La bataille contre la corruption n’a pas été gagnée, espérons simplement qu’elle ne fait que commencer.

Publié le 2017-12-05 | Le Nouvelliste

Editorial -

La marche contre la corruption n’a pas eu, mardi, le grand succès escompté pour donner un électrochoc à la conscience endormie du pays.

Plus d’un millier de manifestants pour certains, pas plus de cinq mille pieds aux yeux d’autres, peu de grandes figures, pas de slogans chauds et, suivant les critères haïtiens de calcul de réussite d’une manifestation, ni casse ni embarras de circulation insurmontables, le verdict est limpide : la mobilisation n’a pas attiré le chaland.

Mais l’idée de dire non à la corruption est sortie des conversations entre amis pour prendre ses ébats à l’air libre. C’est une première.

La Police nationale d’Haïti a accompagné le cortège sur tout son parcours. Elle a fini par utiliser du gaz lacrymogène, ses canons à eau irritante et a même tiré en l’air à la fin de la marche pour empêcher les manifestants d’arriver au Parlement, mais on ne peut imputer à aucune force la timide participation. Les raisons sont ailleurs. Elles préexistaient avant la marche.

Le projet manquait de publicité. Il lui manquait des leaders clairement identifiés. Il manquait un discours et des slogans, à défaut d’un élément déclencheur. Au pays de l’émotion et de la passion, la marche contre la corruption n’a pas su allumer l’indispensable petite flamme qui met le feu à la mobilisation. D’autant que tous les groupes qui ont foulé le béton mardi n’avaient pas les mêmes agendas, ni des motivations avec un dénominateur commun clair. On manifestait chacun pour ses raisons, la sauce anti-corruption n’était pas assez pimentée.

N’empêche, pour le bien du pays, que le mouvement ne doit pas mourir en route. Haïti figure depuis des années sur toutes les mauvaises listes. Nos façons de faire alimentent une mauvaise réputation tenace pour le pays. Tout un chacun a intérêt à curer la baignoire nationale dans laquelle nous pataugeons tous.

Le gaspillage, la gabegie, le vol, les détournements, les mauvaises allocations budgétaires, elatriye, c’est tout un menu que le système, anonyme mais efficace, mis en place par les corrupteurs et les corrompus, utilise pour pomper les ressources du pays et décourager les initiatives. Ce mardi la bataille contre la corruption n’a pas été gagnée, espérons simplement qu’elle n’a fait que commencer.

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