Charlot Lucien dans la peau de Diogène Nèg Mawon

Sans vouloir se comparer au ténor des lodyans, comme Maurice Sixto par exemple, Charlot Lucien enfile une fois de plus le costume de Diogène Nèg Mawon pour nous présenter son dernier CD de contes et récits, « Nèg Mawon pa tonbe ».

Publié le 2017-12-07 | Le Nouvelliste

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Après « Ti Oma » en 2001, « Grann Gede » en 2007, « San bri san kont » en 2012, c’est avec « Nèg Mawon pa tonbe » que Charlot Lucien vient charmer son public. À la lumière de Maurice Sixto, Jean-Claude Martineau ou Félix Morisseau Leroy, Charlot reste encore l’une des rares personnes à pérenniser cette forme de littérature orale qui tend à disparaître.

L’homme aux contes a pourtant plusieurs cordes à son arc ; peinture, caricature, poésie sont, entres autre, les palettes qui constituent l’aquarelle de sa vie culturelle très active. Bien qu’il réside aux Etats-Unis, Charlot ne laisse jamais passer l’occasion de revenir à l’alma-mater. Cette terre qui l’a vu naître et grandir. Il a besoin de puiser de la matière pour ses histoires, quoi de mieux que de retourner à sa source natale ?

Avec 7 morceaux, dont « Kat telefòn », « Diogène anba dekonm », « La torche du Roi Christophe », « Ochan pou etidyan enkoni », « Hommage à l’étudiant inconnu », « Flanbo libète wa Christophe », « Pawòl Cassagnol la », le conteur plonge ses auditeurs dans un monde où il dépeint avec art et intensité la réalité de cette époque que nous appelons « moderne » en Haïti.

Le tremblement de terre, on se le rappelle, a laissé après son passage, ruine et désolation. « Li kòm tande yon bri, yon grondman k ap fè goudou goudou anba zantray tè a […] sanzatann se tankou yon men envizib, misye santi se konmsi yo te rale tè a anba pye li tankou yon nap yo te rale sou yon tab […] » Un passage de « Diogène anba dekonm », gravé en deuxième position sur l’opus, qui n'illustre que trop bien cette méconnaissance des Haïtiens de certaines catastrophes naturelles. En effet, ce peuple n'a que trop subi les conséquences de son ignorance. Cependant, le diseur termine sur une note très poignante pour signifier la résilience et le courage de cette nation. « Non… Non.. Diogène Nèg Mawon, tankou nèg mawon sou Channmas, p ap tonbe».

Sans aucune discrimination linguistique, avec une pointe d’humour exactement là où il le faut, l’auteur dénonce les tares qui gangrènent la société. Les abus de pouvoir, l’histoire piétinée par les comportements odieux de nos politiciens, les méandres du « fè wè », la sauvegarde des apparences envers et contre tout, etc. sont des sujets soulevés par Diogène Nèg Mawon qui, de ses yeux observateurs, se sent concerné par la dérive que connaît le pays.

« Nèg Mawon pa tonbe », un petit éventail de contes et de récits, sur un tempo de littérature orale, qui vient grossir le patrimoine du « lodyans ». À écouter absolument !

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