Publication / Conte

Le monde merveilleux de Jude

Nous ne finirons jamais assez de dire merci à Nélio Joseph, un enfant du sérail de Le Nouvelliste, qui, de sa retraite studieuse à Paris, nous met souvent en contact avec des jeunes comme lui qui cultivent un amour des belles-lettres. Aujourd’hui, par le truchement de Nélio, notre page s’ouvre à Junior Elysée qui nous propose un regard critique sur le prix de la richesse, une récente publication de Jude Joseph.

Publié le 2017-10-09 | Le Nouvelliste

Culture -

Il manquait, peut-être, ce chant d’amour à Jude Joseph pour que son monde merveilleux soit peuplé de tout. Le prix de la richesse, conte récent publié en quinze langues, est un hommage mérité aux femmes haïtiennes et du monde qui illuminent la vie par leur courage, leur sourire. Ce conte, terriblement merveilleux, qui se lit d’un trait est un prétexte à l’auteur pour raviver le souvenir de sa mère Véronique, partie trop tôt au pays sans chapeau, et honorer la présence de sa femme Daniella qu’il aime d’un amour tendre, sans cesse renouvelé.

L’histoire n’est pourtant pas tirée de sa besace. Elle est une réécriture d’un conte folklorique bien connu du patrimoine oral et immatériel haïtien. Un enfant en mal de richesse va consulter Lucifer le diable qui céda volontiers à son désir. Il découvre, en conclusion d’un contrat irréversible qu’il signe en toute hâte, que le gage de cette fortune n’est autre que sa mère qu’il offre en holocauste. Entre des larmes de remords et son devoir de respect de l’engagement, il emmène sa mère voir le diable pour être sacrifiée. Mais ce dernier, par respect de la mémoire de sa défunte mère dont sa proie est une copie parfaite, renonce à son forfait et enjoint l’enfant à faire de cette richesse une source d’utilité pour sa mère.

S’il est vrai que l’histoire ne lui appartient pas en propre, Jude la réinvente et fait d’elle une œuvre à part entière. Le conteur a cette latitude de faire du neuf avec du vieux en y ajoutant son souffle. Les personnages semblent être les mêmes : un enfant, sa mère et le diable. L’auteur, cependant, s’est attelé par moments à une entreprise de déconstruction des images et des sens afin d’imprimer sa marque à sa version. Cette grande sensibilité qu’il prête au diable semble faire partie de cette entreprise : « le diable se met à pleurer, à pleurer jusqu’à l’étouffement » (p. 11) devant la ressemblance frappante de sa proie à celle de sa mère qu’il se garde de voir mourir une seconde fois.

Le conte me laisse malgré tout sur ma soif pour ne s’être pas assez distancé de la version «originale». Son grand mérite est de nous replonger dans une enfance qui rappelle le « bon vieux temps » dans les campagnes haïtiennes où se rassemblaient au clair de lune enfants, jeunes et adultes à l’heure des traditionnels « tire kont ».

Conteur-comédien-chanteur, Jude Joseph, né à Plaisance, vit actuellement en France. Il a déjà publié plusieurs livres et CD de contes dont Papa Loko le vent et Brèche le papillon.

Joseph J. (2017), Le prix de la richesse. Conte en plusieurs langues. Paris, Teham

Réagir à cet article