Financement et institutionnalisation

Les partis politiques s’organisent pour mieux se partager les millions du financement public

Publié le 2017-11-13 | Le Nouvelliste

National -

Il faut s’organiser, se structurer, s’institutionnaliser et se mettre d’accord sur une formule de partage avant de pouvoir bénéficier des 250 millions de gourdes de financement public promises par le chef de l’État. Le devoir de maison donné par Jovenel Moïse a été bien fait ou presque par les partis politiques qui ne sont pas hostiles au pouvoir. Pendant deux jours, les 9 et 10 novembre dernier, une cinquantaine d’organisations politiques réunies dans un hôtel à Pétion-Ville ont suivi des cours sur l’institutionnalisation et le financement avec des spécialistes dans le domaine.

Le sociologue Laennec Hurbon, le professeur Alain Gilles, le professeur Fritz Dorvillier et la directrice de l’IDEA Marie Laurence Jocelyn Lassègue ont tenté d’apprendre aux responsables d’une cinquantaine de partis politiques le vrai sens de l’idéologie politique, l’institutionnalisation et la structuration des partis politiques. « Vous devez avoir un programme politique à travers lequel on reconnaitra votre idéologie, l’idéologie du parti… », leur a exhorté le professeur Dorvillier.

« Après avoir élaboré le programme politique, il faut le vendre à la population », a-t-il dit. L’universitaire a rappelé que lors des dernières élections certains candidats avaient de bons programmes politiques, mais lors des meetings ils ont dit autres choses.

Pour sa part, la directrice de IDEA, Marie Laurence Jocelyn Lassègue, leur a fait savoir que dans 20 ans les partis politiques en Haïti sont passés d’une vingtaine à plus de 150 aujourd’hui. Par ailleurs, elle estime que « les partis politiques devraient entretenir un dialogue constant entre eux et avec les organismes d’assistance pour une juste estimation de leurs réalités de manière à ce que l’appui soit orienté en tenant compte de celles-ci ».

Après avoir suivi avec attention les interventions des experts, place à la partie la plus « importante ». Comment se partager les 250 millions de gourdes de financement public promises par le chef de l’Etat ? S’appuyant sur la loi de janvier 2014, seulement 58 partis politiques sont habilités à bénéficier du financement public en fonction de leur nombre d’élus lors des dernières élections, a indiqué Mathias Pierre, représentant de LAPEH dans le comité de suivi.

De ce fait, les 250 millions disponibles dans le budget 2017-2018 pour les premiers six mois seront partagés entre les 58 organisations politiques. Le PHTH, le parti au pouvoir recevra la part du lion, 6.5 millions de gourdes par mois parce qu’il a le plus grand nombre d’élus dans tous les postes électifs réunis.

Les 10 partis politiques ayant le plus grand nombre d’élus recevront chaque mois entre 1.818 million de gourdes et 6.597 millions de gourdes. Ensuite, 11 partis politiques recevront entre 517 mille et 961 mille gourdes le mois. Puis, 14 organisations politiques recevront entre 198 mille et 435 mille gourdes le mois et enfin 23 partis politiques recevront entre 100 mille et 110 mille gourdes chaque mois, ce qui porte à 58 organisations politiques sur une centaine à avoir été agrées aux élections de 2016.

Dans une interview accordée a Radio Magik9 le mois dernier, le chef de l’État avait fait savoir que, selon la loi de janvier 2014 sur la formation, le fonctionnement et le financement des partis politiques, 1% du budget sur les recettes domestiques est réservé au financement des partis. Sur les 90 milliards de gourdes de prévision de recettes internes pour l’exercice 2017-2018, 900 millions de gourdes devaient être utilisées pour le financement des partis politiques.

Selon Jovenel Moïse, comme il n’y avait pas la possibilité de leur donner les 900 millions de gourdes, les partis politiques recevront 250 millions de gourdes de financement. Si les prévisions sont revues à la hausse, il estime que c’est normal de doubler le financement et voire même d'accorder les 900 millions de gourdes de financement aux organisations politiques.

Selon Mathias Pierre, le ministère des Finances devrait commencer à décaisser le financement à partir du mois de décembre.

Les partis politiques s’accordent aussi pour apporter des amendements dans la loi de janvier 2014 sur la formation, le fonctionnement et le financement des partis politiques. Dans la deuxième journée de travail, ils ont discuté aussi, entre autres, de la formation du Conseil électoral permanent. Les recommandations seront envoyées au président de la République d’ici le mois de novembre, a fait savoir Mathias Pierre.

Parallèlement, les organisations politiques Fanmi Lavalas et Pitit Dessalines, l’aile dure de l’opposition, n’en démordent pas. Elles maintiennent la pression de rue contre le chef de l’État dont elles exigent la démission.

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