Artibonite/Santé

L’Hôpital la Providence, à genoux depuis deux ans, tend à se redresser

L’Hôpital la Providence des Gonaïves (HPG), depuis sa réouverture en novembre 2014, marche avec des béquilles. L’absentéisme, la corruption et le détournement ruinent ce centre de référence. Pour une fois, les instances concernées acceptent de freiner la déchéance.

Publié le 2017-09-12 | Le Nouvelliste

National -

Installé il y a un mois à la direction exécutive de l’HPG, le Dr Jude Rénélique a démantelé un réseau de corrompus au sein de l’institution. Ces fraudeurs se spécialisent dans la surfacturation du matériel nécessaire, la dilapidation des fonds et la soustraction frauduleuse des biens. « A chaque livraison, du carburant est détourné. Pour ses besoins, le centre achète des citernes d’eau qui ne contiennent pas la quantité payée », a révélé le directeur. Récemment, dans la cour de l’hôpital, a-t-il poursuivi, deux containers de quarante pieds ont disparu.

Des techniciens touchent régulièrement sans fournir les heures de service. Des agents de sécurité, a constaté M. Rénélique, s’érigent en passeurs de patients. Ces derniers partent sans s’acquitter de leur facture. Les agents exigent un minimum de 2 500 gourdes par transaction. Selon le directeur, ces mauvaises pratiques constituent un véritable manque à gagner.

La morgue de l’hôpital est la plus exploitée par le réseau. En juillet dernier, ce service utilisé par près de six entreprises funéraires de la cité a rapporté 19 000 gourdes. Pour le mois d’août, après des contrôles stricts, la recette passe à 150 000 gourdes. « Au sein de l’hôpital, la corruption a atteint son plus haut niveau », a regretté M. Rénélique.

Des mesures pour redresser l’établissement

Les fraudeurs démantelés sont dans le collimateur des responsables. Ils annoncent des sanctions allant du blâme au renvoi définitif. Des dispositions seront également prises pour contrecarrer la corruption endémique, a indiqué Jude Rénélique. Dans le cadre des biens disparus, une enquête est ouverte en vue de fixer les responsabilités. « Le démantèlement du réseau a été indispensable », a soutenu le directeur.

Par souci d’attirer les professionnels de la santé, la nouvelle administration veut instaurer une gouvernance collaborative. Dans la lignée, dix-huit spécialistes ont été nommés le mois écoulé. Depuis le 1er septembre 2017, cinq nouveaux services [urologie, sonographie, ophtalmologie, dermatologie et oto-rhino-laryngologie (ORL)] fonctionnement à l’hôpital. D’après le directeur, ces mesures visent à procurer des soins de qualité aux Artibonitiens. Ils sont estimés à environ 2,5 millions.

Le fonctionnement de l’HPG, informe Jude Rénélique, nécessite un budget mensuel de quatre millions de gourdes. Pour l’instant, le centre fonctionne avec ses « maigres ressources ». Une gestion efficace de cette structure, a-t-il précisé, peut générer un à deux millions de gourdes par mois.

Les patients commencent à reprendre confiance. Malgré les problèmes d’accès, de plus en plus, ils fréquentent l’hôpital. Les statistiques en témoignent. Plus de mille consultations actuellement. Le président du comité de gestion du centre, Me Marc-Henry Moïse, a félicité les avancées. Il encourage les autorités à travailler pour enrayer, une bonne fois pour toutes, les maux qui rongent cette institution.

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