Quand je serai grand....

Blocs notes

Publié le 2017-08-16 | Le Nouvelliste

National -

Quand je serai grand, je veux être parlementaire. Si ce que j’entends à la radio et ce que je vois sur les écrans est vrai, c’est le meilleur métier au monde. J’hésitais un peu. J’avais l’impression, même si le reste est très facile, qu’on devait savoir développer des arguments et exprimer clairement ses choix. Mais la preuve du contraire est faite. On peut dire des choses que personne ne comprend, même ne rien dire du tout, et faire un bon parlementaire. La meilleure tactique, quand les choses se compliquent, c’est de ne pas se présenter. Comme ça, personne ne peut vous accuser d’être responsable de quoi que ce soit.

C’est une belle fonction. On peut faire profiter les membres de sa famille. Avoir de l’influence sur le choix des ministres et des directeurs généraux, faire entrer ses parents partout. Lorsque l’on est parlementaire nos parents, amis et alliés sont qualifiés d’office pour toutes les fonctions. Et, dans ma famille, ce ne sont pas les cousins qui manquent. Tout le monde peut porter une blouse, faire les quatre opérations ou dire « cette chaise n’est pas droite » ou « à vos ordres, excellence ». Je ne comprends pas pourquoi il faudrait être médecin, comptable ou ébéniste pour occuper telle position.

Il y a des gens qui disent qu’il faut passer par autre chose avant d’exercer cette fonction. Je ne comprends pas leur logique. Pourquoi, pour recevoir un chèque, faudrait-il avoir fait la preuve de son sérieux et de sa compétence ? Un chèque est un chèque, et quand il s’agit de l’empocher, à quoi peut servir l’expérience !

Ce que j’aime le plus, c’est la voiture et les contacts. On n’a pas à payer les traites. Et les contacts, c’est très utile. Si on prend les bonnes décisions, on va se faire les bons amis. La sexualité des adultes, je crois que c’est leur affaire, et je ne cherche pas à savoir ce que mes parents font dans leur chambre. Mais s’il y a des gouvernements, des ONG et des pasteurs qui entendent décider de ce qui doit se passer dans les chambres, on n’a qu’à aller dans leur sens. Dans la vie, c’est ainsi, il faut penser aux choses qui rapportent. Il y a aussi le peuple. Mais lui il ne compte pas vraiment. Une fois qu’on est en place, de quoi il viendrait se mêler ! Et puis, comme le dit un de mes amis, le peuple, il est bizarre et ne sait pas toujours ce qu’il veut. Un jour, il vote, et le lendemain il part pour le Chili, comme s’il n’avait pas confiance en ceux pour qui il a voté. Et il se console vite. S’il manque de pain, on lance une chasse aux « masisi » et une colère remplace une autre. S’il n’a pas de travail, on lui dit que la loi qui protège les travailleurs, c’est elle la criminelle, et on en fait une autre qui donne moins de droits.

Oui, quand je serai grand, je veux être parlementaire. Le problème, c’est qu’on est nombreux à vouloir tous faire la même chose. Mais je suis plus rusé que les autres qui chercheront à se faire élire. Pour être élu parlementaire, le mieux est de se faire nommer.

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