Francesca André, la photographe se transforme en cinéaste !

Photographe, réalisatrice et productrice d’origine haïtienne, Francesca André évolue actuellement aux Etats-Unis. Depuis septembre 2016, elle a lancé Charcoal, son premier court-métrage, inscrit dans plusieurs festivals de films internationaux qui a déjà récolté pas moins de trois prix cinématographiques.

Publié le 2017-09-19 | Le Nouvelliste

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Née en Haïti en 1984, Francesca grandit à Carrefour et effectue ses études au Centre classique féminin (CCF). Elle quitte le pays à l’âge de 15 ans et émigre dans l’État du Connecticut, aux Etats-Unis, où elle poursuit ses études secondaires, puis un bachelor en études internationales de l'Université Fairfield.

Mannequin qui a paru dans des publicités imprimées de US Today, Eye Care Business Magazine, Essence, Devry University, Redbook mgazine, BET, Wix, WWE et Time Magazine, Francesca tombe en amour avec la photographie à l’âge de 23 ans. « Un peu par hasard », dit-elle. Car, au préalable, elle n’avait aucune formation spécifique pour cette discipline. « Avant tout, c’était une façon pour moi de m’exprimer », confie-t-elle. Contre toute attente, en 2009, trois mois après avoir fait ses débuts, une de ses photos est publiée dans le New York Daily News. Une commande amenant une autre, l’aventure se poursuit et les publications deviennent de plus en plus régulières. Et, bien entendu, elle y prend goût. Aujourd’hui, ses photographies illustrent ou ont illustré des articles de plusieurs journaux américains, dont New York Post, New York Daily News, News Day, Connecticut Post, Stamford Advocate, AOL Patch, Arise Magazine, She Caribbean Magazine, Floss Magazine, Fairfield Living Magazine, Women Media Center, Norwarlk Citizen, etc. « Je suis reconnaissante de cette opportunité qui m’a été offerte de publier dans ces grands journaux », confie celle qui n’a pas hésité à chercher, à travailler dur pour se faire une place dans ce secteur qui demeure la chasse gardée des homme, car, admet-elle, « le cinéma aussi bien que la photographie n’est pas un domaine très ouvert, aux femmes, encore moins aux femmes noires. Les quelques femmes qui y évoluent sont souvent des rédactrices ».

Depuis, la photographe amateur s’est professionnalisée et n’a plus arrêté. Outre les publications dans les journaux, elle a mis sur pied, de concert avec son mari Gustavo Azael Torres, Optik 21, une société de photographie. Il y a deux ans, Francesca choisit de poursuivre pendant une année un master en Film and Television avec une spécialité dans la réalisation au Sacred Heart University. « Je voulais maîtriser le domaine, me donner une certaine discipline car j’ai beaucoup de projets en tête », explique celle qui a fini par prendre goût dans le fait d’être derrière la caméra.

Déjà trois prix pour Charcoal, son premier court-métrage

En septembre 2016, Francesca André termine Charcoal, le premier court-métrage qu’elle soumet au public. Elle décide de l’inscrire à près d’une quinzaine de festivals. Elle obtient l’accord de huit environ. Actuellement, Charcoal a déjà participé dans trois festivals et récolté trois distinctions également. En effet, à ce jour, elle a déjà obtenu le prix « Best Short Film » (meilleur court-métrage) du Reel Sisters of the Diaspora Film Festival, le « Visionary Awards» (prix du visionnaire) du Crystal Ship Mini Indie Film Festival et « Juror’s certificate », le prix du jury du Women of African Descent Film Festival.

Mais elle espère encore en obtenir d’autres. Du 20 au 22 septembre 2017, elle participera au Trinidad and Tobago Film Festival. Du 29 au 1er octobre, à la huitième édition du Silicon Valley African Film Festival. Charcoal sera projeté du 1er au 27 octobre au Slum Film Festival au Kenya, au Crown Heights Film Festival à Brooklyn, du 26 au 28 octobre, et aussi au Yonkers Film Festival, du 3 au 8 novembre.

Pour ces rendez-vous qui s’en viennent, Charcoal, ce court-métrage de six minutes, écrit, réalisé, filmé et produit par Francesca André, pourrait aussi rafler quelques Awards. Elle est confiante. Même si gagner des prix n’était pas son objectif premier. « Au départ, je voulais raconter une histoire qui me tenait à cœur. Je ne pensais pas que cela allait avoir une telle visibilité », admet la cinéaste qui est aussi productrice créative de Fanm Kanson Network et membre du New York Women in film and television.

Avec les personnages tels que Chengu Kargbo, Lorry François, Kweta Henry, Khamaly Bryan, Heather Smith, Charcoal ou charbon en français, aborde la question du colorisme. Elle met en avant l’histoire de deux femmes noires qui finissent par se défaire du colorisme intériorisé -c’est-à-dire la dévaluation d'un individu ou les discriminations subies par ce dernier à cause de l'intensité de la couleur de sa peau- pour s’accepter et s’aimer telles qu’elles sont. « Ce n’est pas un film haïtien mais il explore un thème universel, à travers lequel beaucoup de femmes noires se reconnaîtront » explique Francesca. « Ce film charrie des messages préconisant l’amour et l’acceptation de soi, des images encourageant les femmes noires à accepter leur identité, à embrasser leur origine et leur singularité. Non seulement le sujet de la couleur de la peau est abordé, mais aussi les cheveux. Le choix des coiffures que font de nombreuses femmes noires sont liées à des normes de beauté alignées sur le colorisme », ajoute-t-elle.

Pour le moment, Francesca André ne sait pas quand ses compatriotes haïtiens pourront visionner son court-métrage. Mais ce n’est pas l’envie qui manque. « À ma connaissance, il n’y a pas de festival de film haïtien dans lequel je pourrais inscrire mon film. Dommage. Même si je ne sais pas encore quand, mais j’ai en tête de produire un film en Haïti», confie cette femme créative, pleine de vie, très fière de ses origines haïtiennes et grande fan d’Emmeline Michel et de Manno Charlemagne.

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