« Rebelle », des chansons « catchy », prenantes et adorables

Publié le 2017-09-11 | Le Nouvelliste

Ticket Mag -

Cet album séduit l’auditeur dès la première écoute. Les mélodies, pas très élaborées, ont des contours aisément cernables, ce qui ne veut pas dire qu’elles sont faciles. On les retient sans forcer : elles sont plutôt belles, comme la chanteuse. Elles sont du genre couplets-refrain, sans rigidité, avec parfois ponts et chœurs. La majorité de ces airs est en ton majeur ; une ou deux compositions sont bâties en ton mineur. L’oreille ne croit pas distinguer de modulations, ni de transpositions habituelles d’un ton ou d’un demi-ton supérieur, vers l’aigu. Les introductions sont bien préparées, soignées. Elles sont parfois presque récitées.

Nous félicitons la chanteuse, compositrice-ou ses chansonniers- pour le choix de la variété rythmique et des genres contemporains à la mode : RnB, dancehall, pop-dance mélangé au calypso, disco-funk,‘’rabòday’’, konpa…etc. On use parfois du mélange, du ‘’crossover’’ entre les formes et les mélodies américaines et nos cadences traditionnelles ou locales (Ibo, konpa, meringue- contredanse ‘’mayoyo’’, kongo). Rutshelle est de son temps et de sa génération : elle l'assume sans complexe. Elle est réaliste et tournée vers le public haïtien, ainsi que celui d’outre-mer. ‘’Worldbeat’’, disent les jeunes, orientés vers l’universel. Je dirais tout simplement : ‘’variétés’’.

Les harmonies sont presque traditionnelles, presque faibles en tensions. Elles sont, malgré tout, bonnes et agréables ; adéquates, dans le domaine de la chanson où elles ne dérangent pas.

Un travail d’arrangement, d’orchestration et d’instrumentation, comme de studio est, d’après nous responsable à 55% de la réussite indubitable, enthousiasmante de cet album.

La bande à Fabrice Rouzier et à Clément Bélizaire s’en est occupée, elle a bien travaillé. N’empêche que nous aimerions en savoir davantage sur les crédits, les musiciens et le personnel ayant participé à l’aventure : ils ne sont pas disponibles sur tous les albums.

La thématique centrale, comme l’annonce le titre de l’album, est la révolte de la femme moderne et libre, la rébellion contre le machisme sous toutes formes : violences physiques, esclavage domestique, femmes-objets, femmes à vendre et achetables-prostitution pour mieux dire, matérialisme et grossièreté, absence de galanterie et de bonnes manières dans l’approche. Mais aussi…ruses meilleures et pauses intellectuelles, pédantisme littéraire, philosophique et scientifique dans le but de mystifier, d’éblouir et d’inférioriser.

Rutshelle se veut avant tout une femme libre de disposer d’elle-même, sans chaîne . Malgré tout, dans les sous-thèmes, il y a de la place pour la tendresse, l’amour romantique éternel et rêvé, la nostalgie et l’amour de son pays, Haïti. Rutshelle ne hait pas les hommes et l’amour pour autant.

L’interprète et sa voix sont superbes, il faut le dire : elles ne font qu’une. Incontestablement, Rutshelle sait chanter. Elle a un beau timbre et fait ce qu’elle veut de son organe. Nous apprécions son excellence dans le registre aigu, où elle monte souvent dans cette stratosphère. Elle est définitivement marquée par ses idoles de la ‘’soul’’ et du ‘’RnB’’. Elle est très sensible.

Cet album, répétons-nous, est séduisant : c’est presqu’un ‘’must’’. On apprécie la qualité simple et objective des textes, en français comme en créole. On fait des réserves sur l’usage fréquent de ‘’turn around’’ harmoniques : relatifs et ‘’4 carrés’’.

Présentation

Onze chansons plaisantes, pour la joie de l’auditeur et sa délectation

1- « Victorious » -(RnB- Ft. Veeby)

2- « J’aime les gentlemen » (Rythme un peu Ibo. Accordéon. Chœurs : « Hey, boy ! Vas-y mollo »… « Ban mwen m ap ba wou ».

3- « Dènye Won »- Feet. Gaëlle Bien-Aimé. (En créole, rythme de méringue- contredanse, genre ‘’mayoyo’’).

4- « Pour les siècles »- Feet. J-Perry et Mickael Brun. (Disco-funk-dance)

5- « I am not for sale »- (Thème très clair dans les paroles et intentions. Savoureux konpa

6- « Sekrè » Ft. Stichiz (Sorte de dance-hall tendant nettement vers le rock-and-roll)

7- « Dechennen m » (Konpa troubadour. Ah ! L’accordéon et les riffs de saxophone en finale !)

8- « Pi pre mwen » (En mineur. Savant dosage de Kongo et RnB. Beau back-ground)

9- « Fèmen je w » (Rabordage à l’ancienne ? Maskawon ? Très carnaval en tout cas. Rutshelle et James Germain exhortent à la lutte, au courage, à avoir la foi en ses rêves)

10- « Mwen sonje Ayiti » (Sorte de konpa lent et altéré. En mineur, triste et nostalgique)

11- « Rendez-vous au sommet » (Excellent mélange de ‘’pop-dance et de calypso dans la mélodie)

« Rebelle » ? J’aime franchement.

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