Commerce

Faire des affaires avec Haïti, la diaspora s’implique

"Doing business with Haïti" est le thème principal d’une conférence organisée par la "Haitian American Chamber of Commerce ", le jeudi 17 août 2017, au Broward Performing Arts Center, devant une assistance qui a particulièrement soif des opportunités d’affaires de son pays d’origine.

Publié le 2017-08-18 | Le Nouvelliste

Economie -

L’opportunité de faire des affaires en Haïti a été au centre des discussions entre les Haïtiens et quelques potentiels investisseurs de pays étrangers. À travers des séances de réseautage, débat après débat, présentation après présentation, les gens se sont finalement rendu compte de la réalité socio-économique qui prévaut en Haïti et s’arment pour mieux tirer profit du potentiel haïtien dans divers secteurs porteurs de l’économie.

Gérard Latortue, ancien Premier ministre haïtien, principal intervenant de la conférence, s’est demandé pourquoi les Haïtiens n’accordent-ils pas beaucoup plus d’importance aux produits du terroir. Gérard Latortue a fait un long plaidoyer pour les différentes spécialités culinaires ou agricoles dans les régions d’Haïti comme le fameux "poul ak nwa" du Nord, le "tonmtonm" du grand Sud, le "lalo" de l’Artibonite, les "konparèt" de Jérémie ou encore les ‘’dous makòs’’ de Petit-Goâve.

L’ex-Premier ministre sous la transition –mars 2004-juin 2006- comprend très mal que les Haïtiens continuent d’importer du ciment du Mexique, de la République dominicaine ou d’autres pays quand ils sont capables de le fabriquer eux-mêmes. À ses yeux, les ressources sont disponibles, il suffit de s’organiser et mettre à profit les connaissances des uns et des autres pour retrouver la voie de la croissance et de la création d’emplois. « Les opportunités d’affaires ne manquent pas en Haïti », a déclaré Gérard Latortue qui a eu droit à un long ‘’standing ovation’’ après son intervention.

Jean Pierre-Turgot, président de la "Haitian American Chamber of Commerce [HAAMCC" se réjouit de l’accueil chaleureux réservé à cette initiative qu’il partage la réussite avec Djénane St-Fleur. La salle a été comble, les intervenants étaient à la hauteur, le public a bien réagi, nous ne pouvons que renouveler un tel succès le plus tôt possible. Il s’agit de mettre haïtiens et étrangers dans une salle autour de la table pour jauger les opportunités d’affaires en Haïti. M. Turgot dit apprécier de récentes mesures pour améliorer le climat des affaires en Haïti et souhaite davantage de transparence dans l’administration publique.

Kim Sassine, directrice exécutive de la Chambre de commerce et d’industrie d’Haïti (CCIH), a, pour sa part, campé cette institution qui dispose d’antennes régionales à travers le pays. Elle a présenté la CCIH sous son meilleur jour, les catégories de personnes qui en sont membres. Elle n’y est pas allée par quatre chemins pour demander aux investisseurs potentiels qui se rendent en Haïti d’éviter les dessous de table et d’utiliser les voies légales qui tendent de jour en jour à faciliter le climat des affaires. Elle a rappelé à qui veut l’entendre que la République d’Haïti ne se limitait pas seulement à Port-au-Prince.

Roosevelt Jean-François, économiste et journaliste qui évolue dans la communauté haïtienne de Floride, estime qu’il est important d’investir dans divers secteurs en Haïti comme les infrastructures, l’agro-industrie ou autres. Mais, selon l’économiste, trois facteurs de production sont nécessaires, le capital, l’espace [terrain] et, le plus important, les ressources humaines.

Le capital, le travail et les forces de production constituent à ses yeux la base.

Pour ceux qui parlent d’investissement dans le secteur textile, Roosevelt Jean-François leur rappelle qu’Haïti avait déjà commencé avec l’Initiative du bassin des Caraïbesau début des années 80 avec le président Ronald Reagan. Quant au tourisme, le pays a déjà connu des moments fastes dans le domaine. «Ce qui importe maintenant, et que le pays n’a jamais connu, c’est d'améliorer les ressources humaines, donc l’éducation», a déclaré M. Jean-François qui rêve un jour que les Haïtiens évoluant aux États-Unis sortent la tête de la dette, du bluff et aient beaucoup plus de succès financiers enfin.

Roosevelt Jean-François ne voit aucun inconvénient dans la démarche d’investir en Haïti, mais ne comprend pas que des institutions identifient dès le départ des secteurs dits prioritaires. Il cite en exemple le textile qui paie ses ouvriers en gourdes et qui vend ses produits en dollars à l’extérieur. Ces ouvriers vont tant bien que mal s’acheter de la nourriture en dollars. L’économiste considère que la force de travail de l’ouvrier file droit à l’étranger. «Il faut, insiste-t-il, que les Haïtiens deviennent créatifs pour obtenir de la valeur ajoutée sur Haïti.».

Interrogé sur l’importance de la culture dans les affaires, Kesler Bien-Aimé, sociologue et photographe, met en relief quelques atouts des Haïtiens qui doivent les aider dans les conditions socioéconomiques difficiles actuelles ; ce sont les arts, l’artisanat, les savoir-faire traditionnels, le patrimoine culturel naturel, matériel et immatériel, la créativité. M. Bien-Aimé voit dans la jeunesse du pays des opportunités d’investir dans le divertissement.

La vice-présidente de la HAAMCC, Djenane St-Fleur, s’est dit fière d’avoir eu des partenaires stratégiques comme la CCIH, le ministère de l’Économie et des Finances et le Centre de facilitation des investissments [CFI]. ‘’ Doing business with Haiti’’ est une séance de travail visant à aider les gens de la diaspora à mieux comprendre la création d’entreprise en Haïti’’, a conclu M. St-Fleur.

Réagir à cet article