Liens architecturaux entre Haïti et la Nouvelle-Orléans

Le Patrimoine en question est une série d’activités comportant conférences, expositions, spectacles, entre autres, mises sur pied conjointement par la Fokal, les Alliances françaises en Haïti et l’Institut français en Haïti. Dans ce cadre, la Maison Dufort recevait à 4h p.m., le mercredi 25 octobre 2017, une conférence autour du thème « Patrimoine haïtien, Patrimoine ignoré ? ». Parmi les trois intervenants à cette causerie, on comptait M. Pierre-Antoine Gattier, architecte en chef et directeur des monuments historiques. Sa présentation était titrée « Nouvelle-Orléans – intervention du ministère de la Culture et de la Communication après l’ouragan Katrina du 29 août 2005 ».

Publié le 2017-11-13 | Le Nouvelliste

Culture -

Le premier à prendre la parole à cette conférence est M. Gattier. Son intervention porte sur la participation en 2005 du ministère français de la Culture et de la Communication dans la restauration de certains édifices, dont la paroisse Saint-Augustine, la plus ancienne des églises catholiques afro-américaines des États-Unis, des maisons de musiciens parmi lesquels les fondateurs du jazz, en vue de participer à la sauvegarde du patrimoine de la Nouvelle-Orléans. Avant d’entrer dans le vif du sujet, il fait un petit exposé sur l’histoire de cette ville fondée en 1718 par Jean-Baptiste Le Moyne de Bienville, de sa principale musique. Aussi de sa situation géographique, une ville entre un fleuve et une rivière, construite sur des marécages.

Architecte de son état, il portera à notre connaissance l’implication des Haïtiens ayant émigré, vers la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe, aux États-Unis, plus précisément en Louisiane, dans la transformation de l’architecture néo-orléanaise. En effet, il avance que le shotgun house et le creole cottage, deux styles architecturaux très répandus dans cette ville de la Louisiane, sont imprégnés d’une touche haïtienne très significative. Ce qu’il appelle : «liens architecturaux intenses entre Haïti et la Nouvelle-Orléans qui, dit-il, nourrit des influences venues d’Haïti ». Pour appuyer ses dires, il prend en exemple un trait particulier de la majeure partie des maisons caribéennes : elles n’ont pas d’espace de transition (vestibule…) entre l’extérieur et l’intérieur. Et, avance-t-il, cette particularité est aussi rencontrée dans cette ville du Sud des États-Unis.

Il a par ailleurs montré, à travers des cartes, l’étendue des dégâts causés par l’ouragan Katrina dans la plus grande ville de la Lousiane qu’il avait inondée à 80% en 2005, et les efforts consentis par le ministère français de la Culture pour restaurer des espaces, dont la maison de Jelly Roll Morton, l'un des fondateurs du jazz, faisant partie du patrimoine de la Nouvelle-Orléans.

Il souligne aussi l’importance historique du quartier de Tremé, première communauté afro-américaine des États-Unis, constitué de ceux venus d’Haïti au XVIIIe siècle et situé derrière la partie centrale de la ville, le vieux carré. Tremé, ce quartier peuplé d’Haïtiens qui a vu naître le jazz, cette musique populaire qui fait la fierté de la Louisiane.

Des questions et remarques des plus intéressantes ont ponctué l’exposé de M. Pierre-Antoine Gattier. Parmi elles, la prise de parole de la modératrice, qui cherchait à savoir ce qui pouvait être fait pour pousser l’État à prendre en charge le patrimoine après une catastrophe naturelle, ou encore la remarque de M. Durandis qui visait la sauvegarde de certains vestiges de sites patrimoniaux détruits, chance que n’a pas eu la paroisse de St-Louis Roi de France.

Des interventions qui ont poussé l’architecte à affirmer qu’il faut d’abord prendre soin des populations, et qu’il faut sauvegarder le patrimoine, car la ville nouvelle en aura besoin. Il a conclu avec un fragment d’un article du Times-Picayune : « Démolir une maison, endommagée, n’est pas toujours la solution. »

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