Les Cayes : une semaine de festivités à 18 millions de gourdes

Avec un budget « d'un peu plus de 18 millions de gourdes », la ville des Cayes fête pendant une semaine sa patronne La Notre-Dame. Débutées depuis le dimanche 12 août, les festivités, déroulées comme à l'accoutumée sur la plage de Gelée, seront clôturées le 19 août avec un certain Michel Martelly annoncé fièrement par le maire de la ville.

Publié le 2017-08-14 | Le Nouvelliste

National -

La fourmilière de motocyclettes est toujours aussi dense. Devant la cathédrale où une grosse bâche est plantée, l'ambiance est plutôt calme. Une camionnette débarque quelques brouettes neuves. Une dizaine de femmes se mettent aussitôt au travail. Elles chassent les déchets en plastique et tout autre objet nuisible à la propreté. Munies de leurs balais et de leurs pelles, elles redorent le blason des parages en quelques minutes sous le regard d'un homme portant une chemise blanche avec casquette blanche vissée sur le crâne et un jeans bleu délavé. C'est le maire des Cayes, Jean Gabriel Fortuné. Très médiatisé ces derniers jours pour avoir proféré des menaces de mort à l'encontre d'un journaliste. Le maire est seul. Aucun agent de sécurité. « J'en ai deux : Dieu et la population », avance le premier citoyen de la ville.

Large sourire, le maire préfère ne pas parler de ses récentes déclarations à l'endroit du journaliste Jean Nazaire Jeanty. « Rendez-vous au parquet des Cayes le 21 août, tance Jean Gabriel Fortuné. J'ai reçu mon papier timbré, je répondrai aux questions de la justice. »

Le maire a la tête à la fête. Les festivités ont débuté depuis le 12 août avec la journée mondiale de la jeunesse. Les Cayens ont organisé leur traditionnel défilé "Okay sou bekàn" pour renouer avec les vieilles habitudes de pédaler. Les motocyclettes ont remplacé les bicyclettes qui tendent à disparaître.

Il fait terriblement chaud en ce milieu de journée du lundi 14 août. Des centaines de festivaliers se sont réfugiés sur la plage de Gelée où se déroulent les festivités. Des marchands pullulent. On trouve un peu de tout à acheter. Des marchands de cocos, de melons, de fritures, de produits artisanaux, de chaussures... et évidemment les marchands de poissons flambés. À certains endroits, les prix de certains plats ont grimpé pendant les festivités. « Il n'y a pas de doute, c'est la période au cours de laquelle nous vendons le plus, affirme Nadia, qui assiste sa mère dans son restaurant. On ne peut pas vraiment s'en plaindre. » L'avis est plutôt partagé. Sara indique qu'elle n'a pas beaucoup vendu. « Il y a du monde certes mais la vente ne suit pas réellement », indique la jeune femme assise sur sa glacière.

À une centaine de mètres, James expose ses produits artisanaux. C'est sa première fois à Gelée. Le natif de Jérémie, qui vit à Port-au-Prince, déguste un tonm-tonm (plat prisé dans la Grand'Anse). L’air timide, le jeune homme se plaint du problème d'éclairage sur la plage. Les rayons des lampadaires n'arrivent pas jusqu'à lui. Et estime que cela lui joue un mauvais tour. « Les gens garent leurs véhicules et s'en vont, dit-il. Ce n'est pas très agréable de rester dans le noir. Personne n'a aucun intérêt d'acheter dans ces conditions ».

Une jeune femme débarque avec trois malles. Elle descend d'une motocyclette. Arrange sa perruque et retouche son maquillage. Dans son sac, elle sort une centaine de paires de chaussures fabriquées localement qu'elle expose sur un large bac. Rose Ania est venue spécialement pour les festivités. Elle n'est pas là pour danser mais pour tenter d'écouler quelques produits. C'est tout l’inverse pour Jude. Il est là pour fêter. « C'est un rendez-vous annuel, indique l'originaire de Port-Salut. La seule année où je n'étais pas là c'était en 2010 [l'année du passage du tremblement de terre]. »

Jude a tout apporté avec lui. Sa tente, elle la plante à quelque 200 mètres du podium où doivent se dérouler les prestations des groupes musicaux. Son matelas est posé sur le sol. Des céréales, du lait et un peu d’alcool dans son sac à dos. « Que voulez-vous que je fasse dans un pays si stressant? », lâche Jude, la main gauche plantée dans la poitrine opulente de sa compagne dans un bikini rose. Entre-temps, un appareil de radio du jeune couple vomit du dancehall. Avant même que la cacophonie prenne de l’ampleur au cours de la soirée.

Tout par la mairie et le pouvoir central

Selon le maire des Cayes, la fête va se poursuivre jusqu’au 19 août. Le budget prévu pour les festivités était un peu plus de 18 millions de gourdes. « Le budget de Gelée est comme celui du carnaval des Cayes, c’est un peu lourd parce qu’il y a beaucoup à faire pour que la fête soit une réussite », explique M. Fortuné. Il se félicite que ces festivités aient donné du travail temporaire à des centaines de personnes dans un programme d’assainissement. « Le pouvoir central finance à 2/3 et la maire à 1/3, souligne le maire. Il n’y a pas de financement du secteur privé cette année. »

Le maire est plutôt satisfait du déroulement des festivités. Contrairement à des festivaliers qui estiment que le potentiel de Gelée n'est pas assez exploité.

Réagir à cet article