Une saison cyclonique 2017 de tous les records dans l’Atlantique Nord

Publié le 2017-12-04 | Le Nouvelliste

Société -

Haïti a eu la chance d’avoir une saison cyclonique 2017 sans trop de dégâts en termes de conséquences des catastrophes naturelles par rapport à son niveau de vulnérabilité alors que l'Atlantique Nord, en particulier une grande partie de la région de la Caraïbe, a connu une saison des ouragans très puissante, probablement la plus active depuis 2010. Les dégâts se chiffrent à des centaines de milliards de gourdes et le nombre de victimes est énorme. Chaque année s’étend du 1er juin au 30 novembre.

Au prime abord, il convient de souligner que, selon les prévisions de la National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA), l'activité cyclonique 2017 était estimée à 45% de chance d'être supérieure à la normale, 35% d'être proche de la normale et 20% d'être en dessous de la normale. En termes de nombre de systèmes baptisés, le scénario privilégié par les prévisionnistes de la NOAA a été de 11 à 17 dont 5 à 9 atteindraient le stade de cyclone tropical, incluant 2 à 4 cyclones intenses ou très intenses. La moyenne par saison est de 12 systèmes baptisés dont 6 pourraient devenir des cyclones.En fait, pour cette année 2017, 17 tempêtes ont été répertoriées et nommées (Arlene à Rina) dont 10 sont devenues des cyclones et 6 sont passées au stade d'ouragans majeurs et montrent que les prévisions étaient en deçà des faits constatés.

Pour la saison cyclonique 2017, le Centre national des ouragans des Etats-Unis (NHC) a publié la liste des noms attribués aux tempêtes de l'Atlantique Nord. Selon la nomenclature, ces noms ont été choisis par ordre alphabétique et on peut ainsi les noter: 1.- Arlene, 2.-Bret, 3.- 4.-Cindy, 5.- Don, 6.- Emily, 7.- Franklin, 8.- Gert, 9.- Harvey, 10.- Irma, 11.- Jose, 12.- Katia, 13.- Lee, 14.- Maria, 15.- Nate, 16.-Ophelia, 17.- Philippe, 18.- Rina, 19.- Sean, 20.- Tammy, 21.- Vince et 22.- Whitney.

Il est à signaler qu’à la fin de la saison cyclonique 2011, il fut décidé de retirer un nom et de le remplacer pour la saison 2017. Ainsi Irma remplace Irene. De même, après étude de la saison 2016, il a été décidé que Matthew et Otto ne seraient plus utilisés. Ils ne figureront pas sur la liste de 2022, et seront remplacés par Martin et Owen respectivement. On ne retient plus le nom Matthew à cause des dégâts enregistrés en Haïti en octobre 2016 à la suite du passage de l’ouragan dans les départements du Sud, de la Grand’Anse et des Nippes.

Pour rappel, la saison des ouragans 2017 a déjà débuté avec la tempête tropicale ARLENE dont la cyclogenèse a eu lieu au cours du mois d'avril, ce qui est extrêmement rare.

Le 30 novembre marque la fin de la saison cyclonique 2017. Le bilan humain et économique est catastrophique. Le mois de septembre a battu tous les records. Les ouragans Irma et Maria sont les plus violents jamais enregistrés dans la région. Presque tous les pays de la Caraïbe ont été touchés. Cependant, seules la Jamaïque, Haïti, les îles Caïmans, Aruba, Curaçao, Bonaire et Saint-Vincent et les Grenadines qui ont échappé aux vents d’une force cyclonique.

Les météorologues étaient incapables de prévoir l’intensification rapide de ces cyclones majeurs. En l’espace de quelques heures, Harvey, Irma, Jose et Maria sont passés du stade de tempête tropicale à la puissance maximale d'un ouragan de catégorie 5. Maria a connu ce que les prévisionnistes appellent «une intensification explosive».

Quelques jours seulement après le passage du très dévastateur ouragan Harvey au Texas, les Caraïbes et les Antilles françaises sont sévèrement frappés par l'ouragan Irma. Cette saison semble particulièrement riche en phénomènes climatiques extrêmes. «Ces phénomènes extrêmes ne sont pas en recrudescence. Nous avons connu une période où deux ouragans très ravageurs, Harvey et Irma, se sont succédé en une dizaine de jours. Cela a marqué les esprits, mais il n'est pas rare que deux ouragans se suivent. L'activité s'est intensifiée à partir de septembre, a souligné un climatologue au Centre national de recherches météorologiques (CNRM).

L’ouragan Irma a maintenu sa puissance de catégorie 5 pendant 3 jours consécutifs. Du jamais vu, selon les experts. Les vents de 300 km/h ont été enregistrés à Barbuda, Saint-Martin et aux Îles Vierges.

L’île de Barbuda a été complètement dépeuplée après le passage de l'ouragan Irma. Toute la population a dû être évacuée, car 95% des constructions ont été détruites ou endommagées.

Maria était un ouragan de catégorie 5 quand elle a frappé la Dominique pendant la nuit du 18 septembre. L'île entière a été dévastée. Deux jours plus tard, l’ouragan était rétrogradé en catégorie 4 lorsqu'il s'est abattu sur Porto Rico.

Maria et Irma ont frappé les îles Vierges et les dégâts sur les infrastructures sont catastrophiques. Des centaines de milliards de gourdes de dégâts. La Dominique, à elle seule, a besoin de plus de 65 000 000 000 de gourdes.

Ces îles peinent à se remettre. La communauté internationale a promis 97 500 000 000 gourdes pour reconstruire les pays sinistrés. Or la région a besoin de 260 milliards de gourdes. Les îles de la Caraïbe seront donc obligées d’emprunter de l’argent, ce qui va alourdir le taux d’endettement de ces pays déjà en difficulté.

« Septembre 2017 a établi un nouveau record de cumul mensuel d’énergie cyclonique dans l’Atlantique, battant septembre 2004, en raison notamment de la durée des épisodes. L’ouragan Irma en particulier est resté en catégorie 5 pendant trois jours et six heures, avec des vents qui ont soufflé à 295 km/h en moyenne pendant trente-sept heures. C’est un record mondial et on a eu des rafales estimées à 350 km/h ! Ce record bat le typhon Haiyan dans le Pacifique, qui avait sévi pendant vingt-quatre heures en 2013, dévastant les Philippines. »

Si les météorologues considèrent l’année 2017 comme tout à fait exceptionnelle pour l’arc antillais, c’est non seulement pour la puissance des vents, la durée des épisodes cycloniques, mais aussi pour la vitesse à laquelle un ouragan comme Maria s’est brusquement intensifié, surprenant les prévisions des experts avisés. Des prévisionnistes avaient bien prévu sa trajectoire à quelques dizaines de kilomètres près, mais pas qu’il allait passer de catégorie 1 à 5 en moins de dix-huit heures.

En Haïti, plus d’une vingtaine d’aléas se sont produits et ont conduit à des perturbations du climat sur le territoire haïtien. On a pu remarquer que ces conditions météorologiques ont été toujours conditionnées par la présence des Thalweg, fronts froids, ondes tropicales et dépressions tropicales qui ont entraîné des orages, averses et bourrasques de vents qui ont pu atteindre certains départements géographiques comme l’Artibonite, le Nord, le Centre, le Nord-Ouest, le Sud pour ne citer que ces régions.

Spécifiquement, il y a eu un front froid qui est devenu stationnaire sur la partie centrale de Cuba alors qu’un creux préfrontal a contribué au renforcement de la perturbation sur la mer des Antilles. On a pu observer qu’un passage de nombreuses perturbations en altitude à la périphérie du Thalweg transitant sur l’île Haïti devait créer des conditions dynamiques nécessaires à la convection profonde.

En somme, la première république noire du monde a eu une saison cyclonique 2017 sans dans dangers considérables. Toutefois, avec le passage de quelques ouragans comme Irma et Maria sur les côtes du pays, il y a eu de pluies diluviennes et de forts vents qui ont causé des dégâts et des pertes dans quelques zones du pays. Plusieurs rivières ont été en crue, ce qui a provoqué des inondations. Par ailleurs, on a pu remarquer la participation active du ministère de l’Agriculture des Ressources naturelles et du Développement rural en soutenant fortement le fonctionnement de l’Unité hydrométéorologique d’Haïti (UHM) qui est le regroupement du Centre national de météorologie (CNM) et le Service national de ressources en eau (SNRE). Grace à l’appui du ministère de l’Agriculture, des bulletins météorologiques et des avis de vigilance ont été lancés à temps et une cellule d’urgence a été mise en place pour coordonner la gestion de collecte de données et de réponses au sein du secteur agricole. Le Système national de gestion des risques et des désastres (SNGRD) à travers la Direction de la protection civile a développé des stratégies de communication efficace et a activé le Centre d’opération d’urgence national (COUN) en vue d’une meilleure coordination de diffusion d’informations et de gestion de la réponse sur le terrain.

Ainsi, il est recommandé au gouvernement de la République de continuer à appuyer le Système national de gestion des risques et des désastres en priorisant dans le budget national des rubriques spécifiques pour les services hydrométéorologiques et climatologiques, pour la Protection civile et en mobilisant des ressources humaines qualifiées et engagées afin de mieux servir la population haïtienne. Au moment des urgences, notamment au passage d’un éventuel cyclone, il est conseillé au gouvernement de concentrer toutes les activités de planification, de communication et de gestion de réponses au Centre d’opération d’urgence national (COUN) afin de renforcer le système national en question et de contribuer à l’harmonisation des actions des autorités du pays. L’élaboration du plan de contingence et les opérations de mitigation avant même l’arrivée de la prochaine saison cyclonique sont vivement encouragés afin de réduire les risques naturels. Enfin, il est important d’impliquer et de renforcer les collectivités territoriales dans tout le processus de la planification et de la gestion de crises. Car la gestion des risques est d’abord locale.

Talot BERTRAND, Ing-Agr.

Spécialiste en éducation relative à l’environnement

Représentant permanent d’Haïti auprès de l’Organisation météorologique mondiale (OMM)

Phone: (509) 3733 5953

Skype: Bertrand.talot

E-mail: talotbertrand@yahoo.fr

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