La rentrée des classes à une école publique montréalaise

Des idées pour le développement

Publié le 2017-09-11 | Le Nouvelliste

Economie -

Un pays qui veut se développer doit commencer par prendre en charge son système éducatif. Le Québec en est un exemple éloquent. La province francophone canadienne a connu un développement fulgurant à partir des années 60. Il avait, au préalable, opéré une vaste réforme de son système éducatif. À travers cette réforme, la société québécoise a effectué des changements majeurs de son système d’éducation à tous les niveaux : préscolaire, primaire, secondaire et universitaire. Des enseignants haïtiens qui ont fui la dictature des Duvalier ont apporté une contribution significative à la mise en œuvre de cette réforme. Au Québec aujourd’hui, seulement 12 % des élèves des niveaux primaire et secondaire fréquentent l’école privée. Tout le contraire de ce qui se fait en Haïti. À l’université, le système est quasiment uniforme avec une gestion autonome qui bénéficie d’un fort financement public.

J’ai suivi de très près la rentrée scolaire la semaine dernière à Montréal, particulièrement à la maternelle et à la première année du secondaire. En fait, les niveaux préscolaire et primaire demeurent les niveaux les plus importants puisqu’il s’agit de l’étape où l’enfant s’imprègne de la culture et du mode de fonctionnement social. Chaque classe et chacun des niveaux poursuivent des objectifs précis. Dès la fin de la petite enfance, l’enfant apprend à traverser la rue de façon sécuritaire en respectant les feux de signalisation. Quant au préscolaire, il se propose de donner le goût de l’école à l’enfant, de favoriser son développement global et de jeter les bases de la scolarisation proprement dite : lecture, écriture, mathématiques, sciences, etc.

Une visite à l’École primaire publique Victor Lavigne a permis de prendre connaissance du programme de la classe de maternelle. Quand on dit publique, les parents ne paient quasiment rien sinon que certains services accessoires comme la garde des enfants. Et là encore, à un prix vachement subventionné, comparé aux autres provinces canadiennes.

Madame Stéphanie Dorion, enseignante de carrière, au cours de la traditionnelle rencontre de la rentrée avec les parents à Victor Lavigne, a exposé tous les tenants et aboutissants du programme de la maternelle. Elle est responsable d’une des neuf classes de maternelle à Victor Lavigne. Durant cette première année, l’enfant doit apprendre à affirmer sa personnalité, à interagir de façon harmonieuse, à communiquer, à mener à terme un projet, à agir sur le plan sensoriel et moteur ainsi qu’à construire sa propre compréhension du monde. Tout un programme de société bâti pour former un citoyen responsable. Dans l’affirmation de soi, l’enfant est invité à affirmer ses goûts, ses intérêts, ses sentiments et ses émotions. Il doit développer son autonomie en travaillant sa confiance en soi.

L’interaction harmonieuse est particulièrement importante. Elle apprend à l’enfant à s’intéresser aux autres, à participer à la vie collective, à collaborer avec les autres et à appliquer une démarche cohérente de résolution des conflits, le cas échéant. En clair, la socialisation commence au plus jeune âge. On n’attend pas l’université pour enseigner les théories de la résolution des conflits mais on utilise les résultats des recherches universitaires pour déterminer la façon d’inculquer aux enfants les rudiments de cette discipline. Dans une société, la coordination et la collaboration ne s’improvisent pas, elles s’enseignent. De même que la culture de l’intérêt commun et du bien public.

On apprend aussi à l’enfant à développer de l’intérêt pour la communication en sachant comment produire et comprendre un message. Ainsi, sans le savoir, il pratique les sciences sociales et les sciences pures avec un souci particulier pour son environnement. Il s'exerce à adapter ses actions aux exigences de l’environnement à travers des gestes simples mais efficaces en utilisant l’eau du robinet de façon optimale et en ne jetant pas les sachets et les déchets dans la rue. Comme une sorte d’introduction aux concepts de bien-être collectif par rapport au bien-être individuel.

Un souci de justice sociale

Au programme, se trouve également l’objectif de mener à terme un projet où les petits doivent faire preuve de ténacité dans la réalisation d’une activité. Ils sont appelés à montrer de l’engagement et à transmettre les résultats de leurs projets. Les gestionnaires reconnaîtront ici une forme de gestion axée sur les résultats. Ils apprennent à construire leur compréhension du monde en démontrant de l’intérêt et de la curiosité pour les arts, l’histoire, la géographie, les sciences et la technologie. Celle-ci est perceptible dès l’entrée dans une classe maternelle. Un tableau blanc interactif accueille les petits qui y choisissent leur nom de façon tactile sous forme d’une pomme qu’ils font glisser au pommier. Et la présence est électroniquement comptabilisée. À travers l’apprentissage de l’organisation de l’information, ils doivent raconter leurs trouvailles et leurs nouvelles connaissances. Comme s’ils exerçaient déjà le métier de la communication.

Les activités sont choisies de façon minutieuse. Par exemple, Madame Stéphanie Dorion prépare à la fin de chaque mois un gâteau pour les enfants qui fêtent leur anniversaire au cours de ce mois. Les parents n’ont rien à donner comme contribution. Mieux encore, ils n’ont rien à apporter à l’école le jour de l’anniversaire de leur enfant. Raison : on veut inculquer aux enfants le souci de l’égalité. On veut éviter que certains reçoivent beaucoup de cadeaux à l’école alors que d’autres n’en obtiennent pas. Tout le monde doit vivre la même expérience. Une façon de donner aux enfants le goût de l’équité et de la justice sociale.

Dans le même ordre d’idées, la différence entre les écoles publiques et privées, en termes de programme d’enseignement, n’est pas énorme. Au point où, en août 2012, l’ex-Première ministre québécoise, Pauline Marois, se vantait d’avoir, elle-même, envoyé ses enfants à l’école publique. Elle invitait ses ministres, particulièrement celui de l’Éducation, à faire de même.

Les élèves de la maternelle ont également un cours obligatoire d’éducation physique. Le sport devient une préoccupation sociétale dans les pays occidentaux puisqu’il représente le moyen le plus efficace de prévention des maladies chroniques et de l’obésité. Des maux qui rongent les sociétés nord- américaines. Les enfants doivent également fréquenter régulièrement la bibliothèque et s’adonner à des activités de groupe, d’équipe, de coopération ou individuelle et des ateliers ou projets. Ils effectuent des sorties éducatives au théâtre, dans des fermes ainsi que dans les lieux historiques et touristiques.

L’école coordonne également le suivi de l’évolution des élèves avec les autres institutions. Par exemple, l’infirmière, entre autres, est chargée de vérifier que les carnets de vaccination sont à jour. La Direction de protection de la jeunesse surveille également la progression des enfants. Le moindre écart de comportement des parents est rapporté aux autorités, selon le protocole établi. À la première année du secondaire, les observations sont similaires. On explique aux parents les objectifs de chaque activité. Eux aussi, ils doivent apporter leur quote-part en encadrant et en encourageant leurs enfants.

Toute cette description pour dire que l’éducation est la base du développement économique durable. Et elle commence dès la petite enfance et le préscolaire. Rendu à l’université, le jeune est déjà un citoyen responsable au point où l’on peut choisir les professeurs sans trop de souci à l'égard de leurs formations idéologiques. Contrairement aux niveaux précédents où le choix et l’encadrement des professeurs se font avec la plus grande minutie. Voilà le modèle auquel doit aspirer le système éducatif haïtien. Le nouveau projet social haïtien doit être inculqué aux enfants dès le kindergarten et la maternelle. Il me semble que l’on peut tout apprendre à un enfant.

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