« Yon nèg apa », une traduction en créole de l’Etranger d’Albert Camus

Publié en mai 1942, au beau milieu de la Seconde Guerre mondiale, l’Etranger d’Albert Camus est à nouveau traduit en créole par le professeur Frantz Gourdet, après celle de Guy Régis JR parue aux Presses Nationales d'Haïti en 2008.

Publié le 2018-02-05 | Le Nouvelliste

Culture -

La traduction en créole haïtien de« Yon nèg apa » nous plonge dans un climat de divorce, de déracinement d’un homme singulier aux traits atypiques. En effet, différente du type habituel, cette publication faite en créole est compilée une page sur deux selon la version française de l’auteur du récit.

Tous les faits du récit original ont été colligés et portés dans un décor propre au texte français qui donne à voir que la littérature est d’abord une pensée universelle qui peut être traitée quelle que soit la langue. Car si des écrivains noirs ont affirmé que la langue créole est infirme et le restera, ce travail minitieux les contredit.

Cependant, une question percute bon nombres de lecteurs. Le titre de la traduction traduit-il la philosophie camusienne ?

L’Etranger, qui porte sur l’absurdité, est le point zéro de la réflexion camusienne. C’est un homme ordinaire, avec ses habitudes comme nous tous, qui un jour de sa vie croise la perception de l’absurdité dans son quotidien. Alors, au terme d’une vie coutumière, des questionnements sur l’existence surgissent, se taillent et conduisent à d’autres chaînes de gestes ou de réveil que le personnage principal, Mersault ou Mèso, confronte. Entre le désir d’une explication face aux faits, la découverte de la mortalité de l’homme et face à l’indifférence du monde qui se précipite, un long silence accentué par un souffle « pour qui toutes les directions de la vie, même les plus opposées, sont en équivalence », se tissent. Avec l’absurdité comme seul rempart, l’homme devient étranger à lui-même et au reste du monde.

Il faut aussi noter quelques rares mots, comme « verrière », des phrases, la syntaxte qui ont été seulement passés du français en un créole qui ne donne que peu à un lecteur ou une lectrice à savourer un récit traduit en créole sans sentir la marque ou le poids de la langue originale du texte: « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas.» « Jodi a, manman mouri. Oswa yè, m pa konnen. » Aussi, dans le cadre d’utisation des supports traduits pour servir à l’alphabétisation, une traduction qui pourrait éviter le poids de la langue, si faiblement qu'il soit, serait un autre pas.

Frantz Gourdet est traducteur de plusieurs livres de la littérature classique, entre autres, en créole.

Eunice Eliazar eunice18271@gmail.com Auteur
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