Ayiti Mizik publie la cartographie de l’industrie haïtienne de la musique

PUBLIÉ 2017-09-14
Lors d’une conférence de presse organisée le mercredi 13 septembre 2017, à Le Villate à Pétion-ville, l’Association haïtienne des professionnels de la musique a rendu public le produit fini de leur projet qui consistait à réaliser une cartographie de l’industrie haïtienne de la musique. Lancée en 2016, cette étude est arrivée à présenter sous forme de données chiffrées, de schémas et d’analyses, les différents canaux et rouages de l’industrie musicale haïtienne.


Les conférencières de l’occasion, Milena Sandler, vice-présidente d’Ayiti Mizik, et Pascale Jaunay, membre de l’association, se sont attelées à présenter les grands points du travail réalisé dans six des dix départements géographiques du pays : Artibonite, Centre, Nord, Ouest, Sud et Sud-Est. Le projet a ainsi permis d’obtenir des données chiffrées autour des métiers de la musique dans le pays, des tendances les plus diffusées, de la question du droit d’auteur, des artistes mais également des revenus générés par l’industrie musicale haïtienne.

Il est intéressant de noter que le compas, pourtant considéré par plus d’un comme la musique nationale, n’est pas le plus écouté dans le pays. Il arrive en deuxième position après les musiques urbaines qui rassemblent les tendances telles que le rap, le rabòday, le reggae, le raga ou encore la musique électronique. Cependant l'enquête précise que sur le plan commercial, le compas bénéficie de plus d’organisation, de production et de diffusion. Des neuf genres artistiques élaborés et pris en compte dans le cadre de l'enquête, à savoir compas, musique racine, musique traditionnelle (vodou, rara), musiques urbaines, musique classique, jazz, musique évangélique, chanson pop/variété et troubadour, la musique urbaine avec 29 % d'écoute, le compas avec 14 % et la musique évangélique, 13 %, se partagent les premières places du podium.

Les données compilées au cours de l’élaboration du projet ont été présentées sous la forme d’une revue composée de 109 pages. Le document en question, le premier du genre en Haïti, se veut contributif à la mise en œuvre d’une politique culturelle dans le secteur musical haïtien. Parmi les chiffres à retenir du rapport, signalons que 50% des professionnels de la musique ici en Haïti ont au moins le baccalauréat et ont fréquenté l'université. Il y a actuellement 35 métiers de la musique pratiqués en Haïti: musicien, chanteur, beatmaker, manager, accordeur, réparateur d’instrument, manutentionnaire, technicien du son, propriétaire, responsable musical, tourneur ou bookeur, propriétaire/ gérant de magasin de CD, éditeur, DJ, auteur, compositeur, arrangeur, attaché de presse, animateur, journaliste ou encore professeur de musique, pour ne citer que ceux-là. Ces métiers ne sont pourtant pas inscrits dans le code du travail.

Si la richesse de la musique haïtienne fait certainement partie des points forts soulignés par l'étude, le manque de vision et de solidarité des acteurs du secteur ainsi que le manque de qualité du produit fini, notamment sa faiblesse en matière de spectacle, y ont aussi été relevés. La majorité des acteurs de l’industrie haïtienne de la musique ne peut pas réellement vivre de ce métier. Résultat, il devient une occupation secondaire pour certains. La faiblesse de notre système de droit d’auteur constitue aussi un véritable obstacle. Même si très peu de musiciens sont affiliés à une maison de protection de leurs droits en tant que créateur, l'étude souligne que la seule instance qui s’occupe de la question du droit d’auteur en Haïti : le Bureau National du Droit d’Auteur Haïtien (BHDA) n’est reconnue d’aucune société similaire internationale. Alors que les sociétés de droit d’auteur sont supposées travailler en partenariat à travers le monde.

Par ailleurs, les initiateurs du projet ont fait deux catégories de recommandations. La première concerne le secteur et vise notamment la vulgarisation de la réglementation existante sur le secteur à travers les séances d’informations, médias, les réseaux sociaux. Œuvrer pour une meilleure intégration des musiques traditionnelles ou encore en être vigilant par rapport à l’application de la loi sur le quota de diffusion des musiques.

La seconde vise l’État, qui devrait harmoniser les réglementations pour l’enregistrement des acteurs de l’industrie de la musique, revoir le système de taxation du matériel professionnel importé ou encore mettre l’accent sur la création de la carte professionnelle pour les acteurs du secteur. Une carte qui sera bientôt une pièce très importante pour les musiciens désirant obtenir le visa Schengen pour performer en Europe, selon Jean Mathiot, directeur de l’Institut français en Haïti et chargé culturel à l’ambassade de France.

Rappelons que l’association Ayiti Mizik avait gagné un appel à propositions du Fonds international pour la diversité culturelle de l’UNESCO en 2016. L'étude a pu être engagée grâce à une enquête de terrain réalisée auprès de 1520 professionnels de la musique et également suite à différents focus groups.



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