Quelle Chine sera la Chine de Jovenel Moïse ?

Publié le 2017-08-04 | Le Nouvelliste

Editorial -

Port-au-Prince s’excite depuis une semaine sur d'hypothétiques milliards de dollars d’investissements que des Chinois vont faire pleuvoir sur le pays dans les prochains jours. Il a suffi de la visite d’une délégation d’hommes d’affaires de la République populaire de Chine dans les bureaux du maire de la capitale pour que, comme Pierrette, des âmes bien nées se mettent à transformer un petit pot de lait en milliers de vaches. Dans les faits, aucun contrat n’a été signé entre le premier citoyen de Port-au-Prince, Youri Chevry, et les investisseurs chinois. Un communiqué de la mairie laisse entrevoir une collaboration future, rien de plus pour le moment. Pour une source proche des pourparlers, « il y a du potentiel. Pas plus. Pour le moment. »

Dans d’autres bureaux, d’autres Chinois sont dans nos murs. Toujours de la République populaire de Chine. Cette fois, ils sont là à la demande du président de la République. Les techniciens chinois évaluent les besoins, cherchent à comprendre les préoccupations du chef de l’État qui veut doter le pays d’infrastructures marquantes pendant son mandat : routes, aéroports, voies ferrées, téléphériques, centrales électriques, réseau national de transport électrique, ports... Jovenel Moïse veut tout et le plus vite possible.

Il y a aussi des Chinois qui sont sur place dans le pays depuis 2009. Une firme travaille par-ci, par-là, réalise des infrastructures, des routes et des ponts. Le chantier le plus visible de ces Chinois, toujours de la Grande Chine, se trouve à Port-au-Prince, au Champ de Mars, à deux pas du palais national. Le palais des finances sur l’ancien emplacement du palais des ministères est leur œuvre. Le tout est payé par l’État haïtien.

Il y a enfin d’autres Chinois. De la République de Chine, plus connue ici comme Taïwan. Ils sont là depuis des décennies. Taïwan, c’est la Chine qu’Haïti reconnaît comme État. Cette Chine, ami fidèle, a soutenu les gouvernements haïtiens à coup de millions de dollars. Elle a son entreprise de construction qui a finalisé l’un des rares chantiers achevés de la présidence de Michel Martelly : la Cour de cassation en face du palais national. L’histoire entre les deux pays, souvent réduite aux relations sur les envies d’un président, aurait pu être plus grandiose si Haïti avait mieux cherché à comprendre les Chinois.

En ces temps où les milliards des Chinois font battre le cœur des officiels haïtiens, la politique du grand écart entre les deux Chines continue. Ici, on tente de garder une Chine tout en se rapprochant de l’autre Chine depuis des années. Cela donne-t-il les résultats escomptés ? L’équilibre pourra-t-il faire financer gratuitement nos grands projets ? Sur quelle Chine Haïti va-t-elle miser son va-tout ? Ces questions n’ont jamais été autant d’actualité que depuis l'accession de Jovenel à la présidence de la République.

Pris entre ses promesses de plus en plus nombreuses, la fin de PetroCaribe, la grogne sociale, l’impossibilité de contracter des prêts auprès des bailleurs de fonds traditionnels d’Haïti et une mauvaise gouvernance teigneuse, Jovenel Moïse a besoin d’argent frais et d’une injection de capacités diverses pour monter une ingénierie financière et managériale. Cela peut le pousser vers de nouveaux partenaires si les amis traditionnels ne comprennent pas ses appels à l’aide.

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