Au Canada, cacophonie dans la musique de notre diplomatie

Publié le 2017-08-10 | Le Nouvelliste

Editorial -

Cela fait des mois que les officiels haïtiens - le président Jovenel Moïse en tête, le ministre des Affaires étrangères à sa suite et tous les Haïtiens qui prennent la parole sur le TPS de même -, tous en chœur, réclament des autorités américaines un prolongement du statut spécial qui permet à 60 000 compatriotes de séjourner sans restriction aux USA depuis le séisme du 12 janvier 2010.

Jusque devant le vice-président Mike Pence, le président Moïse a plaidé la cause du TPS en arguant que le pays, après les dévastations du tremblement de terre et les ravages de Matthew, n'est pas en état d'accueillir convenablement des milliers des nôtres qui ont refait leur vie aux standards américains. L'argumentation paraissait claire. La cause juste.

Depuis quelques semaines, parmi les Haïtiens installés aux USA, une fraction décide de traverser la frontière pour chercher asile au Canada. Ils sont pour le moment bien accueillis. Les autorités canadiennes prennent des dispositions pour les mettre dans les rails du processus d'examen de leur demande. Il y a une compréhension de leur statut dans la ville sanctuaire qu'est devenue Montréal en réaction aux politiques migratoires du président américain Donald Trump.

Si on ne peut pas prédire que tous les demandeurs d'asile vont être reçus, il ne fait pas de doute que le cas haïtien fait école : ce n'est pas tous les jours que des gens fuient les États-Unis d'Amérique pour chercher refuge dans un autre pays.

Mais voilà que débarquent à Montréal deux ministres haïtiens, celui des Affaires étrangères et celui des Haïtiens vivant à l’étranger -un attelage qui n'a pas l'habitude de faire route ensemble pour défendre la cause de nos compatriotes-, qui proclament haut et fort que le pays fera le nécessaire pour accueillir les Haïtiens qui veulent retourner au bercail.

Quand les Haïtiens sont aux États-Unis, nos autorités recommandent que le statut temporaire spécial (TPS) leur soit accordé parce que la vie leur sera plus douce au pays de Trump, quand les mêmes arrivent au Canada, nous nous dépêchons de dire que nous pourrons les accueillir. Allez comprendre.

Il est à se demander quelle mouche a piqué la diplomatie haïtienne. Quel message voulons-nous faire entendre aux autorités américaines? Aux Autorités canadiennes ? Pourquoi des officiels haïtiens décident de saboter les efforts des demandeurs d'asile en polluant leurs dossiers au Canada ?

Il est à espérer que les deux ministres ne voulaient que voir le Canada et qu'ils rentreront au plus vite au pays. Il est à craindre qu'ils se rendent aux États-Unis en vue de présenter une vision idyllique d'un retour au pays natal pour tous les porteurs de TPS.

Des fois, on se demande qui écrit la partition de la diplomatie haïtienne pour aboutir à une cacophonie si parfaite. Il faut que les ministères des Affaires étrangères et des Haïtiens vivant à l’étranger se mettent au travail, œuvrent pour le bien des intérêts de nos compatriotes, mais ils doivent bien le faire. Il y a assez d’écueils sur la route des Haïtiens à l’étranger pour que spontanément nos diplomates y ajoutent leur grain de sel.

En République dominicaine, dans les Antilles, aux États-Unis, au Canada, au Mexique, au Chili, au Brésil, pour ne citer que ces destinations, il y a du travail à faire. Avant de prendre l’avion pour s’y rendre, nos responsables doivent avoir une stratégie.

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