Myrielle Pierre, dompteuse du “kawotchou”

Artisanat en fête Les 21 et 22 octobre au Parc historique, Myrielle Pierre fera pour la première fois l’expérience d’Artisanat en fête, la grande messe annuelle de la création du terroir. Madame est une spécialiste des sacs à main faits à partir de pneus usagés. Mais il n’y a pas que ça dans son champ d’expertise, il y aussi une gamme de bijoux qu’elle présente comme étant « catchy » pour ceux et celles qui sont à l’affût de bons accessoires pour accompagner leur mise.

Publié le 2017-10-12 | Le Nouvelliste

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Chez nous, les pneus usagés sont devenus par la force des choses une arme de prédilection pour ceux qui veulent exprimer leur grogne sur le macadam. Myrielle Pierre, elle, en fait des sacs à main qui sont autant élégants que pratiques.

La native de Ouanaminthe n’est pas une parachutée dans la création artistique. Elle est sortie lauréate en 2004 de sa promotion en « fashion design », dans une école supérieure de mode se trouvant à La Romana, chez nos voisins. Elle précise que durant l’année préparatoire à cette école, les étudiants sont initiés aux rudiments de tout ce qui touche aux diverses formes d’art. C’est pourquoi la lady est aussi à l’aise pour dessiner des sacs à main que pour travailler l’argile ou appliquer de la peinture sur une toile.

En 2009, elle a fait son premier show baptisé « Couleur café ». Elle a dû vivre quelque temps entre la Floride et la République dominicaine, avant de poser définitivement ses bagages récemment à Port-au-Prince. Dans l’une de ses participations à Femmes en démocratie, on a primé son travail comme étant « innovant ». Elle a été l’une des reines de la passerelle d’une Haïti Fashion Week.

Son atelier a l’air d’une galerie d’art. On retrouve tant du textile que de la maroquinerie, sans compter le vétiver dont elle extrait de l’huile destinée à l’exportation. Elle fait du « outsourcing » pour d’autres créateurs également. Les pneus usagés sont tombés dans sa visière comme un fantasme.

Ses sacs à main à base de ce matériel attirent, de son aveu, les curieuses. Les mamans en font leur préférence parce qu’ils sont spacieux. Celles qui sont « eco-friendly » et qui veulent encourager la production nationale sont parmi ses clientes.Le prototype de la gamme qu’elle garde en sa possession est vieux de plus de 3 ans et n’a pas pris une ride. Elle estime qu’il a une garantie d’au moins 5 ans. En plus de sa robustesse, elle vante son imperméabilité et son élégance. Donc en cas de pluie, pas besoin de cacher son sac ou decraindre pour ses effets si d’aventure il tombe dans une piscine ou un puits. Il est lavable, une plus-value qui le place au-dessus de bien de ses équivalents faits d’autres matières.

Dompter le « kawotchou » n’est pas chose aisée selon les explications de l’experte. Il faut un mois ou deux au processus d’astiquage. Il faut le tremper longtemps dans un liquide spécial pour enlever l’odeur pas agréable, avant de passer au découpage et au montage. Pour un seul sac il faut la conjugaison du travail de deux artisans. Quand la commande est plus grande, il faut un peu plus de monde dans le travail en chaîne.

L’ambition de cette femme encore célibataire, c’est de combattre la saleté qu’occasionnent les pneus usagés, d’être un porte-drapeau d’un mouvement de recyclage en Haïti. « C’est un déchet qui n’est pas biodégradable. Quand il est lâché dans la nature, il ne disparaît pas rapidement », rappelle-t-elle. A ceux qui brûlent les pneus sur le macadam, elle leur dit : « Agir ainsi, c’est comme lancer un boomerang. On participe à sa propre intoxication et à celle de ses voisins. En plus la voie publique est le fruit des taxes récoltées par l’Etat ».

Myrielle se fait l’amie de tous les mécaniciens qu’elle croise sur sa route. Ce sont donc ses principaux approvisionneurs. Il arrive qu’on la perçoive comme une réactionnaire pyromane quand elle descend de sa voiture pour aller ramasser un pneu usagé jonchant le chaussée. « Sa fi sa a pral fè ak kawotchou sa a? », lui demande-t-on souvent.

La créatrice de mode promet aux gens de faire découvrir, les 21 et 22 octobre, au Parc Historique en plus de ses sacs, une collection de bijoux qu’ils vont beaucoup apprécier selon elle. La dame qui fera pour la première fois l’expérience d’Artisanat en fête en tant qu’exposante cette année confie être toute excitée, puisque jusque-là, elle s’était contentée de faire le plein d'articles d’autres artisans et créateurs.

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