Célébration du 214e anniversaire de la bataille de Vertières

Les Forces armées d’Haïti reprennent leurs droits

Le président de la République, Jovenel Moïse, a remobilisé officiellement les Forces armées d’Haïti (FAD’H) le samedi 18 novembre, jour de la célébration du 214e anniversaire de la bataille de Vertières. Les 150 premiers soldats des FAD’H ont paradé dans plusieurs rues de la ville du Cap-Haïtien après avoir été passés en revue par le chef de l’État. Le discours de Jovenel Moïse en cette circonstance a été ponctué d'un appel à l’unité, un appel à combattre l’exclusion sociale et la corruption sous toutes ses formes.

Publié le 2017-11-20 | Le Nouvelliste

National -

18 novembre, il est 8h. La circulation est paralysée à l’entrée du Cap-Haïtien. Les petits attroupements pullulent aux alentours de la place de Vertières. Enthousiastes, les citoyens veulent être les premiers témoins du premier déploiement des militaires des Forces armées d’Haïti, remobilisées après 22 ans que celles-ci ont été dissoutes en 1995 par l’administration du président Jean-Bertrand Aristide. Les plus dévoués à Jovenel Moïse ne cessent de l’acclamer à son arrivée sur la place de Vertières, accompagné de sa femme, de ses enfants et de son Premier ministre.

Salué par les soldats, les agents des différents corps de la police nationale d'Haïti sur les notes de la fanfare du Palais national, Jovenel Moïse, accompagné du président du Sénat, du président de la Cour de cassation, dépose une gerbe de fleurs au pied du monument des héros de Vertières.

En ce jour du 214e anniversaire de la bataille de Vertières, l’ultime combat qui nous a conduits à l’indépendance, même le temps est clément. Le soleil brille, pourtant toute la semaine il ne cessait de pleuvoir. « Yo sezi, yo sezi », scande un militant, t-shirt rose frappé à l’effigie de Jovenel Moïse, derrière le cortège du président en direction de l’école Notre-Dame du Cap-Haïtien où la cérémonie eucharistique traditionnelle allait être donnée.

Dans son homélie, Mgr Max Leroy Mésidor, archevêque métropolitain de Port-au-Prince, évoque la portée universelle et la ferveur patriotique de l’épopée de Vertières. Le prélat, qui prêche en faveur de la justice pour tous, indique à Jovenel Moïse et aux autres autorités présentes qu’ils ont d’autres épopées à écrire. « Épopée contre la misère, contre la pauvreté, contre la division, l’égoïsme, la corruption, le vol… », dit-il.

« Les querelles politiques ne doivent pas nous faire oublier qu’on a réalisé quelque chose de grand, l’unique soulèvement victorieux d’esclaves dans l’histoire universelle », rappele-t-il, soulignant au passage le devoir de mémoire à accomplir.

Remobilisation des FAD’H

La 214e commémoration de la bataille de Vertières n’a pas été qu’un simple devoir de mémoire à accomplir pour Jovenel Moïse. Comme il l’a annoncé, le chef de l’État officiellement restaure les Forces armées d’Haïti. Sous les yeux enthousiastes de plusieurs centaines de citoyens, les 150 premiers soldats des FAD’H, formés en Équateur, marchent au pas sur les pavés du grand boulevard du Cap-Haïtien. Jovenel Moïse en profite pour présenter à la population Jodel Lessage, le commandant par intérim en chef des FAD’H.

« La nouvelle force de défense se veut avant tout un outil de développement et de lutte contre les aléas de la nature, de plus en plus vulnérable. Un pays comme Haïti ne peut se priver d’une armée », relate le ministre de la Défense, Hervé Denis, qui croit que le président de la République fera partie des hommes qui ont marqué l’histoire d’Haïti.

Projetant un ton martial, Jovenel Moïse est plus que décidé. « En ce moment solennel où toute la nation célèbre le 214e anniversaire de la bataille de Vertières, je prends la décision de rétablir les Forces armées d’Haïti selon les prescrits de la Constitution, au regard des articles 263 à 267. 3. C’est une force de défense qui sera au service du peuple haïtien. Elle va accompagner les efforts visant à replacer Haïti parmi les plus grandes nations au monde », déclare le chef de l’État, qui précise qu’une page de l’histoire de ce pays est tournée, qu’un nouveau chapitre s’ouvre.

« Les forces armées, recomposées, repensées, veillent, en tant qu’institution constitutionnelle, à la sécurité et à la garde des vies et des biens des citoyennes et citoyens », ajoute Jovenel Moïse.

À en croire le président de la République, selon la Constitution, les forces armées vont travailler dans le but d’accompagner l’État dans ses démarches en vue de développer le pays. Le gouvernement a confié au chef de l’état-major cette mission, fait-il savoir.

L’état-major a pour rôle de mettre en place trois corps. « Un corps de génie qui s’occupera à faire des recherches, participera à la construction des infrastructures routières, au curage des rivières, au reboisement mais aussi qui sera en mesure de secourir, en cas de catastrophe, la population. Un corps médical en support au ministère de la Santé publique et de la Population. Il interviendra en cas d’épidémie. Un corps d’aviation qui va apprendre à réparer et piloter les avions et les hélicoptères.

Quant à ceux qui craignent les exactions des militaires, Jovenel Moïse déclare qu’il est sensible à ce sujet. « C’est pourquoi le gouvernement va envoyer au Parlement un projet de loi relatif à la doctrine et aux principes régissant son fonctionnement inspiré du livre blanc.»

« On insistera sur le point que l’armée ne s’implique pas et ne s’occupera jamais de choses politiques. L’armée est apolitique. Elle sera une institution de service », indique-t-il.

Le président de la République, évoquant la loi mère du pays, a fait savoir que cette armée ne se substitue pas à la Police nationale d’Haïti (PNH). La police est une force, l’armée en est une autre. « Je ne souhaiterais entendre qu’il y a un problème entre policiers et soldats. Je ne souhaiterais non plus entendre que policiers et soldats commettent des exactions sur la population », met en garde le chef de l’État, qui dit s'engager à poursuivre le renforcement de la Police nationale d'Haïti, la seule force de sécurité publique établie sur le territoire national.

En cette circonstance, Jovenel Moïse déclare tendre la main aux opposants politiques. Le lambi de la concorde, de l’union qui fait la force, a sonné. « Je tends la main à vous tous, opposants politiques, gens de la campagne, citadins, ouvriers, entrepreneurs, étudiants, enseignants, Haïtiens de l’intérieur, Haïtiens vivant à l'étranger, l'heure est arrivée pour le sursaut national », a déclaré le président avant de promettre :

« En tant que chef de l’État et président de la République… je m’engage à gagner le pari de la paix, du progrès et de la stabilité dans une Haïti régénérée. On n’est pas premier mandataire de la nation pour se servir et jouir des fastes du pouvoir. Je le dis et redis et je ne cesse de le répéter, la nation doit prendre une autre direction, elle doit réinventer son avenir par les voies d’un présent inscrit dans des œuvres positives qui favorisent la croissance économique, le développement et la promotion de la citoyenneté. » Jovenel Moïse se lance dans la lutte contre la corruption, l’exclusion sociale et la division. Il soutient que Vertières a mis fin à l’esclavage. Il est de notre devoir de mettre un terme à l’exclusion, à la division et l’anarchie qui empêchent le développement du pays.

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