalisme à l’Ouest n’ont pu briser les liens d’amour et de convivialité pendant les 28 ans de l’existence du mur de Berlin.

Aux États-Unis, le trumpisme veut reproduire l’histoire. Il a son but et son modus operandi. Il se veut l’apôtre de la suprématie blanche, une vieille tendance occidentale née au temps de l’esclavage aujourd’hui menacée, chez l’oncle SAM, par la fécondité hispanophone et stupéfaite devant le progrès des migrants en général. En effet, le président Trump avait fait sa campagne sur l’érection d’un mur frontalier contre le Mexique, dans le but honteux de mater l’invasion des chercheurs de pain.

Le projet du mur de Trump restera toutefois fictif pour plus d’un. Car, la tradition de « pays d’accueil » des États-Unis influencerait négativement l’élévation de ce mur. De plus, la flexibilité coutumière des élus démocrates, les pressions des organisations défendant le droit des migrants, le coût gargantuesque du labeur, en général, sont autant de facteurs qui pourraient expliquer le caractère mort-né du mur des suprématistes blancs.

En réalité, le mur de Trump essuie des revers très pesants. D’ailleurs, son chef de cabinet, John Kelly, vient d’affirmer sur Fox News que la position de son patron sur le mur avait « évolué » depuis sa campagne électorale. Selon le Washington Post, des élus démocrates certifiaient que M. Kelly avait admis que le président Trump avait été « mal informé », lors de la campagne présidentielle en 2016, sur la nécessité de construire le mur.

Autrement dit, les coulisses sur un probable retrait sur la construction du mur sont connues. Tout montre que Trump se repent, peu à peu, de ce projet phare de sa campagne, même s’il a contredit les déclarations de son chef de cabinet par un tweet. Les sorties disjointes des officiels augurent mal du devenir du mur.

L’Impact du « Shut Down »

La fermeture des services fédéraux non essentiels ce vendredi, 18 janvier 2018, est un autre ennui au projet du mur. Cet incident, qui se traduit par une crise budgétaire créée par l’absence d’un consensus entre les démocrates et les républicains, influera aussi sur la construction du fameux mur. D’autant plus que le projet du mur faisait partie des discussions du jour antérieur à l’entrée en vigueur de l’arrêt du gouvernement fédéral. Autrement dit, ce mur budgétivore demeure l’une des inquiétudes de bien des élus. C’est-à-dire, la renaissance du gouvernement devra tenir compte de tout gaspillage du billet vert.

Le mur de Trump paraît plus solvable que solvant. Ce mur contre le Mexique confirmerait plutôt le désaccord du président avec la migration traditionnelle; il aurait préféré une « immigration basée sur le mérite » et/ou des gens de la Scandinavie. Aujourd’hui, dans l’embarras, ce mur reste encore imaginaire. Le Mexique décline de payer son coût; des caciques gouvernementaux dénoncent son accouchement et des sénateurs démocrates refusent d’en être des coartisans. Voilà les adversités qui entravent la conception du mur de Trump. Le hasard questionne sa raison d’être. Ce mur est utopique et faillible.

Jean Rony Monestime ANDRÉ BS en Médecine Nucléaire; BA en Conn. Générales MHA-Master en Healthcare; Doctorant en Sciences de la Santé Professeur à Seton Hall University, New Jersey, USA Email : Jean-rony.andre@shu.edu Auteur
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