Grand’Anse : un chantre du Mali à la 1re édition du Festival International Général Alexandre Dumas

L’inconnu n’attire que les esprits aventureux. D’abord plus par curiosité que par goût, le public majoritairement constitué de jeunes a répondu à l’invitation de l’Université Nouvelle Grand’Anse (UNOGA) qui organisait, du 24 au 28 août, la première édition du Festival International Général Alexandre Dumas. Un chantre du Mali en était l’invité d’honneur.

Publié le 2017-09-04 | Le Nouvelliste

Culture -

La vaillance, le courage et l’héroïsme de cet illustre général noir de l’armée napoléonienne qui avait refusé de prendre les armes contre ses frères asservis dans les colonies et dont le célèbre petit-fils avait pris naissance à Latibolière, Jérémie, inspirera toujours l’UNOGA, selon le fondateur de l’institution, l’ex- sénateur grand’anselais Maxime Roumer. Dévastée par le cyclone Matthew, l’UNOGA veut renaître de ses cendres et a donc fait le pari, pour cette première édition du festival, de miser sur une femme, descendante de guerriers, de chasseurs, venue d’ailleurs mais si proche de nous.

L’ailleurs, c’est l’alma mater, l’Afrique. La voix, l’artiste, vient du Sud-Ouest du vieux continent, le Mali. C’est Mama Toumani Kone, un chantre de la confrérie des chasseurs du Manden. Et c’est encore le fondateur de l’UNOGA, dans une brève leçon d’histoire qui souligne pour nous que ces chasseurs, dans une charte datée du XIIIe siècle , sont à l’origine de la première déclaration des droits humains connue au monde, « le serment du Manden », et qui est reprise par Youssouf Tata Cissé (Soundjata, la Gloire du Mali, éd. Karthala, ARSAN 1991).

Et rien d’étonnant que les textes de Mama véhiculent ces valeurs.

Eh oui ! tant pour sa jovialité, sa bonhomie, son rire empreint de toutes les nuances de la féminité propre à la négresse, on se surprend à rire avec elle, à lui parler comme à une sœur, à une amie jusqu’à la désigner spontanément par son prénom, Mama.

La fusion toutefois ne fut pas immédiate. Plus réservé, le public à l’UNOGA a pris un peu de temps pour se laisser séduire. Mais là, il y avait aussi une étoile montante, native de Jérémie, Asaphe Jean Louis, aka, AZ et son équipe de musiciens de talent pour accompagner l’invitée du Mali, établir la complicité et régénérer la chaleur tropicale en cette nuit du 27 août, et le lendemain, à Anse d’Hainault. La langue aussi, le bambara, était inconnue du public. Mais après deux interprétations, l’universalité de la musique a pris le dessus pour donner à Mama Toumani un public plus réceptif, car sensible déjà à toute expression d’art, à la beauté.

Plus encore, ce fut une délectation de découvrir cet instrument, tiré d’un objet familier au public, la calebasse, transformée avec sa tige de bois et ses huit cordes en NGONI, probablement un ancêtre de la guitare. Caressé par les doigts experts de Mama qui y joue depuis son enfance, nous confiera-t-elle plus tard, une mélodie de la brousse africaine enveloppe l’âme et l’esprit, et l’on se surprend, plus emporté d’abord par le rythme que par le contenu, à danser et à fredonner avec elle, « zinging, zinging ».

Mama a trouvé les notes musicales et la formule pour s’attirer définitivement les faveurs des plus hésitants. Sur ses lèvres, tiré du folklore haïtien, le « Wangolo w ale, kilè w a vini wè m ankò… », a pris l’accent de la voix d’une amoureuse susurrant des paroles tendres ou nostalgiques aux oreilles de son fiancé, en la circonstance le public grand’anselais, que Mama a conquis à l’UNOGA, à Anse d’Hainault, au Centre culturel Carl Edouard Peters et à l’Université de Jérémie.

Et voilà Mama Toumani désormais qui, sous les applaudissements de son public, dans un français au fort accent, fait danser en même temps qu’elle éveille les consciences, en rappelant, en digne héritière des chasseurs du Manden, des principes fondamentaux des droits humains. Car la chanson de Mama célèbre la vie, la paix, la solidarité. « Anka yango djé mé », aidons-nous les uns les autres, chante-t-elle. Par moments, elle s’arrête au milieu d’une chanson, sans discontinuer la mélodie émanant du Ngoni, pour soutenir un plaidoyer, soit en faveur des enfants orphelins ou de rue, soit en faveur des femmes victimes d’abus et de violences. « Etre femme, c’est comme être un enfant », nous dit-elle, « c’est l’innocence ! » Et c’est au nom de cette innocence que Mama chante « Si tu m’aimes, dis-moi. Si tu m’aimes pas, laisse-moi », au lieu de me maltraiter, semble-t-elle vouloir dire.

Cependant, malgré l’amour réciproque ressenti entre Mama Toumani et le public grand’anselais ayant participé à ce premier Festival international organisé par l’UNOGA pour la promotion de la culture et des valeurs humaines, l’artiste malienne a repris l’avion pour le Mali, ce lundi 4 septembre. Elle y retrouvera ce qui l’a charmé ici, des enfants gambadant dans les rues, des femmes portant des seaux d’eau, les montagnes, la végétation à perte de vue, le soleil, le rire, la convivialité, autant d’ingrédients qui lui ont procuré, confesse-t-elle, la douce sensation d’avoir été comme chez soi. Sous le charme, Mama Toumani Kone révèle que son séjour dans la Grand’Anse lui a inspiré deux nouveaux titres. Et elle promet de revenir bientôt.

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