De l’implication des juges intègres dans la bataille

CARTE BLANCHE A JEAN-CLAUDE BOYER

Publié le 2017-10-11 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Si je vous dis que certains justiciables adhèrent sans sourciller à la corruption, me croiriez-vous ? Le plus important pour la famille d’un détenu est que ce dernier sorte des liens de la prévention quels qu’en soient les moyens. Me Osner Févry, invité, le lundi 9 octobre 2017, du magazine « Le Point » de Radio-Télé Métropole, a présenté, au nom du bâtonnier Stanley Gaston, ses excuses aux magistrats intègres du système judiciaire. Personne ne met en doute l’intégrité, à la cour d’appel, du président Jean-Joseph Lebrun, des juges Norah A. Jean-François et Eddy Darang, au tribunal de première instance; du doyen Bernard Saint-Vil; aux Cayes, du juge Jacques Pierre, aux Gonaïves, du juge Cardichon. Je souscris avec Me Févry à cette liste non exhaustive.

Le dimanche 8 octobre, à « Pilwen Pifon », magazine de Radio Vision 2000, le professeur Rosny Desroches relevait : « Ce genre de cérémonie est souvent l’occasion d’envoyer des fleurs (…) Nous sommes pas habitués à la vérité (…) Le bâtonnier Gaston, qui était candidat unique, jouit d’une grande confiance de ses pairs. » À la fois, Me Févry et M. Desroches louent son courage. Il en faut pour prononcer un tel discours en présence du chef de l’État, du Premier ministre, des membres du gouvernement, des représentants de la communauté internationale et des magistrats. Or, ce jour-là, à cette cérémonie solennelle de rentrée judiciaire, le juge Heidi Fortuné, ministre de la Justice et de la Sécurité publique, annonçait lui aussi sa volonté de tolérance zéro contre la corruption. Cette manifestation de volonté est passée inaperçue. Incompréhensible !

Entrons dans le vif du sujet. Me Févry confie à Georges Allen, l’un des présentateurs de « Le Point », son désappointement : « Vous avez un client en détention. Cela fait trois mois que vous lui prêtez assistance. Un beau jour, le membre de la famille (qui vous avait constitué), ayant rencontré un racketteur sous un arbre du tribunal, lui verse la rondelette somme de cinq mille dollars. Le détenu sort immédiatement de prison. Alors, dans ces conditions, l’avocat est ridiculisé. » Ce qui signifie que, pour combattre la corruption dans la justice et en finir avec, les juges intègres doivent eux aussi s’impliquer et rejoindre le barreau dans cette croisade. Il ne suffit pas de pousser des cris d’orfraie quand le bâtonnier prend ses responsabilités à chaque rentrée judiciaire ; il ne faut pas que le doyen, administrateur du tribunal, se morfonde dans l’inaction en regardant passivement les racketteurs imposer leur loi dans les couloirs et dans la cour du palais de justice.

Ce signal-là une fois lancé, la corruption au tribunal reculera. De combien de pas ? Même de deux pas, cette avancée sera considérable.

Jean-Claude Boyer

Mardi 10 octobre 2017

Réagir à cet article