Josaphat-Robert Large, un poète qui nous ressemble est parti

Samedi 28 octobre, Josaphat-Robert Large, l’auteur de « Jérémie et sa verdoyante Grand-Anse », s’est éteint. Le cercle des poètes de Jérémie se restreint.

Publié le 2017-10-31 | Le Nouvelliste

Culture -

Claude Bernard Sérant

Josaphat-Robert Large ne reviendra plus tous les ans au Festival national de la poésie à Jérémie. Ce samedi 28 octobre, il est entré dans le grand silence qui fait du bruit dans le monde des vivants. Les 12, 13, 14 et 15 octobre derniers, son nom revenait souvent dans les conversations. « Bobisson, notre cher Bobisson » qui remuait les fibres sensibles de l’auditoire de la cité des poètes lorsqu’il lisait ses poèmes a fait son adieu. Il n’a pas attendu la date de son anniversaire pour fêter avec ses êtres chers.

Cet homme qui a vu le jour à Jérémie le 15 novembre 1942, avant de faire son grand saut, a eu le temps de chanter son amitié envers Claude C. Pierre. Il avait aussi promis – lors des sursauts de sa maladie stoïquement supportée – d’écrire des textes dans Le Nouvelliste pour les autres compagnons qui ont restreint le cercle des poètes jérémiens : (Jean-Claude Fignolé, Jacqueline Beaugé et Serge Legagneur).

On se souviendra d’un natif de Jérémie qui aimait charnellement sa Grand’Anse, département qui a été ravagé par le cyclone Mattew en 2016. Vivant aux États-Unis, il avait, caméra photographique en bandoulière, fait le déplacement pour venir constater les grandes écorchures dans cette verte nature qu’il a chantée. L’auteur de « Jérémie et sa verdoyante Grand'Anse » avait été fortement marqué par cette catastrophe qui avait réveillé dans son âme de poète les dégâts considérables causés par Hazel en octobre 1954, ouragan qui avait fait près de 1 000 morts.

Les jeunes de la commune de Marfranc dans la Grand’Anse se souviendront d’un moniteur animé par le feu sacré dans les séances d’atelier sur la poésie. Pendant un mois, il avait transmis, à des écoliers, des techniques pour sculpter des mots dans la chair des textes qui expriment le chant de l’âme. L’auteur du roman d’expression créole « Rete ! kote Lamèsi » travaillait avec les matériaux de la langue parlée par tous les Haïtiens avec les écoliers. Ces derniers découvraient de belles sonorités dans leur langue maternelle, véhicule qu’ils enfourchaient pour découvrir le monde. On se souviendra que l’organisation du Festival national de la poésie avait facilité la publication de « Rekòt powetik », ouvrage sorti de cet atelier en 2013. Grâce à ce recueil, les poètes de Marfranc ont pu prendre part à Livres en folie et à la Foire internationale du livre (FILAH) la même année.

Josaphat est ce poète qui rêvait d’une jeunesse éprise par les choses de l’esprit. Il allait, avec le comité du festival, alimenter en ouvrages, les bibliothèques des communes de Marfranc, Roseaux, Chambellan, Beaumont et Jérémie. Il faisait don de ses ouvrages avec générosité : « Nerfs du vent », « Chute de mots », « Pè Sèt », « Échos en fuite » (Poésie) ; « Les sentiers de l’enfer », « Les récoltes de la folie », « Les terres entourées de larmes », « Partir sur un coursier de nuages », « Rete! kote Lamèsi », « Mississippi Blues », « Jérémie et sa Verdoyante Grand’Anse ».

Causeur étincelant, Large aimait parler de ses amis, Syto Cavé, Jean-Claude Fignolé, Jean-Guy Marie Louis, Anaïse Chavenet, Anthony Phelps, Georges Castera, Évelyne Trouillot, Lyonel Trouillot, Kettly Mars, Pierre Buteau, Mérès Weche, Wooly Saint-Louis Jean, Gary Klang, Jacques Charlier, entre autres. Il aimait parler des belles aventures culturelles qui ont marqué sa carrière avec ce beau monde. Quand il se mettait à se remémorer de la troupe de théâtre Kouidor, des icônes comme Hervé Denis, c’était un conteur de village qui captait l’attention de son interlocuteur.

Bobisson aimait les choses de l’esprit, il aimait la littérature qui le rendait plus vivant que la vie.

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