Arts contemporains

Nou pran lari a au centre culturel du Bel-Air

Publié le 2017-09-11 | Le Nouvelliste

Culture -

La question était dans l’air : vont-ils venir participer à l’exposition à Bel Art – le centre culturel du Bel Air ? Ils étaient bien là. La première brasse remportée par les organisateurs du spectacle, et les artistes aussi. La chaleur de l’ambiance a poussé le public et les artistes à sortir de leurs réserves.

Organiser des activités culturelles et sociales dans des quartiers dits de non-droit (marginaux), partout où les artistes, comme champignon, poussent. Au Bel-Air, par exemple. Au centre culturel « Bel Art ». Cette fois-ci, avec deux artistes invités : Gilberson Cyprien (du Bel Air) et Jean Robert Alexis (de la grand’rue). Un brassage social : des gens venues de la grand’rue ont rencontré de grosses têtes de la localité. Des notables, des jeunes hommes intéressés à l’art, des jeunes filles, dans de courtes tenues, exposant leurs fesses. « klere, klere ». Mais, selon l’un des artistes, parmi eux, des personnes ayant la capacité de discuter, et d’apprécier. D’autres figures sorties de Vide charbon (rue Carl Brouard, près de la grand’rue), parmi les organisateurs du show. Ensuite, les invités ont rehaussé l’éclat de la fête. Bel-Air a embelli ses joues pour recevoir cet événement.

D’abord, une nouveauté : un groupe du quartier de Bel Air, « Chanpwèl », a capté, au lieu de repousser les visiteurs. Des tours où le joueur manipule du feu, à la bouche ou enfonce une machette dans son corps, sans verser du sang, sous de chaudes musiques et refrains. Dans l’élan du groupe, l’un des membres a introduit, dans le cercle étroit, l’une des visiteuses - Mme Lorraine Mangonès de la FOKAL à s’intégrer au groupe pour étouffer toute inquiétude, toute crainte. Un peuple qui a peur de sa culture vivra toujours tête en bas...

En outre, l’ouverture du vernissage. Alambi Augustin, l’animateur principal, a introduit l’activité devant le public présent, en très grand nombre en insistant sur le travail du mouvement dans le milieu artistique et social. Ensuite, il a passé la parole à un autre responsable du projet, Romel Jean Pierre.

Celui-ci, beau parleur devant l’Eternel, a introduit les deux principaux exposants et le directeur du centre culturel du Bel-Air. Gilberson Cyprien a, d’abord, remercié les organisateurs pour l’opportunité et expliqué les raisons d’y participer. Il travaille les déchets ; tout ce qui est jeté dans les rues ou à l’usine de production de bière ou de malt, il le ramasse. D’une part, pour nettoyer l’environnement et surtout pour produire des œuvres d’art. Pour Jean Robert Alexis, ce mouvement lui a permis d’avoir plus de visibilité.

Robert Gabriel (Roga), le responsable de Bel Art, y perçoit une invitation profitable à tous : découvrir et admirer des artistes qui ont tiré leurs travaux des déchets de la rue environnante. Cette pratique commence à se généraliser au Bel-Air. Avec un David Boyer, un Lhérisson Dubréus, par exemple.

Le mouvement Nou pran lari a offre ainsi un moyen aux artistes d’atteindre leurs objectifs.

La visite des salles d’exposition

Une distribution remarquable des œuvres. Chaque artiste dispose d’une salle pour étaler ses pièces, et se faire apprécier. Ainsi, les deux salles de Bel Art –le centre culturel du Bel Air– sont mises en évidence : La 1re consacrée à Cyprien. Un arrangement des toiles-une quinzaine environ montées sur des supports individuels donnant ainsi une valeur à chaque œuvre exposée du récupérateur. Par exemple, une pièce rendant un « hommage à Fidel Castro » a salué le grand homme politique avec, en haut de sa tête, un amplificateur pour continuer à répandre la parole de cet homme sur le monde. En outre, une œuvre inspirée de son idole, une toile de Picasso : La femme assise. L’un des pionniers des arts contemporains en Haïti interrogés –Maxsaens Denis– ne partage pas notre enthousiasme devant la réalisation de l’artiste. Pour lui, la pièce ne renvoie pas directement à l’oeuvre de Picasso. Pourtant, le public a réagi différemment. Des invités ont manifesté leur admiration. Ils n’ont jamais vu de tels assemblages d’art. D’autres ont laissé entendre qu’ils retourneront pour s’acheter soit un tableau de Jean Robert Alexis, soit une pièce de Gilberson Cyprien. Mais ils ne sont pas restés indifférents. Le public du Bel-Air non plus. Parmi les riverains, certains ont abordé l’artiste invité de la grand’rue et ont exprimé leurs propres appréciations. Eclairantes, en bien de cas, pour le peintre lui-même.

La note la plus touchante de l’expo : les visiteurs ont eu droit non à de la bière, du vin, et autres bouchés qu’on propose toujours aux vernissages à Pétion-ville, au Palais de l’art ou ailleurs, mais à des spécialités créoles : acras, petits pains au hareng, boissons composées par l’artiste récupérateur Cyprien lui-même. C’est un chimiste prêtant ses services à la BRANA. Les visiteurs étaient charmés, et en redemandaient...

L’expo des deux artistes

Des artistes de la grand’rue étaient venus renforcer le travail de leur collègue Alexis à Bel Art. Parmi eux, Guyodo, Zaka –celui-ci était flanqué de quelques autres jeunes talents de Cité de Dieu.

Alexis a construit son travail minutieusement. Autour d’une thématique. Comment rester indifférent à la touche de l’artiste-peintre ? Sous l’œil des dieux, il exploite une réalité fuyante. C’est un cri, une angoisse, un bouleversement qu’il traduit. Alexis s’enfonce dans la dérision, le rire, l’ironie même. Ces signes traversent ses toiles. Une série de monstres, d’êtres déréglés envahissent certaines toiles.

Des yeux lançant des étincelles, des flammes, comme celles de la troupe « Chanpwèl », par intermittence.

Cyprien a joué sur deux tableaux en matière temporelle. Il a impliqué le temps historique : la pièce sur Castro et le temps des reminiscences, avec sa touche à la Picasso. Pour lui, sans doute, Fidel Castro a ouvert la voie sur un aspect sempiternel. Comme un airain, le temps marque sa présence dans la pièce.

L’autre aspect du temps - la question des reminiscences, des souvenirs renvoie aux émotions personnelles de l’artiste devant son respect et sa passion pour le grand peintre. D’autres œuvres de l’artiste méritent notre attention, tels que Le petit liseur –un enfant ou un jeune s’allonge pour lire, un livre en main. L’homme sur la béquille, une œuvre forte et marquante. D’autres œuvres susceptibles d’intéresser le visiteur.

D’ailleurs, aucun nom n’est attaché à aucune œuvre. Ce dernier est libre d’y ajouter selon son imagination, et ce que lui dicte son cœur.

Cette exposition a montré comment Bel-Air peut se parer, comme au temps de « Ti bout », pour recevoir et accueillir le public sélect des grands jours.

Nou pran lari a a touché quelques têtes parmi les plus concernées. Les autres viendront. Ils ont raté la première manche. Ils seront invités, à nouveau, de manière spéciale, à visiter cette exposition au Bel-Air. Bel Art attend les visiteurs touchés par son exploit à braver leur peur.

Le public a beaucoup aimé l’expo, le cadre du Bel-Art. Un lieu prêt à organiser, au centre-ville, des shows.

Certains opérateurs culturels présents, à cette grande première, ont pris note.

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