Budget 2017-2018

Les pouvoirs exécutif et législatif coûtent trop cher au pays

Publié le 2017-08-10 | Le Nouvelliste

Economie -

« Il n’est pas possible qu’un budget, instrument de prévision, de planification, de développement économique et social soit aussi exclusif et inégal », déplore Camille Charlmers, directeur exécutif de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA). Selon lui, ce budget ne tient nullement compte de la réalité socioéconomique de la plus grande majorité de la population. Malheureusement, ce sont les pouvoirs exécutif et législatif qui sont les plus grands bénéficiaires de cette loi de finances pour l’exercice 2017-2018, votée par les députés cette semaine, a-t-il dénoncé.

Camille Charlmers estime que les parlementaires auraient dû prendre en compte les nombreuses remarques et commentaires qui leur ont été prodigués par des personnalités de la société civile et des regroupements socioprofessionnels avant le vote de cette loi. Pour lui, certains élus agissent non en fonction de l’intérêt de leurs mandants qui représentent la majorité, mais des leurs. À en croire le leader de la PAPDA, c’est ce qui a expliqué cet empressement et cette volonté manifeste des 74 députés qui ont voté en faveur de ce budget.

Les grands absents de cette loi de finances, regrette M. Charlmers, sont les collectivités territoriales. L’esprit de la préparation du budget n’est pas conforme à la Constitution de 1987, où les collectivités devraient avoir un rôle majeur à jouer, reconnaît le professeur d’université. Selon lui, l’absence des assemblées communales et locales dans l’élaboration du budget constitue un véritable manque à gagner. La loi de finances pour l’exercice 2017-2018 a été préparée sans une préoccupation véritable des besoins réels de ces localités, a-t-il déploré.

Parallèlement, il a vertement critiqué l’hyperconcentration du budget autour de l’exécutif alors que la justice est traitée en parent pauvre avec seulement 0,8% des fonds mis à sa disposition. Pour établir un minimum de confiance au sein de l'appareil judiciaire, il faut que ce dernier soit doté de plus de crédits dans le budget, a-t-il poursuivi. « Nous jugeons anormal que le système judiciaire, de par son importance pour Haïti, puisse être traité ainsi », dit-il avec consternation. « Plus de fonds pourraient vouloir dire une justice indépendante », a-t-il fait remarquer.

Plus loin, Camille Charlmers dénonce la réduction des fonds alloués au département de la Grand-Anse, très touché en octobre 2016 par l'ouragan Matthew. C'est donc, selon lui, une preuve certaine que le budget n'a pas été préparé en fonction des urgences du moment. « Je suis bouleversé par ce budget qui ne fait que protéger les détenteurs de capitaux au détriment de la masse défavorisée », a-t-il lâché. Il appelle la population à se réveiller pour ne pas continuer à être victime de ceux-là à qui elle avait donné le pouvoir.

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