Même les morts préparent le 2 novembre

Publié le 2017-10-31 | Le Nouvelliste

Editorial -

La grève des greffiers continue. Les employés du Centre ambulancier national ne savent à quel saint se vouer. L’hôpital de Jacmel a dû renvoyer ses contractuels. Des milliers d’employés attendent d’être mis à la retraite. La région métropolitaine n’a toujours pas un corps de pompiers opérationnel. L’armée, en l'absence d’un état-major, revient sur la scène dans moins de quinze jours.

Depuis des mois, traînent sur les étagères oubliées de la République une liste de nos petits manquements. Un boulon est perdu ici. Une volonté défaillante gît là. Pas assez de réflexions s’étalent ici. Mis bout à bout, cela fait désordre dans un premier temps. Comme cela dure, les pointillés deviennent méthode de gestion. On dirait que certains problèmes ne sont pas pris en main. Qu’il n’y a personne pour répondre à certaines urgences.

Prenons la justice. Il y a des lacunes qui deviennent la norme. L’affaire du terrain des Benoît, que des officiers de justice offrent à des officiels, handicape la réputation de la sécurité foncière dans tout le pays. Le cas des grèves en cascade de juges, de greffiers, d’huissiers, n’arrange pas le décor. La justice, pilier de l’État de droit, défaille lentement mais sûrement et cela finira par avoir de graves conséquences.

Prenons la santé. Le centre de dialyse de l’HUEH est comme vampirisé. Pas une semaine que l’on ne soulève les faiblesses de la structure mise en place. Pour le bel hôpital de Jacmel, les murs cachent mal la misère des lieux. Pour le Centre ambulancier national, on se demande qui viendra au secours de cette institution mort-née. La vie de douze millions d’Haïtiens dépend un jour ou l’autre du système public de santé. Il n’est pas à la hauteur des attentes.

Dans la fonction publique, entre les contractuels par milliers qui n’ont plus de contrat, l’annonce des douze mille fonctionnaires ayant atteint l’âge de la retraite et des jeunes qu’il faudra embaucher, tout pousse à ce que l’on se demande qui pourra fluidifier les flux et les mailles pour permettre à l’administration publique de ne pas exploser dans les prochains mois. Va-t-on prendre le temps de réformer ou, pressé par le temps, on reprendra les anciennes méthodes ?

Simple à réaliser, mais symptomatique devant la difficulté de le faire depuis des années, un service efficient de lutte contre incendie fait toujours défaut à notre capitale. La caserne centrale, les annexes périphériques, les équipements de base, le matériel roulant, les hommes formés, le réseau de bouches à incendie, la disponibilité de l’eau, les règles et les marches à suivre dans les maisons comme dans les quartiers, rien n’existe pour combattre le feu ou pour venir en aide en cas de sinistre à quatre millions d’habitants.

Ressusciter les pompiers nous échappe, mais nous rêvons d’armée. La police boitille, nous rêvons de marcher au pas cadencé dans des bottes que nous n’avons pas. Pour ne rien arranger, nous inventons pour l’armée des missions qu’aucune armée au monde ne met en tête de liste de ses priorités : la santé, le génie, le secours postcatastrophe, le reboisement et autres tâches civiles.

Ces quelques problèmes, mis bout à bout, (on oublie le reste) dressent un portrait sombre. On se demande, devant la faiblesse des solutions proposées ou de leur absence pure et simple, comment Haïti va-t-elle faire pour se lever un matin et marcher sur ses deux pieds vers le progrès?

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