Haïti épargnée de la fureur de l’ouragan Irma, malgré nous

Echo de l'éco

Publié le 2017-09-08 | Le Nouvelliste

Economie -

Bien qu’il soit encore tôt pour dresser un bilan exhaustif des méfaits causés par le passage de l’ouragan Irma en Haïti dans la nuit du 7 au 8 septembre 2017, on peut reconnaître que le pays a été épargné par les rafales destructrices de ce monstre de catégorie 5 qui a allègrement ravagé les îles de Barbuda, de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy. Quoique beaucoup plus petites en superficie qu’Haïti, ces îles disposent d’infrastructures et d’institutions de protection civile plus fiables que nous. Cependant, la puissance dévastatrice incomparable d'Irma les a mis à genoux.

Une fois encore, des mains invisibles ont poussé Irma et ses bourrasques hors de portée d’Haïti épargnant à nos dirigeants et à la population une gifle plus cinglante que celle reçue lors du passage de Matthew en octobre 2016. Malgré la violence annoncée des vents (près de 300 km/h) et inondations accompagnant Irma, Haïti n’a pas pu se préparer adéquatement à accueillir ce cyclone. Le travail de sensibilisation et d’évacuation tant vanté par les autorités n’a pas su atteindre les personnes les plus vulnérables. Estimées à plus de deux millions, moins de 10 000 ont été pourtant recensées dans les abris provisoires installés en la circonstance.

Le dénuement d’Haïti face à cette intempérie se révèle encore criant avec la démobilisation de la Minustah dont le mandat arrivera à terme d’ici le mois d'octobre. Une bonne partie des troupes onusiennes a déjà quitté le pays en emportant avec elles des équipements lourds ayant fait leur preuve lors d’accidents ou d’inondations préalables dans la région du Nord qui, avec ces maisons en grande partie couvertes de tôles, ne garantit aucune sécurité pour les habitants face à un ouragan de la trempe d’Irma.

Heureusement, la première intempérie ayant traversé les Antilles en 2017 a un peu dévié des côtes haïtiennes. Le cortège de vents et de pluies ayant accompagné le cyclone a un peu égratigné la flore et quelques bâtiments et infrastructures dans le Nord, le Nord-Est, le Nord-Ouest, le Plateau central où on a enregistré quelques inondations et une personne portée disparue (Plateau central).

L’un des secteurs importants dans la construction du PIB haïtien, l'agriculture (agriculture, pêche, élevage), n'a pas été fortement affectée par Irma. Très fragile par rapport aux intempéries qui menacent constamment les récoltes, le bétail et le matériel de la pêche, l'agriculture et ses exploitants sont peu protégés contre les phénomènes naturels, car, jusqu’à présent les malgré les plaidoyers pour une assurance agricole en faveur des producteurs et des exploitants de la terre peinent à trouver un écho favorable auprès des responsables de l’Etat.

Ce traitement peu honorable qu’on fait au secteur agricole risque d’affecter grandement l’économie en général. Car, au vu des projections faites par les autorités dans le budget 2017-2018 voté haut la main dans les deux chambres, le gouvernement prévoit une croissance de 3,9%. Pour atteindre un tel niveau, ils doivent compter avec l’agriculture qui reste à nos jours un secteur soumis aux caprices de la nature.

La campagne d’hiver, la plus importante pour l’agriculture locale, vu qu’elle contribue à elle seule entre 25 et 30% de la récolte annuelle, va bientôt commencer. La réussite de l’année agricole dépend en grande partie de la réussite de la campagne d’hiver. Si Irma a épargné Haïti et notre agriculture, rien ne dit que les prochaines intempéries de cette saison cyclonique seront aussi clémentes.

A défaut de pouvoir compter sur les autorités haïtiennes pour renforcer et sécuriser l’agriculture et l'économie contre les caprices de la nature, la population haïtienne devrait continuer à croiser les doigts, prier et espérer.

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