Conjoncture

Le rapport Beauplan sera-t-il jeté à la poubelle ?

Publié le 2017-11-30 | Le Nouvelliste

National -

C’était une des éventualités : que les sénateurs boudent cette « séance spéciale » sur le rapport de la commission chargée d’enquêter sur la gestion des fonds PetroCaribe. Alors qu’ils se baladaient dans les locaux du Parlement, nos « honorables » sénateurs n’ont pas mis les pieds dans la salle de séance. Stratégie politique, et c’est permis. Vu l’ampleur d’une telle séance, l’ampleur du contenu dudit rapport, l’ampleur des éventuelles conséquences, les sénateurs avaient déjà décidé de jouer sur le temps. Certains, proches du pouvoir, avaient même sollicité un délai de six mois avant la programmation de la séance, le temps de « bien » lire le document.

On parle ici de « gaspillage », de « gabegie administrative » entre autres. Des centaines de millions de dollars dépensés chaque année depuis près d’une décennie dans le cadre d’un programme qui était censé aider le pays à aller de l’avant. Les millions ont certes coulé à flots mais Haïti accuse une dette de plus de deux milliards de dollars envers le Venezuela.

En dépit des incohérences, des demi-vérités ou des mensonges relevés dans le rapport dirigé par le sénateur Lavalas Evalière Beauplan, il reste les résultats d’une enquête parlementaire qui a toute son utilité pour la suite. Des rapports, il y en a eu, il y en a dans les tiroirs de nos institutions et il y en aura d’autres. Peut-être que cette nouvelle commission sénatoriale a commis des erreurs (si on peut les appeler ainsi), ce qui discrédite un peu le contenu de son rapport. Les accusés, anciens Premiers ministres, anciens ministres et d’autres hauts fonctionnaires de l’État, s’en donnent à cœur joie dans les médias qui servent toujours de tribunaux dans de pareilles situations. Chacun y va de sa réplique, de ses explications, de ses contre-attaques pour clamer son innocence alors que les sénateurs-commissaires continuent de soutenir qu’ils ont des preuves que les personnalités citées dans le document sont « coupables » de mauvaise gestion de la manne du PetroCaribe.

Si la gabegie administrative a été commise, les auteurs ou les coupables doivent être traduits devant la justice, comme le veulent les lois républicaines. Il faut rendre des comptes. Si effectivement il y en a qui ont volé ou pillé l’Etat, la justice doit faire son travail. Le doute reste sur la volonté ou la capacité des autorités judiciaires de donner suite à ces dossiers.

Reporté sine die, la séance sur ce rapport doit se produire un jour ou un autre comme dit d’ailleurs l’expression latine. Les sénateurs ne pourront pas toujours trouver des stratagèmes quand il s’agit de débattre sur ce controversé rapport. En coulisse, ces derniers prétendent qu’ils doivent d’abord statuer sur d’autres points, notamment le choix des trois représentants du Parlement au Conseil électoral permanent avant de se pencher sur le rapport PetroCaribe. Et dire que la séance du jour était planifiée plusieurs jours à l’avance avant une première avortée. Les sénateurs vont-ils voter le rapport en attendant que la justice leur emboîte le pas ? Sera-t-il jeté à la poubelle ? Les sénateurs vont-ils réclamer une nouvelle commission pour (encore) approndir le rapport Beauplan ? Toutes les portes restes ouvertes. Et, que les sénateurs se prononcent ou non sur le rapport, cela n’empêche pas à la justice de chercher la réponse à la question : où est passé l’argent Petrocaribe. Quelle que soit la décision prise, l’histoire la retiendra.

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