Haïti mérite bien mieux de la part de Trump

Publié le 2018-01-19 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Lors de la campagne présidentielle de 2016, le candidat Donald Trump s'est présenté au « Little Haiti Cultural Center » de Miami pour déclarer qu'il serait le «champion» des immigrants haïtiens. Loin de tenir sa promesse, Trump, depuis qu'il est devenu président, a dépouillé les immigrés haïtiens de leur Temporary Protective Status (TPS) et les menace d’expulsion. Il a aussi ravivé la stigmatisation que les Haïtiens sont porteurs du virus du SIDA. Et la semaine dernière, il a eu recours aux pires vulgarités pour les insulter. Sa déclaration, qu’il ne serait convenable d’imprimer, non seulement le diminue en tant que dirigeant présumé du monde libre, mais révèle aussi malheureusement une méconnaissance totale de la résilience des Haïtiens et des contributions significatives de leur patrie à l'histoire des États-Unis.

Haïti est devenue la première nation de l’hémisphère occidental à être dirigée par d'anciens esclaves. C'était la première nation à embrasser le concept de la liberté pour tous, mettant fin à l'esclavage sur cette île. La France et les Etats-Unis ont prêché "la liberté, l'égalité et la fraternité" et ont même proclamé que "tous les hommes sont nés égaux", mais ils n'ont pas appliqué ces idées aux Africains asservis.

Haïti et les Etats-Unis étant, comme les deux premières nations indépendantes de l'hémisphère occidental, leus histoires ont été étroitement liées et entrelacées pendant plus de deux siècles. Les deux pays ont mené la lutte contre le système colonial européen. Les Haïtiens étaient présents durant la guerre des États-Unis contre les forces anglaises. Commandée par l'Amiral français, le comte Jean-Baptiste D'Estaing, la légion noire de Saint-Domingue s'est battue aux côtés de l'armée continentale lors de la bataille de Savannah.

Par ailleurs, la défaite de Napoléon en Haïti a ouvert la voie à l'achat de la Louisiane par les États-Unis en avril 1806. Henry Adams a affirmé que seul le préjugé racial empêche le peuple américain de reconnaître sa dette au courage désespéré de 500.000 noirs haïtiens. L'achat de la Louisiane représente vraisemblablement le plus grand accomplissement de la présidence de Jefferson, parce qu'il a doublé la superficie de son pays.

L'indépendance haïtienne a inspiré des leaders comme l'Afro-Américain Nat Turner qui a soulevé une rébellion pour la libération de ses frères, ce qui a sans doute précipité la fin de l'esclavage en Amérique. À Pittsburgh, dans l’État de Pennsylvanie, la communauté abolitionniste du « Hill district » s'appelait « Little Haïyti » pour témoigner sa fierté vis-à-vis de la Révolution haïtienne.

Et si Trump avait une connaissance de l'histoire du Parti républicain, il saurait que le président Abraham Lincoln, l'icône du GOP, a reconnu la valeur d’Haïti et de l’Afrique lorsqu'il a imploré le Congrès de reconnaître l’indépendance de cette île et du Libéria. Son discours fut publié dans le New York Times du 5 février 1862.

C'est un immigrant haïtien, Jean Baptiste Pointe du Sable de Saint-Marc, qui a fondé la ville de Chicago, la ville d'adoption du premier président noir américain, Barack Obama.

Tout au long du 19ème siècle, les Haïtiens-Américains se sont engagés dans la lutte pour surmonter les préjugés et les pratiques racistes que Donald Trump ne cesse d'entretenir envers les personnes de couleur sur le continent américain et au-delà. C'était le « Comité des Citoyens » composé d'Haïtiens-Américains sous la direction de Lucien Rodolphe Desdunes qui a porté devant la Cour Suprême des Etats-Unis la célèbre affaire Plessy V. Ferguson, contre la discrimination dans les transports publics en Louisiane.

Il convient de rappeler à Trump la participation active et constante et les nombreuses contributions que les Haïtiens continuent d’apporter jusqu’à ce jour pour influencer positivement tous les aspects de la vie en amérique. Les haïtiens-américains ont fait leur marque dans la politique américaine: ils ont servi dans les assemblées législatives des États de Floride, du Massachusetts et de New York. Mia Love, la fille d'immigrants haïtiens née à Brooklyn, est devenue la première femme noire du Parti républicain et la première Haïtienne-Américaine élue au Congrès américain.

Les Haïtiens-Américains contribuent à enrichir la culture américaine à travers leurs talents artistiques. L'art haïtien n’est pas seulement présent mais aussi valorisé aux États-Unis. En 1978, le « Brooklyn Museum de New York » accueillit une exposition d'art haïtien qui fut ensuite transférée au “Milwaukee Art Centre” et au “New Orleans Museum of Art”. En 2004, Haïti fit partie du « Smithsonian Folklore Festival ». L'art haïtien n'est pas seulement exposé dans les musées à travers l'Amérique, mais habille également les murs dans d'innombrables salons américains.

Les musiciens haïtiens ont généreusement contribué au développement de la culture pop américaine. En 1996, le groupe de musique rap les “Fugees” fit sortit sa chanson à succès "The Score,” vendue à douze millions d'exemplaires en un peu plus d'un an. L'une des stars du groupe, Wyclef Jean, a remporté des prix Grammy en tant que musicien, compositeur et chanteur. La célèbre vedette d'Hollywood, Garcelle Beauvais, est une Américaine d'origine haïtienne connue et appréciée qui est considérée comme un nom courant par de nombreux spectateurs dans tout le pays. En littérature, l'écrivaine haitiano-américaine Edwidge Danticat occupe une place de choix. Elle est une romancière et essayiste de renom.

La réalité fait est que les Haïtiens-Américains ont prouvé leur apport et leur importance aux États-Unis au niveau de l'éducation, de la religion, des arts culinaires, du système juridique et dans tous les autres domaines de la vie. Donald Trump a malheureusement adressé ses réflexions grossières, méprisantes et intempestives à Haïti et à tout le continent africain. Il peut essayer de toutes ses forces de faire revivre le racisme, mais il lui sera vraiment difficile de “regimber contre l’aiguillon.” Car il ne peut tout simplement pas revenir en arrière. L'âge de la suprématie blanche est bien révolu. Nous évoluons désormais résolument dans l'ère de la liberté et de la dignité humaine pour TOUS.

Léon D. Pamphile, Ph. D Auteur
Ses derniers articles

Réagir à cet article