Le travail n’est pas mis en valeur en Haïti, les Haïtiens partent

Publié le 2017-08-07 | Le Nouvelliste

Editorial -

« Que faut-il faire pour que les Haïtiens restent dans leur pays ? »

« Pourquoi les Haïtiens quittent-ils leur pays ? »

« Que vont faire les Haïtiens à l’étranger ? »

Ces questions, variations sur un même thème, que de fois un étranger ne les a posées. La réponse embarrassée est toujours la même : Ils vont chercher du travail, ils rêvent d’avenir, ils veulent des lendemains meilleurs.

Non pas que, pour un certain pourcentage des partants, la raison ne soit des persécutions politiques, de crainte pour leur vie s’ils restent en Haïti ou pour des raisons fondées, connues d'eux seuls, mais la majorité est guidée par des facteurs économiques.

En Haïti, nous fabriquons des enfants qui deviennent des adultes sans que la société haïtienne crée les emplois qui doivent les absorber. Le départ est souvent la seule issue.

On est mieux travailleur agricole en République dominicaine qu’enchaîné dans un food for work qui ne dit pas son nom dans les campagnes haïtiennes. L’agriculture de subsistance n’est toujours pas remplacée par des exploitations agricoles; le capital, l’investissement fuient les provinces, partir pour la ville ou pour l’étranger est la seule issue. D’autant que dans nos villes l’emploi est rare. Le taux de croissance des secteurs, même en bonne santé, souvent anémique.

D’un gouvernement à l’autre, d’une administration à l’autre, quel que soit le président en fonction depuis les années cinquante et même avant, la question de la création d’emplois n’a jamais été à l’ordre du jour, ni une préoccupation, ni un objectif, ni une obligation pour qui que ce soit en Haïti. Le privé comme le public ne se donnent cette responsabilité.

Le chômage est à l'état endémique en Haïti et, pour se donner bonne conscience, on fait comme si c’est la faute aux chômeurs.

Le libellé du ministère des Affaires sociales et du Travail dit tout : les affaires sociales viennent avant le travail dans la mission de ce qui aurait dû être le pilier de l’action gouvernementale sur la question.

La valeur travail n’est pas mise en avant en Haïti. Partout, on vante la qualité de la main-d’œuvre haïtienne, sauf en Haïti.

Sortir des ornières du sous-développement, gravir les pentes du développement durable, produire du mieux-être ne peuvent passer que par le travail manuel ou intellectuel. Nous devons nous y mettre.

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