La santé a besoin d’argent, pas de cautères sur ses jambes de bois

Publié le 2017-08-31 | Le Nouvelliste

Editorial -

L’un des accomplissements des premiers six mois de la présidence de Jovenel Moïse est l’installation en divers points du pays de centres de dialyse. Le président, après une visite, au début de son mandat, à l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti, avait décidé de renforcer les installations desservant les patients atteints de déficiences rénales. Chose promise, chose rapidement exécutée.

Dans les premiers mois, il n’y avait que des compliments. Six mois plus tard, des dysfonctionnements apparaissent. Les équipements d’hémodialyse sont installés, les patients fréquentent les centres avec empressement, mais l’intendance ne suit pas.

Pas assez d’infirmières pour prendre soin des malades, pas de techniciens pour entretenir les équipements, pas de pièces de rechange en quantité suffisante, pas assez d’intrants, pas assez d’argent pour couvrir le train de dépenses engendré par les nouvelles installations. La sauce coûte plus cher que le poisson.

Jeudi, après les nombreux appels au secours des malades, le ministère de la Santé publique a réagi : le directeur général de l’Hôpital de l’Université d’Etat d’Haïti a été demis de ses fonctions et remplacé par un autre médecin.

Depuis des années, la valse des changements dans le système de santé permet de cacher la misère du secteur, mais elle ne résout pas les problèmes qui sont simplement transférés à la nouvelle administration. Dans le cas précis du centre de dialyse de l’HUEH, quels sont les nouveaux moyens que l’Etat haïtien va mettre à la disposition de la directrice de l’hôpital pour assurer le fonctionnement régulier, efficace et efficient de cette vitrine des promesses présidentielles ?

On peut craindre que les difficultés demeurent si la précarité continue de régner. Tous les hôpitaux et centres de santé du pays sont logés à la même enseigne : le budget de la santé est maigre, la qualité des services est pauvre.

Faut-il rappeler que dans le projet de budget 2017-2018 le parlement dispose de plus d’argent (7,2 milliards de gourdes) que le ministère de la Santé (6,1 milliards de gourdes). Le personnel de santé peut faire des miracles, il ne peut pas le faire tous les jours et partout. D’autant que cela fait des années qu’une grogne lancinante accompagne un sentiment d’insatisfaction tenace dans le secteur. Les salaires sont riquiqui et la charge de travail importante.

Ah qu’il serait bon que les parlementaires, pour une fois, fassent un miracle, un geste, pour prouver qu’ils sont conscients du déséquilibre entre leurs ressources et celles mises au service du pays pour la santé ! Sinon, on aura beau inaugurer de nouveaux hôpitaux, équiper des centres de dialyse ou un service ambulancier, cela ne servira à rien. Un cautère sur une jambe de bois.

Réagir à cet article