Les livres qui ont marqué Gaëlle Bien-Aimé

PUBLIÉ 2018-01-10
Certains éprouvent du plaisir en lisant, d’autres ne ressentent que de l’ennui ou ne le font que par obligation d’un travail académique à réaliser. Gaëlle Bien-Aimé, elle, y voit l’essence de la nature. Quand la comédienne cherche à comprendre et à savoir, quand elle veut découvrir et explorer, elle se plonge dans un livre. Vous voulez savoir 5 des titres qui ont le plus marqué sa vie ? Allons rallonger votre liste.


Étant comédienne, Gaëlle flirte avec les livres. Elle dit avoir un besoin constant d’être en contact avec eux. Certains textes qui l’ont marquée sont ceux sur lesquels elle a travaillé, qu’elle a mis en spectacle.

« On ne badine pas avec l’amour », d’Alfred de Musset (théâtre)

Ce passage m’a particulièrement touchée. Pour moi, c’est l’essence même du livre. « ...tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées; le monde n'est qu'un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux... » Musset est pratiquement le contemporain de Molière. Au même titre que Marivaux, il produisait des réflexions dans lesquelles les personnages féminins étaient plus ou moins émancipés. Les femmes parlaient, elles n’étaient pas bêtes et c’était limite féminisme quoi ! Et ce passage, en tant que comédienne, m’a interpellée. Il me ramène à l’essentiel. Cela m’a fait penser à l’égalité des sexes, à la pourriture que nous sommes en tant qu’êtres humains.

« Thérèse en mille morceaux », de Lyonel Trouillot (roman)

« Il y a ceux qui baisent quand le cœur leur en dit. Un coup tiré jamais pour rien. Sur un coup de tête. Au gré du vent. Ceux qui s’ouvrent à la vie d'un grand baiser qui dit bonjour... Et puis, il y a ceux qui ne forniquent pas, ils craignent le mot comme la peste et n'en parlent que dans la haine... Celle qui fait les vieillesses tristes et met les corps au trou tels les livres enchaînés que nulle voix ne lira....»Thérèse est cette femme, qui, dans son observation de la société, explique comment certaines perçoivent le sexe. Exhibant plusieurs personnalités, elle est tour à tour crue, vulgaire, écœurée, prude.

« La couleur de l'aube », de Yanick Lahens (roman)

« J'ai devancé l'aurore et j'ai ouvert la porte sur la nuit. Non sans avoir posé les deux genoux par terre et prié Dieu. Comment ne pas prier Dieu dans ce pays? ».

À la base, Yanick voulait écrire une pièce de théâtre puis elle a produit ce roman à deux voix qui fut mise en scène par Eva Doumbia en 2011. Je jouais l’un des personnages. C'est l'un des plus beaux romans que j'ai lus dans ma vie. Au moins quatre fois. Ce roman raconte la vie d’une « sè pwotestan » qui n’a eu des relations sexuelles qu’une fois dans sa vie et qui est tombée enceinte. Le père de l’enfant lui a tourné le dos. Pour moi, c’est le prototype d’une catégorie de femmes qui vivent dans notre société, « ki bay Jezi lavi yo » comme on dit, et qui gèrent mal leur frustration. Leur condition de femme les met dans un état tel qu’elles ont recours à la méchanceté. Le personnage est sombre, croyante, et il a beaucoup de reliefs. Li pa nan gason, cependant elle fantasme. Quand je jouais le rôle, je me rappelle avoir été dans une cuvette, comme si je me lavais de mon péché, je me baptisais femme. Et ça, pour moi, c’est magnifique.

« Dans la solitude des champs de coton », de Bernard Marie Koltes (théâtre)

C’est un grand dialogue entre un dealer et un acheteur. Tu ne sais pas ce que le dealer vend et tu ne sais pas ce que l’acheteur est venu acheter. « ...dites moi la chose que vous désirez et que je peux vous fournir, et je vous la fournirai doucement, presque respectueusement, peut être avec affection; puis, après avoir comblé les creux et aplani les monts qui sont en nous, nous nous éloignerons l'un de l'autre, en équilibre sur le mince et plat fil de notre latitude, satisfaits au milieu des hommes et des animaux, insatisfaits d'être hommes et insatisfaits d'être animaux... ». Ça parle de désir, d’insatisfaction, on ne sait pas ce qu’il y a entre les deux hommes. Ce texte a une dimension philosophique extraordinaire. Je l’ai lu avec Agnès Noël, une comédienne guadeloupéenne qui vit en Haïti, au festival En lisant, en 2016. Bernard Marie Koltes, qui est mort jeune, a marqué la littérature du théâtre.

« Saison sauvage », de Ketly Mars (roman)

Ce roman m'a complètement capotée. La dictature, le personnage de Raoul, le mec influent qui fait arrêter un homme soupçonné de comploter contre le régime. Il récupère la femme du prisonnier et s'installe dans cette famille de deux enfants qui ne sortira pas de ce marasme. Ce bouquin m’a transportée dans une réalité qu’avaient dû vivre mes aînés, dans l’angoisse de la période et les séquelles du lendemain.

Lecture, chère lecture, dis-moi combien vaut le temps quand, plongé entre les lignes de ton antre, le voyage n’en devient que plus intéressant à chaque aventure ? Et vous, quels livres vous ont marqués ?

Madjolah Pierre madjoh90@yahoo.fr



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