Lunise Morse, femme flamme de RAM

Ticket dans le rétroviseur Le 26 octobre 2017 ramène le 15e anniversaire de Ticket. Pour marquer cette date, nous vous proposons de redécouvrir d’anciens articles qui ont marqué plus d’un. À ses débuts en octobre 2002, Ticket était un hebdomadaire, imprimé et distribué à Port-au-Prince et dans certaines villes de province. Aujourd’hui, nos articles sont publiés tous les jours sur le www.lenouvelliste.com, puis partagés sur les réseaux Facebook (Ticket Magazine), Twitter et Instagram (@ticketmaghaiti). Retrouvez ci-dessous une entrevue réalisée avec Lunise Morse, parue le 11 août 2005, dans le numéro 143 de Ticket.

Publié le 2017-10-12 | Le Nouvelliste

Ticket Mag -

Véritable bombe sur scène, Lunise est cependant d’un tempérament calme et timide. Femme flamme au physique ravageur, elle a su gagner le coeur et l’admiration des mélomanes haïtiens. Son inspiration et sa voix ont tracé le chemin de RAM, la formation musicale à tendance « racine » fondée par Richard Morse, son mari. Quand Lunise chante et danse, le public entre en transe. C’est là son secret. C’est là son succès.

Profondément attachée à l’héritage culturel haïtien, la diva de RAM avoue puiser son inspiration musicale et sa force spirituelle dans le vaudou. Elle ne s’en cache pas. Elle le clame à haute voix et en fait l’éloge à travers toutes ses ritournelles. « Fèy yo », « M se pitit papa Loko ». Pour elle, le succès est le fruit de ses efforts. C’est aussi l’œuvre de la prière et des esprits.

« Rien ne se gagne gratuitement dans la vie et surtout dans le domaine de l’art. Tout est une question de don », ajoute-t-elle.

Lunise Exumé, de son nom de jeune fille, s’initie au ballet dès l’âge de 4 ans en suivant des cours à l’école des sœurs de la Sagesse. Remarquable et brillante, elle était toujours choisie pour danser parmi les élèves des classes supérieures, se souvient-elle.

Cependant, Lunise, pour protéger ce talent qui s’affirme en elle, doit vraiment se battre. Aidée de son tambourineur et professeur, elle trouve le moyen de suivre des cours de danse pour approfondir ses connaissances. Elle expérimentera par la suite le jazz pendant quelques mois avec Viviane Gauthier.

Voulant être plus proche de la culture haïtienne, Lunise se lance pour de bon dans la danse folklorique avec le concours de Yves, son ancien tambourineur, qui l’introduit au sein de la troupe d’Ella Apollon. Là, elle retrouve sa vraie racine, confie-t-elle. Celle du « fran ginen », un héritage natif natal que lui a légué sa grand-mère. Depuis, elle commence à faire des recherches sur des questions jugées taboues dans son milieu.

« J’ai toujours voulu savoir pourquoi, par exemple, elle lavait les maisons avec des feuilles, pourquoi elle les habillait avec des draps blancs, pourquoi elle pratiquait toute une série de choses apparentées au vaudou alors qu’elle n’était pas mambo », affirme-t-elle.

Cependant, une carrière de danseuse n’était pas vraiment une idée partagée par sa mère qui aurait préféré la voir se lancer dans une profession plus prestigieuse ou moins banale. Autant elle subissait des pressions, autant elle arpentait les « péristyles » avec des amis pour mieux connaître l’univers du vaudou.

Ram conquis par la danse

Au fil du temps, malgré les contraintes, son talent commence à être reconnu. Ainsi, elle décide de prendre sa destinée en main. Sa troupe de danse obtient un contrat d’animation à l’hôtel Oloffson tous les lundis. Sa carrière prend un nouveau cap. Son charme, ses déhanchements, sa beauté envoûtent tout un public dont le jeune Richard Auguste Morse.

Venu en Haïti pour effectuer des recherches, Richard tombe sous le charme de Lunise Exumé. En 1989, alors qu’elle venait d’avoir 19 ans, Lunise récolte le fruit de son amour pour Richard. Elle met au monde son premier bébé et, 18 mois plus tard, elle enfante son second.

Lunise, la voix de Ram

Lunise, qui a la fièvre de la musique depuis sa tendre enfance, va être au centre du projet de groupe que veut mettre sur pied Richard Morse, devenu son époux. Avec sa voix captivante, elle séduit du premier coup le public.

Cependant, elle a dû bosser dur pour se satisfaire elle-même. « Les débuts ont été difficiles pour moi. Même si le public m’appréciait, je devais faire plus d’efforts ».

Encouragée par Richard, elle suit des cours de vocalise avec Fritz Jolicoeur. Avec RAM, Lunise imposera les jeudis à l'Hôtel Oloffson comme un rendez-vous incontournable pour ceux qui veulent se ressourcer à travers la musique et la danse traditionnelle haïtienne.

En dépit des difficultés auxquelles le groupe a eu à faire face, le parcours de Lunise a suivi une courbe ascendante. Elle promet le retour du groupe pour les périodes carnavalesques, « quand les choses iront mieux ».

Propos recueillis par John B.Jean-Pierre Boobyj2000@yahoo.fr Auteur

Réagir à cet article