Le dysfonctionnement de la Bibliothèque nationale Sténio Vincent: un coup dur pour les jeunes de Jérémie

Publié le 2017-10-06 | Le Nouvelliste

Culture -

« Personne n’éduque personne

Personne ne s’éduque seul

Les gens s’éduquent entre eux, par l’intermédiaire du monde » Paulo Freire

La Bibliothèque nationale Sténio Vincent est l’un des rares espaces de lecture qui existent dans la ville de Jérémie. Elle dessert une partie de la population écolière et étudiante de la ville, notamment les lycéens. Pour ceux et celles qui n’ont pas accès à une bibliothèque ou un espace de lecture privé, elle constitue, entre autres, un espace de rencontres, de loisir, d’épanouissement et d’émancipation. Cette bibliothèque comprenait une salle de lecture et une salle informatique malgré l’obsolescence de certain matériel, surtout les livres. Elle ne fonctionne plus depuis le passage du terrible ouragan Matthew sur le département de la Grande'Anse, le mardi 4 octobre 2016. Il y a quasiment un an depuis qu’elle a été affectée par l’ouragan. Ces portes restent encore fermées, comme si son fonctionnement représentait un danger aux yeux des instances concernées. Les autorités de la ville n'envisagent pas en compte sa restauration, encore moins sa réouverture.

En effet, compte tenu de l’importance d’une bibliothèque dans une communauté, n’est-il pas une nécessité que les autorités reconstruisent la Bibliothèque nationale Sténio Vincent ? Ou peut-on affirmer que la formation des jeunes ne représente pas une priorité pour l’État haïtien ou pour les autorités de la ville de Jérémie ?

La formation des jeunes, semble-t-il, n’a jamais été une priorité pour les dirigeants haïtiens. En effet, la bibliothèque, comme espace qui garantit essentiellement la formation et l’émancipation des jeunes, est toujours en état de délabrement. Pourtant, elle représentait un complément pour les jeunes écoliers jérémiens surtout en raison de l’insuffisance et la non-nécessité des formations offertes par les établissements scolaires. Déjà, nous connaissons certains grands penseurs haïtiens qui étaient de vrais autodidactes. Le cas d'Anténor Firmin. Par ailleurs, cette bibliothèque aidait les jeunes à développer leurs capacités intellectuelles et critiques. Elle favorisait chez les jeunes une indépendance intellectuelle et réflexive.

C’est-à-dire qu'elle favorise la capacité de raisonner, d’argumenter et de formuler un discours rationnel sur la réalité afin de mieux agir pour la transformer. Elle contribuait également à mieux comprendre la réalité sociale dans laquelle vivent ces jeunes. Parce que, dans une ambiance de lecture, les jeunes peuvent construire leur grille de lecture, ou encore leur perception de la réalité sociopolitique. La Bibliothèque nationale Sténio Vincent constituait enfin une ouverture sur les autres cultures dans le monde. Car, à travers les livres, on a la possibilité de connaître les habitudes, les mœurs, les modes de vie des autres peuples. Ceux-ci représentent un moyen de connaissance des autres peuples afin de mieux comprendre la diversité culturelle ou la problématique de l’altérité.

Cet article vise avant tout à exiger des autorités haïtiennes et des dirigeants de la ville de Jérémiesqu'ils assument leurs responsabilités en prena toutes les mesures nécessaires pour la réouverture de la plus grande et la plus accessible bibliothèque de la ville. Parce qu’une telle bibliothèque est tant un appui aux établissements scolaires dans la ville qu’un soutien pour l’instruction des jeunes. Puis, ils doivent également penser à sa rénovation et à son réaménagement en ajoutant de nouveaux livres, revues scientifiques et à actualiser la salle informatique, etc. Parallèlement, nous demandons à ceux et à celles qui ont la possibilité de contribuer à la réouverture de la Bibliothèque nationale Sténio Vincent de le faire. Des dons de livres et autre matériel nécessaire contribueront à son enrichissement. La réouverture de la bibliothèque sera un acte considérable et très significatif pour la transformation sociale de la ville de Jérémie. « Une bibliothèque dans une communauté est comme une lumière dans un espace ténébreux.»

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