Maladi kè ak tansyon: de vrais dangers pour les jeunes en Haïti

Publié le 2017-09-04 | Le Nouvelliste

Société -

De plus en plus de jeunes sont diagnostiqués d’hypertension artérielle en Haïti. De plus en plus d’adultes vivent et vivotent avec cette maladie. Une maladie qui ne cesse d’engendrer, pour de multiples raisons, des cas de décès et de paralysie dus aux ACV (accidents cardio-vasculaires), couramment appelés par son nom anglais STROKE.

Depuis 2016, la FHADIMAC a pris le soin de rappeler qu’en Haïti les maladies cardio-vasculaires représentées en grande partie par l’hypertension artérielle sont la PREMIERE cause de DECÈS. Près de la moitié de la population de plus de 30 ans est hypertendue. Actuellement, les moins de 30 ans aussi sont attaqués.

Dans les pays à ressources limitées, voire très limitées comme le nôtre, il ne fait aucun doute que la préoccupation centrale devrait s’articuler autour de la thématique de prévention.

Les choses étant ce qu’elles sont, si rien n’est fait, le prix à payer sera bientôt et progressivement lourd et cela ne laisse entrevoir qu’une catastrophe! Raison: à grande échelle, les jeunes sont constamment exposés à tous les facteurs de risque. De plus, ils sont majoritaires et représentent environ 60% de la population, aux côtés des enfants, adultes et vieillards. À l’avenir, le reste: Stress, visites médicales à répétition, examens complémentaires, médicaments à prendre à vie, diète, complications, réhabilitation, mort subite, tristesse …

À n’en pas douter, il y va essentiellement de la responsabilité du ministère de la Santé publique et de la Population puis de tous les autres acteurs et responsables sérieux de diligenter des actions et de tirer la sonnette d’alarme à l’échelle de la république.

Vue d’ensemble sur l’hypertension

L’hypertension est définie comme une élévation de la pression artérielle pouvant provoquer chez un patient des dommages vasculaires sévères au niveau des organes cibles: la rétine, le cerveau, le cœur, les reins et les gros vaisseaux.

Facteurs de risque et approches

1) L’excès journalier en consommation de SEL/sodium. La forte consommation de sodium, c’est-à-dire supérieure à 2 grammes par jour, équivalent de 5 grammes de sel, contribue à la survenue de l’hypertension artérielle. Nos plats sont richissimes en sel/sodium. D’abord, on y retrouve du sel, du maggi (très riche en sodium + aksan/accent +colorants), accent proprement dit (Glutamate monosodique), jambon, fromage, Hot Dog, saucisse, de la banane pesée, aran sel, morue, barbecues, du sel sur les frites, sur les œufs, bonbon-sel, etc. À rappeler que la quantité maximale de sel recommandé par jour est de 5 grammes, or une seule petite cuillère à café (yon ti kiyè) correspond à 5 grammes de sel. De plus, en moyenne le cube de Maggi le plus petit renferme entre 0,46 et 0,58 grammes de sodium! Outre cela, on retrouve du sodium dans le beurre de cuisine, dans les sauces piquantes de type Tabasco y compris dans les sauces de tomate de type ketchup. Imaginons ce qui se fait en Haïti matin, midi et soir ! Une raison simple qui explique un peu pourquoi nos frères et sœurs n’aiment pas trop les cuisines des pays développés (ayant beaucoup moins d’hypertendus) en raison de leur fadeur en sel.

2) L’influence non négligeable de la graisse : Anpil lwil, anpil pikliz, telle est une phrase connue et appréciée de plus d’un. Ils sont très nombreux à demander quotidiennement d’arroser leurs plats avec un peu plus de graisse… En réalité, certains types de graisse se révèlent mauvais pour la santé en raison de leur teneur en cholestérol, lequel peut contribuer à boucher les vaisseaux qui transportent le sang et augmenter la pression artérielle. Ce type de cholestérol est présent dans les graisses d’origine animale comme : le beurre, le fromage, le jaune d’œuf, les abats (cervelle, cœur, foie, pieds, langue, gras-double, panse, oreilles, queue, tête et tripes,…). De nombreux auteurs internationaux recommandent un maximum de trois (3) œufs par semaine, alors que chez nous…Une consommation abusive augmentera le taux du mauvais cholestérol et, par conséquent, aura des répercutions défavorables sur la santé.

3) Nos boissons : pour avoir de l’énergie, nos étudiants, marchands, chauffeurs, agents de sécurité/ policiers et autres utilisent « assez souvent », des boissons énergisantes. Noir sur blanc, ces derniers renferment du SODIUM et d’autres composants dont les plus suspectés sont la taurine et la caféine.

Quant à la consommation exponentielle d’alcool, elle est devenue un phénomène national car les activités et business promouvant la consommation naissent comme des champignons. De plus, la fierté de beaucoup de jeunes se résume dans leur grande capacité d'en consommer. La consommation abusive qui en découle ne marche pas seule. Ses retombées négatives nous inquiètent déjà…

4) Déficience ou absence de pratique sportive : Le manque d’activité physique peut avoir de graves conséquences pour la santé. La sédentarité renforce toutes les causes de mortalité, double le risque de maladies cardio-vasculaires. Dans un pays où le chômage et l’oisiveté font la loi, le sport pourrait, à tout le moins, servir de compensation, d’exutoire ou de placebo. Si dans les rares places publiques équipées de dispositifs de sports les jeunes sont massés, cela ne représente qu’un message fort aux autorités et aux entrepreneurs: la soif est là, les moyens manquent. Un partenariat MSPP/ MJSAC/ MAST/ pourrait en ce sens donner des résultats.

5) Le stress : Le stress est l’une des principales causes d’hypertension. Il est une réponse de l’organisme à des stimuli intenses. En cas de détresse, les réponses de stress de l’organisme sont excessives et en cas de stress chronique, l’hypertension et l’artériosclérose peuvent évoluer défavorablement. Après le passage du séisme dévastateur, nombreux sont les jeunes se retrouvant quasi constamment dans un long tunnel de dépression. Alcoolisme et tabagisme sont des réponses les plus couramment observées. Cela dit, des formations à grande échelle sur la gestion du stress ne seront jamais de trop.

6) Des hypertendus non diagnostiqués ou diagnostiqués au rabais

DÈYÈ KOU RÈD, DÈYÈ TÈT OSINON TÈT FÈ MAL, WÈ TWOUB, SE KÈK PAMI pwoblèm lasante anpil moun santi souvan. Gen ajan maketin ak moun ki vann konprime nan lari, nan mache, nan boutik ak kèk ti famasi ki bayo remèd pou doulè, ki bayo viks oswa pomad pou rale dèyè kou a. EPOUTAN, ANPIL FWA SE TANSYON KAP AJI. Personnellement, je peux en témoigner notamment suite à une tournée avec la CMS (Clinique mobile scolaire) à Basen-Manyan, Anse-à-Veau, Petite Rivière de Nippes et Marchand Dessalines; En arrivant au poste de consultation, des patients le révèlent sans ambages; les facteurs calmants de symptômes sont très importants pour un médecin... Si sa kontinye konsa, anpil moun ap kontinye viktim. À l’intérieur des structures de santé aussi, beaucoup de cas d’hypertension secondaires ne sont pas diagnostiqués comme il se doit, car les causes demeurent silencieusement inconnues.

7) Autres facteurs

D’autres facteurs existent. Le tabagisme en est un. Mais, on en reste là car l’essentiel a été de mettre l'emphase sur des éléments permettant une large possibilité d’actions sur le cour terme.

Au final, il nous faut emboîter le pas dans la dynamique de prévention, car ATANSYON PA KAPON! Notre système de santé, déjà en lambeaux, ne saurait aucunement prétendre donner des réponses appropriées aux complications qui s’annoncent en grande manchette. De plus, l’indice de perception du bonheur va continuer à souffrir… Il nous faut multiplier les campagnes d’éducation et de sensibilisation. Il faut enfin que l’État soit plus présent aux côtés de cette jeunesse menacée et qui se cherche.

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