L’opacité, l’un des grands ennemis de Jovenel Moïse

Publié le 2017-09-13 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le premier ministre Jack Guy Lafontant a dénoncé mercredi en conférence de presse des « forces de l’ombre qui ont plongé la capitale dans la désolation» lors des dernières manifestations. Un conseiller spécial du président Jovenel Moïse, Renald Lubérice, explique dans un tweet que « la journée (N.D.LR : mardi) de terreur qui s'est abattue sur Port-au-Prince avait un seul et unique objectif: défendre le black-out au détriment du peuple ». Un fait est, il y a un manque de clarté sur plusieurs points alors que le budget 2017-2018 semble être au cœur d’une bataille rangée. Le gouvernement lui-même ne fait pas assez de lumière sur bien des points.

L’opacité, le manque de transparence, la difficulté de communiquer sont parmi les principaux ennemis de la présidence Moïse, même si ces derniers jours on pourrait croire que ce sont les manifestants qui doivent le tracasser. Les manifestations, leur ampleur et la violence qui les accompagne ne sont que le signe que quelque chose ne tourne pas rond.

L’opacité est au cœur du péché de communication qui alimente un ensemble de problèmes que connaît l’administration Moïse-Lafontant. Si le président a quatre porte-parole dont on doute de l’efficacité, le gouvernement n’en a aucun. Ni le ministre de la Communication, ni aucun autre membre du gouvernement Lafontant ne parle pour se faire entendre, ne porte des dossiers ou ne sert de grand pédagogue pour vendre la vision et les projets de l’équipe.

Le gouvernement semble croire qu’il se dirige dans la bonne direction alors que les chauffeurs du char de l’Etat inquiètent plus qu’ils ne rassurent les passagers pour qui ils travaillent.

L’épisode du budget, attaqué de toute part par de savantes campagnes de désinformation d’un côté et par des critiques raisonnées d’économistes, d’associations et de politiques, d'un autre côté, n’est que la pointe de l’iceberg. Il y a beaucoup de décisions du gouvernement qui sont incompréhensibles.

Pour rester au budget, il faut écouter ce qu’en dit Bernard Craan, responsable du Forum économique du secteur privé. « Nous avons écrit au président du Sénat et pris contact avec le secrétaire d’Etat aux Finances, Ronald Décembre, pour leur expliquer qu’au niveau du secteur privé, les modifications des lois fiscales, dont l’impôt sur le revenu, le tarif douanier, la contribution foncière des propriétés bâties dans le cadre d’un budget, ne sont pas bien perçues. Cela crée de l’insécurité fiscale et un sentiment d’imprévisibilité. Les opérateurs économiques se trouvent dans l’incertitude ».

Plus loin, alors qu’il intervenait sur une station de radio de la capitale, l’homme d’affaires, parlant au nom de ses pairs, a ajouté : « Des modifications se font chaque année et ça dérange les opérateurs économiques et leurs planifications. Le gouvernement n’avait pas consulté le Forum économique sur le budget et c’est aussi le cas pour d’autres entités de la société civile. C’est pareil pour le Parlement qui n’avait pas consulté le Forum économique de la société civile avant de voter. En outre, il y a dans le budget quelques éléments qui ne sont pas favorables au développement économique ni aux couches les plus défavorisées de la population », a déclaré Bernard Craan, responsable du Forum économique du secteur privé, regroupement des plus grandes entreprises du pays et des associations du monde des affaires.

Si un gouvernement n’écoute ni les riches, ni ses opposants, en Haïti, il ne reste que la rue. Mais la rue coûte si cher au pays (violence et dégradation de l’image du pays) qu’on se demande pourquoi s’entête-t-on à ne pas chercher à expliquer le bien-fondé de certaines mesures inscrites dans le budget. Pourquoi cet entêtement à passer en force (les députés ont voté le texte un samedi, quasiment sans débat). Pourquoi la prévalence de l’opacité.

D’un autre côté, le gouvernement ne promet pas grand-chose de concret après l’augmentation des taxes. Il n’y a ni promesse de lutter contre la corruption, ni engagement ferme de combattre la contrebande, même pas le souhait renouvelé de faire la chasse au gaspillage. Prenons le scandale des kits scolaires, prenons les mesures pour contrôler la frontière terrestre, prenons cette construction pharaonique annoncée pour loger le Parlement sur dix étages…

Porter le plus grand nombre possible d’Haïtiens à participer financièrement à l’effort fiscal est une bonne chose, faire passer la pilule sans pédagogie en est une autre. Dans le noir opaque on ne devine pas ce qu’on avale. Rien ne dit qu’on avalera n’importe quoi non plus.

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