Pour dire adieu à Rose Ketty Roséfort Nicolas!

Publié le 2017-12-07 | Le Nouvelliste

Société -

Islam Louis Etienne

“ La mort d’une mère est le premier chagrin qu’on pleure sans elle.”

John Petit-Senn

La grandeur d’un homme ne se mesure ni à son âge ni à sa mort, car il n’y a pas d’âge pour mourir, mais plutôt à ses œuvres. Cette grandeur est étroitement associée au style de vie menée, à la famille à laquelle on a appartenu, à l’attention et aux soins particuliers qu’on y a apportés et a ce qu’on a concrètement réalisé de son vivant.

Aujourd’hui, nous saluons le départ pour la maison du Père d’une grande citoyenne, d’une grande figure féminine, d’une femme de cœur, d’une épouse respectable, d’une mère de famille responsable, d’une fille authentique de la cité capoise, qui a appartenu a l’une des plus grandes familles capoises. Rose Ketty Roséfort Nicolas était la fille de l’illustre député du Cap-Haïtien des années 60, Me Karensky Roséfort, un homme prestigieux, élégant et respecté qui a enseigné les belles-lettres et qui a laissé son nom et ses empreintes comme un sémaphore dans les annales de la ville du Cap-Haïtien et au Parlement haïtien. Il était connu comme un politicien retors de renom et de grand calibre, un patriote conséquent, un grand orateur, un brillant avocat et un intellectuel de belle eau. Me Roséfort s’est confortablement installé dans le panthéon des grands hommes du Nord que le pays ait connus.

Rose Ketty a fait ses classes au Collège Régina Assumpta du Cap-Haïtien. Elle a été l’une des meilleures élèves de sa promotion. Elle a par la suite étudiée le nursing à l’etranger. De retour au pays, elle a épousé Charles Nicolas, capois d’origine, qui est beaucoup plus un homme d’affaires qu’un spécialiste programmeur en informatique et en technologie de l’information et de la communication.

Elle a préféré s’associer à son mari pour prendre soin des ordinateurs, de leur programmation et réparation et des appareils de photocopie plutôt que de s’occuper des patients et d’évoluer dans les couloirs des centres hospitaliers. Mère de deux enfants, Dave et Standley, elle s’est révélée avec le temps une femme d’affaires avisée, respectée et expérimentée. Son mari n’a jamais eu d’inquiétudes pour lui confier la direction de ses affaires lors de ses multiples déplacements.

Lors du tremblement de terre du 12 janvier 2010, les Nicolas avaient tout perdu : résidence, entreprise et voiture. Rose Ketty avait passé un bout de temps sous les décombres. Elle s’en était tirée avec une fracture à la jambe dont les séquelles sont restées jusqu'à sa mort. Elle a eu par la suite d’autres ennuis de santé et a effectué des traitements et suivis à l’étranger. Hospitalisée à l’hôpital du Canapé-Vert au début du mois de novembre pour un problème apparemment mineur, elle a eu des complications et l’inévitable est arrivé.

Tout ce qui vit doit un jour mourir. La mort est un des paradoxes des plus troublants de notre existence et, probablement, la réalité la plus révoltante contre laquelle on ne peut rien. C’est un des défis les plus difficiles que la vie nous propose. Il peut paraître désespérant et absurde à celui qui refuse d’y faire face et de l’assumer complètement, mais pour celui qui parvient à accepter vraiment cette réalité, elle représente toute la valeur de la vie.

On reçoit une vie dont la durée est limitée mais inconnue et dont la fin est inéluctable, irrémédiable et définitive. Il faut l’accepter et l’intégrer comme une dimension fondamentale de notre existence et consentir d’avance à lui faire une place dans notre façon de vivre. Nous évitons le plus souvent de penser à la mort mais les événements de la vie quotidienne se sont chargés de nous la rappeler.

Nous changeons rapidement de priorité pour donner plus d’importance à ce qui nous semble essentiel. Nous jetons un regard plus critique sur les urgences auxquelles nous devons consacrer notre vie en abandonnant les futilités et les vieilles rancunes matérialistes déchessantes qui ne conduisent nulle part et qui ne donnent aucun résultat mais qui empoisonnent et cocoratisent notre existence.

La mort est certainement la dernière partie de notre vie. Notre mission comme être humain est de vivre le plus complètement possible en donnant à notre environnement le plus de plaisir et de joie possible. La vie est trop courte pour la gaspiller en luttes, en querelles, en guerres, en inimitiés et en adversités. Il faut garder ce qui est utile et nécessaire et aménager de l’espace pour conserver l’essentiel et le mémorable comme les multiples sacrifices consentis par cette femme pour faire avancer la cause de sa famille .Elle était une femme de poigne, de conviction, et d’action qui n’avait rien ménagé pour réaliser son rêve( temps, biens, argent, relations). Elle a vécu en femme du Nord avec la foi, la persévérance et la responsabilité comme toile de fond.

Le Cap a perdu une grande femme, le pays un créateur, son mari un allié sûr, une pièce maîtresse, un chef d’orchestre, un leader, un penseur, un organisateur, un maestro d’un autre genre qui a marqué son temps et qui a laissé un grand vide .Elle a tissé des liens solides et des relations tangibles. Elle a éduqué des enfants modèles. Elle a passé toute sa vie à construire sur du roc et elle fait aujourd’hui le bonheur et la fierté de toute sa famille. Dans les moments d’abondance et de réjouissance, les gens qui nous entourent et qui partagent notre bonheur ne sont pas les mêmes que ceux qui ont connu la famine, la disette, la déception et le désespoir des premiers moments ou tout était travail, effort et conquête pour se créer une place au soleil.

Rose Ketty a laissé le souvenir d’une vaillante femme d’affaires, d’une infirmière de guerre, d’une battante sans frontières, d’une gestionnaire rigide, autoritaire, efficiente et sans état d’âme qui ne recule devant aucune difficulté. Elle était très peu bavarde et quelque fois trop réservée même avec ses camarades de classe. Elle a su néanmoins faire briller la lumière dans son foyer, dans ses affaires et être d’une grande utilité pour sa famille. Elle était une femme de devoir qui s’était dévouée corps et âme à sa famille, à la réussite de ses projets. Son mari qui a apprécié ses efforts a affirmé et a raison de dire qu’il a perdu ses repères et qu’il a égaré ses marques. Que le Tout-Puissant lui donne le courage et les ressources nécessaires pour continuer la route !

Maintenant, c’est fini les douleurs et les chagrins, les remous et les agitations, les inquiétudes, les incertitudes et les amertumes. Nous devons regarder au-delà des ondes terrestres pour la voir franchir , avec toute la vaillance qu’on lui connaît , la vallée de l’ombre en toute sérénité et avec certitude et que l’amour du Christ illumine chaque coin et recoin de la route qu’elle doit parcourir! Nous présentons nos sincères condoléances à ses enfants, à Ti Charles , à sa famille, à ses collaborateurs, à ses camarades de promotion et à tous ses amis affectés par cette lourde perte.

Que la terre lui soit légère !

Islam Louis Etienne

Nov. 17

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