L’émigration haïtienne, fatalité ou problème social !

Publié le 2017-08-29 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Les migrations ont alimenté l’expérience des hommes et des femmes dans leur quête de connaissance. Ces derniers en ont profité pour transformer la nature et, de là, satisfaire leurs besoins. De plus en plus, les objectifs de la migration se trouvent diversifiés et controversés. La logique marchande et l’opportunisme tendent à dévier la migration de sa portée d’universalité. La migration est l’un des problèmes sociaux contemporains à côté de l’insécurité alimentaire, le terrorisme ou le narcotrafic.

Dans le cas haïtien, tout le monde est alerté dans les moments de crise, en abordant alors la migration dans une perspective immédiatiste. En ce sens, les a priori, préjugés et prénotions prédominent. L’explication liée aux causes de la migration renvoie au fatalisme de sorte qu’elle cherche à singulariser l’expérience migratoire haïtienne. La pauvreté dans les recherches en matière de migration est un lourd héritage qui laisse le champ libre aux évasions, aux caricatures et aux fantaisies des uns ou des autres en lieu et place des systématisations.En fait, il y a des cas majeurs en matière de problème d’émigration soit des Tziganes, des Chinois, Africains, Syriens qui déferlent partout et ailleurs. Mais l’on observe des gens, en Haïti, face à leur désespoir, s’exhiber publiquement dans des incantations pour obtenir un visa puis pouvoir migrer définitivement partout ou ailleurs.

La migration n’est pas une réalité anhistorique jusqu’à pouvoir s’assimiler à une praxis répétitive. Haïti n’a-t-elle pas été, dans le passé, une société d’immigration pour devenir un pays d’émigration, d’après Daniel Supplice ? La littérature sur la migration est pauvre, certes ; s’aventurer sur des terrains mous serait un accroc eu égard aux accumulations de connaissances dans ce domaine. L’émigration doit se démarquer des positionnements liés à la morale, soit le sort réservé aux gens ayant commis des actes délictueux. Ces cas ont été recensés dans le passé, soit dans le cadre du colonialisme européen de l’Espagne, de l’Angleterre et de la France. L’expérience britannique a garanti le développement des colonies et la promotion des colons dans le cadre de l’initiative individuelle et du travail libre.

L’émigration est une réalité qui a fait le tour des explications diverses: des postures naïves aux schémas les plus sophistiqués. Les nouvelles migrations doivent donc être abordées à partir des nouveaux paradigmes.

Au nom du nationalisme, des étrangers sont surveillés et interdits de résidence, de libre circulation ou dans leur exercice commercial. Haïti s'est inscrite dans cette logique face à de levantins , dans le Nord, d’après Roger Gaillard. L’approche de culpabilisation eut , dans beaucoup de circonstances, à expliquer les maux économiques, politiques ou sociaux..

La promotion de l’émigration, dans ses antécédents, a fait état de la perspective de prophylaxie sociale. Dans un perspective géopolitique, les Italiens, les Allemands et les Israéliens ont opté pour la promotion de l’émigration pour garantir leur expansion là où ils furent présents.

En Haïti, l’émigration fut provoquée lors de l’occupation américaine de 1915. Les Haïtiens, massivement, se sont dirigés vers Cuba et la République dominicaine.

Pour les besoins du capital, les émigrants, en général, sont accueillis dans les travaux du canal de Panama, dans les champs d’agrumes de Floride et à Albertha (Canada) et dans les industries textiles à New York, entre autres.

L’émigration forcée ou provoquée est capitale dans le système. Aussi, sous le coup de persécutions politiques, avons-nous enregistré des situations de fuite de cerveaux, techniciens, professionnels, intellectuels et paysans avec leur savoir-faire qu’il y a lieu de valider. Ils /elles se sont dirgé(e)s dans les Caraibes, en Amérique du Sud, en Amérique du Nord, en Afrique, dans le Moyen-Orient voire dans le Caucase.

Déjà, en 1952, Haïti a eu l’expérience de contrat d’embauchage de braceros avec la République dominicaine.

Le laisser-faire non explicite dans les politiques migratoires est déterminant. L’émigration est considérée comme soupape de sécurité pour la pauvreté grandissante, selon les positions d’Anglade et de Souffrant. Entre-temps, des politiques répressives en matière de migration s’imposent. L’accord Duvalier-Reagan de 1981 vint endiguer la migration en accordant le droit au refoulement des Haïtiens , en violation du protocole des Nations unies de 1967 concernant le statut des réfugiés.

La promotion de l’émigration ne peut se faire sans une offre de la société d’acceuil. De nos jours, le volontarisme et l’approche humanitaire sont les principales orientations, à mon avis, de la politique migratoire de l’État haïtien. Les demandes de moratoire de 1991, 2014, 2008 et après le séïsme de 2010 en faveur des immigrants environnementaux en sont des exemples probants.

L’échange de braceros et l’adoption internationale sont les principales expériences haïtiennes les plus pertinentes en matière de promotion de l’émigration. Ce qui ne constitue pas encore de solides acquis capables d'emprunter la voie de la promotion de l’émigration sélective.

Les modèles de politiques migratoires jusqu’alors explorés en Haïti sont les suivants: le modèle d’État policier réprimant l’émigration, l’émigration provoquée, l’émigration de travailleurs sous contrat (EMBAUCHAGE), la rétention des émigrants,le laisser-faire non explicite, le volontarisme et l’approche humanitaire en matière de promotion de l’émigration.

Hancy PIERRE, professeur de travail social et migration, University of Findlay,Ohio,USA professeur à l’UEH, chargé de projet au CEPODE/FASCH/UEH Auteur

Réagir à cet article