Etzer Émile invite les jeunes à oser !

Jeune économiste et analyste de la politique économique de notre pays, Etzer Émile est l’une de ces nouvelles têtes qui, bousculant un peu la tendance, s’adjugent une place dans la sphère très fermée de l’économie et de la finance en Haïti. Ambitieux, déterminé et tenace, ce fonceur signera, le 15 novembre 2017, « Haïti a choisi de devenir pauvre. Les vingt raisons qui le prouvent », son premier livre publié par les Presses de l’Université Quisqueya. Dans une conversation à bâtons rompus, Etzer ne s’est pas fait prier pour lever le voile sur le parcours qui l’a conduit aujourd’hui à être consultant, coach d’entreprise et professeur d’économie et de marketing.

Publié le 2017-11-09 | Le Nouvelliste

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1 heure p.m. Etzer Émile est déjà dans le lobby de l’hôtel Marriott, buvant tranquillement le verre de fruit punch qu’il a commandé avant qu’on ne lui apporte son hamburger et ses frites. Blazer noir jeté sur une chemise rose et un jean noir, s’il soigne son élégance, il n’est pas de ceux qui ont une ligne à garder. D’ailleurs, il a une carte de gym qu’il n’a pratiquement pas utilisée, apprend-on un peu plus tard. Sa ponctualité n’étonne pas. Économiste de son état, le temps est une ressource qu’il lui faut utiliser avec minutie. « Combien de temps cela va-t-il durer ? », demande-t-il tout de go, tandis que l’on essaie de trouver un coin tranquille pour commencer l’entrevue. Au moins, il ne se laisse pas emporter par l’impatience et répond avec enthousiasme aux questions. Heureusement.

Vu ses multiples obligations, il y a à l’évidence mille et une choses qui réclament son attention au cours de sa journée qui débute à 7 heures a.m. pour se terminer vers minuit. Entre son émission à radio Vision 2000, ses cours, ses consultations et ses diverses conférences, un peu partout à travers le pays, ce n’est pas lui qui dira le contraire. « Depuis quelque temps, il ne se passe plus une semaine où je ne suis pas affiché pour une conférence quelque part à travers le pays », nous apprend-il à titre d’exemple. Mais cette vie trépidante, il l’aime bien. « Je sens comme une sorte de responsabilité envers la jeunesse, envers ceux qui aiment et sollicitent mes analyses », explique celui qui va publier son premier livre, « Haïti a choisi de devenir pauvre. Les vingt raisons qui le prouvent ».

A tout juste 32 ans, Etzer Émile a réussi à se tracer un chemin pour se faire une place dans la courte liste des nouveaux économistes et analystes de la politique économique de notre pays. Se faire un nom dans une sphère qui est la chasse gardée d’aînés de plus de cinquante ans. L’avenir devant lui semble des plus souriants. Consultant pour plusieurs administrations publiques et privées du pays, coach d’entreprise, directeur du Centre d'entrepreneuriat et d'innovation (CEI) de l’UniQ, professeur d’économie à l’Université Quisqueya, de marketing au CEDI et à l’IHECE, les chapeaux ne lui manquent pas. Qu’a-t-il bien pu faire pour y arriver ?

Né à Cavaillon, Etzer Émile grandit entre L’Asile et Jérémie, ville où son père, Alnève Émile, qui préside la Mission évangélique baptiste du Sud d’Haïti, est installé. Après ses classes secondaires au Collège St-Louis de Jérémie, il rentre à Port-au-Prince en 2004 pour ses études universitaires. Lauréat d’un concours de dissertation organisé par la Société d’histoire et de géographie, il obtient une bourse d’études pour l’Université Quisqueya. Mais cela n’empêchera pas le lauréat départemental pour les Bac I et Bac II de s’inscrire à l’Université d’État d’Haïti (UEH). Ainsi donc, il étudie de manière simultanée, la sociologie à la Faculté des sciences humaines de l’UEH et l’économie à l’UniQ.

En 2008, il est l’un des boursiers qui partent pour Taiwan. Là-bas, il effectue un MBA en finances et banque. Il revient au pays en 2012 et intègre le Centre d'entrepreneuriat et d'innovation (CEI) de l’UniQ à titre de directeur adjoint et incorpore le corps professoral de ce centre universitaire. Déterminé à trouver sa voie, à se distinguer, le fils de Rosemène François se met à la tâche. En 2014, il lance aussi sa propre firme de consultation, « Haïti efficace », qui accompagne les entreprises en finance et en gestion. En octobre de la même année, il commence à animer la rubrique économique « La vie économique » qu’animait dans le temps Claude Beaubeuf sur Vision 2000. Mais c’est loin d’être une mince affaire. « Seulement pour ma rubrique, il faut beaucoup lire. Lire les journaux locaux et régionaux, trouver des informations pertinentes.

Ambitieux, déterminé, il se jette à l’eau, se démène. « Le discours réducteur qui veut que l’on ne va pas te laisser avoir ta chance, que l’on va te mettre des bâtons dans les roues, n’a pas de sens pour moi. Encore un fois, je voudrais souligner que mes parents vivaient en province. Je suis rentré, comme beaucoup de jeunes, dans la capitale pour habiter chez des proches. J’ai compris qu’il fallait essayer, par rapport à mes compétences, de me frayer un chemin. C’est de cela qu’il s’agit. On ne peut pas vous empêcher de briller. Depi ou ap briye yo pa ka bare w », martèle-t-il, faisant une référence à un verset biblique. « Rien n’est saturé. Les jeunes peuvent se trouver une place. Il y a un volume de sacrifices consentis qui ne peuvent qu’être payants, mais cela demande beaucoup de discipline, beaucoup de passion », explique celui qui a fait de Kanye West un de ses modèles. Par ailleurs, Etzer Émile peut aussi compter sur des aînés, tels que Fritz Jean qui a préfacé son livre mais aussi Kesnel Pharel avec qui il dispense son cours d’économie à l’UniQ

Il faut dire que ce jeune loup de l’économie a de l’entregent. On le voit partout happy hour, conférences, sommets. « Partout », précise-t-il. « Un pour apprendre, deux pour connecter. Je crois qu’aujourd’hui, le capital social est la plus grande ressource que l’on peut avoir. Ceci a beaucoup plus de valeur que l’argent. Beaucoup plus de valeur que les diplômes », confie celui qui n’a pas peur de délivrer son secret de réussite. « Le secret ? J’ai osé. J’ai osé m’inscrire pour un concours que j’ai gagné. J’ai osé m’inscrire pour obtenir une bourse. Je ne connaissais personne au demeurant. Ce n’est pas une question de chance. Il faut oser développer des compétences pour se distinguer. Avoir cette capacité de mettre en place son propre réseau. Certains vont te donner ta chance. Mais c’est par rapport à ce qu’ils croient que tu peux faire. Et donc il faut être prêt pour saisir cette perche que l’on vous tend », rappelle Etzer.

Pour l’heure, Etzer est encore célibataire. « Mais pas un cœur à prendre », précise-t-il. Quand son emploi du temps le lui permet, celui qui est un grand fan de l’Allemagne et du Milan AC aime bien aller à la plage, voyager et faire du tourisme local. S’il n’aime pas les bals, il prend pourtant plaisir à prendre part aux fêtes privées. Il faut inclure la musique aussi parmi ses hobbies, bien qu’il ne soit pas trop fan de compas. Oh, saviez-vous qu’il savait aussi chanter ? Et oui ! En plus d’avoir chanté dans les chorales et groupes de son église, il y a même une vidéo d’un morceau, baptisé « Today » disponible sur son channel Youtube. Mais certains seront quand même heureux d’apprendre qu’il n’a pas trop persisté dans cette voie. Il chante faux.

Avec une carrière qui prend une si belle tournure, cet ancien participant du programme IVLP de l’ambassade américaine est satisfait de sa vie. « Je suis satisfait de ma vie. Du moins personnellement, je n’ai pas de soucis. J’aime ce que je fais. Mais je suis quand même lassé de me répéter, de parler des mêmes problèmes, de choses négatives. J’ai envie de voir le pays se relever. M bezwen yon lòt peyi », martèle l’économiste qui invite les jeunes à être de plus en plus ouverts au monde et à développer des compétences utiles pour réussir.

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