Le rapport PetroCaribe en séance ce jeudi au Sénat

Publié le 2017-11-29 | Le Nouvelliste

National -

Objet de débats et de controverses, le rapport de la commission sénatoriale sur la gestion des fonds PetroCaribe sera soumis ce jeudi 30 novembre à l’appréciation des sénateurs au cours d’une « séance spéciale ». Un vote devrait suivre pour sanctionner ledit rapport. Ce document de plus de 600 pages recommande de mettre l’action publique en mouvement contre plusieurs ministres et hauts fonctionnaires à l’encontre desquels les commissaires disent détenir des preuves pouvant les amener à répondre par-devant la justice. Depuis, chacun y va de ses explications et de ses arguments pour relever les failles de ce rapport que des proches du pouvoir qualifient de « règlement de comptes politiques ».

Jean-Max Bellerive et Laurent Lamothe, tous deux anciens Premiers ministres, ont sorti leur arsenal argumentaire pour discréditer le rapport. D’autres préfèrent se taire ou esquiver les débats pour l’instant. Alors que des sénateurs semblent minimiser l’effet d’un éventuel vote du rapport, d’autres parlent déjà d’un « procès historique » de ceux et celles qui ont dilapidé les fonds PetroCaribe. Cette enquête initiée par le sénateur Youri Latortue, – qui a été l'un des conseillers de l'ex-président Michel Martelly – et continuée par une équipe dirigée par le sénateur Lavalas, Évalière Beauplan, apporte certains détails sur les mauvaises pratiques de l'administration haïtienne depuis l'ancien président René Préval jusqu'à la fin du mandant de Michel Martelly, où le gros de l'argent du programme PetroCaribe aurait été dilapidé.

Conseiller du président Jovenel Moïse, Guichard Doré est de ceux qui bottent en touche le document dirigé par le sénateur Evalière Beauplan. « J’ai l’impression que les parlementaires ne veulent pas faire la lumière sur les fonds PetroCaribe, avait-il dit récemment au Nouvelliste. Ce qu’ils ont fait, ils le font pour la communication politique et l’animation de l’opinion publique. Leur travail n’a donc aucune valeur si ce n’est que pour nuire. »

Alors que le conseiller du chef de l’État se dit pour la lumière sur l’utilisation des fonds PetroCaribe, il soutient que « le Sénat peut mener des enquêtes, mais pas sur d'anciens membres d’un gouvernement ». Pour Guichard Doré, il revient à la Cour des comptes et du contentieux administratif d’enquêter à ce niveau pour le Parlement.

Wilson Laleau, chef de cabinet du président de la République, est également pointé dans le fameux rapport. L’ancien ministre de l’Economie et des Finances sous l’administration Martelly indique qu’il est « clean » dans la gestion des fonds en question. A l’instar des autres acculés dans le document, M. Laleau estime que c’est « un rapport politique, partiel, partial et partisan qui n’a pas respecté les procédures ». « En mon âme et conscience, on ne peut rien me reprocher dans la gestion des fonds PetroCaribe. Je suis clean dans ce dossier », a soutenu lundi Wilson Laleau au Nouvelliste.

Ancienne ministre du Tourisme, Stéphanie Valmir Vildrouin, est, elle aussi pointé du doigt dans le rapport de la commission sénatoriale. Elle rejette d’un revers de main « des accusations non-fondées avec des pièces justificatives inappropriées » de ladite commission. Un rapportt, dit-elle, « truffée de fautes ».

Pour avoir été Premier ministre et ministre de la Planification et de la Coopération externe, Laurent Salvador Lamothe est l’un des principaux accusés par la Commission sénatoriale spéciale d’enquête (CSSE). Cependant, l’intéressé qualifie ledit rapport de « mensonge du siècle ». Alors qu’il est accusé de forfaiture, concussion, détournement et soustraction de deniers publics, l’ancien PM qualifie le rapport de « coup monté, basé sur 0% de preuve et 100% de fausses propagandes, de fabrications, de mensonges et d’approximations ». Pour appuyer ses propos, l’ancien Premier ministre a souligné des erreurs et des imprécisions et certaines incohérences relevées dans le document.

Laurent Lamothe dit ne pas comprendre pourquoi le nom de Jocelerme Privert ne figure pas dans le document, contrairement à René Préval et Michel Martelly, alors que le travail couvre la période allant de septembre 2008 à septembre 2016. « Sur les 14 accusés, il y a 12 proches de Martelly et Jean-Max Bellerive, lui aussi accusé, est un parent de l’ex-président, relève Laurent Lamothe. Ce complot vise à déstabiliser tout ce qui a été réalisé. C’est une attaque en règle contre l’ère Martelly et une attaque directe contre la présidence de Jovenel Moïse (…). »

Où sont passés les fonds PetroCaribe? Qui sont les coupables? Personne ne sait. Du moins, pour le moment. Entre-temps, Haïti doit plus de deux milliards de dollars au Venezuela dans le cadre de ce programme auquel il a adhéré, le 12 avril 2006, après la signature de la convention y relative par les présidents Hugo Chavez et René Préval. Ce programme constitue une facilité offerte à divers pays de la région pour faire l’acquisition des produits pétroliers à un coût raisonnable et payer leurs commandes suivant des modalités avantageuses. Haïti avait ainsi la possibilité de payer un certain pourcentage de sa facture pétrolière à la livraison et de verser le solde dans un fonds qui devait servir à financer des projets économiques et sociaux. Il s’agit en fait d’un prêt concessionnel au taux préférentiel de 1% l’an remboursable sur 25 ans avec un délai de grâce de deux ans.

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