Le Sénat se complaît dans le marronnage

Publié le 2017-11-30 | Le Nouvelliste

Editorial -

Alors que différents secteurs de la société s’attendaient à assister à un débat passionnant à la Chambre haute entre adversaires et partisans du rapport sur le fonds PretroCaribe et ensuite prendre connaissance du verdict de l’assemblée sur ce dossier, les sénateurs de sensibilités différentes n’ont pas pu trouver une entente pour tenir séance. S'étant déroulée le 14 novembre dernier, par un vote majoritaire, l’assemblée avait décidé d'accorder du temps aux sénateurs de bien se pénétrer du rapport de la commission, pour le bon déroulement du débat, lors de la séance prévue le dernier jour du mois de novembre.

Les consultations entre les différents groupes parlementaires ont échoué en raison du poids de la majorité présidentielle dans la configuration de l’assemblée. La présence de 16 sénateurs suffisait pour tenir séance, alors que le parti au pouvoir compte 20 membres, y compris ses alliés. L’avenir du rapport dépend de la conception que la majorité se fait de l’image du pays par rapport à ce dossier d’intérêt public. Dans les couloirs du Parlement, certains sénateurs avaient exprimé, en présence de travailleurs de la presse, leur haine du rapport jugé partisan. Sur les 17 ordonnateurs et comptables de deniers publics épinglés dans le rapport, 13 sont réputés proches du parti au pouvoir.

Classé parmi les pays ayant un indice de corruption le plus bas dans l’hémisphère occidental, Haïti pourrait marquer quelques points si le Sénat pouvait jouer son rôle dans le cadre de cette enquête sur le fonds PetroCaribe.

Dans un sens comme dans l’autre, les grands commis de l’Etat accusés dans le rapport de la commission d’enquête ont le droit de réagir, car il s’agit d’un rapport non encore entériné par l’assemblée des sénateurs. Ces réactions en chaine de deux anciens Premiers ministres et de cinq anciens ministres montrent que l’enjeu de ce dossier est de taille. Ils ont mobilisé la presse écrite et les médias électroniques pour se défendre. Si certains anciens ministres et directeurs généraux se sont retranchés dans leur mutisme, tous ceux qui ont réagi ont clamé leur innocence. Ce qui semble vouloir dire qu’il n’y avait pas de faute de gestion, de surfacturation, de détournement de fonds ou de gabegie administrative dans le cadre de ce dossier.

Si le Sénat n’a pu se réunir le jeudi 30 novembre pour discuter sur le rapport de la commission d’enquête sur le fonds PetroCaribe, il sera obligé de le faire au moment opportun, car la Commission est mandatée par l’assemblée pour produire un rapport sur ce fonds de septembre 2008 à septembre 2016. Si les attentes des pères conscrits ne sont pas comblées, ils adopteront les dispositions nécessaires.

Ce que l’opinion publique veut savoir, c’est dans quelle condition le fonds PetroCaribe a été utilisé par les ordonnateurs et les comptables de deniers publics, chacun en ce qui le concerne, pour la période fixée par la Chambre haute.

Lemoine Bonneau

lbonneau@lenouvelliste.com

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