L’État et les ONG en temps d’urgence

Publié le 2017-08-09 | Le Nouvelliste

Economie -

Quelques mois après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, les pertes sont évaluées à plus de 8 milliards de dollars américains et beaucoup de pays ont apporté leur aide à Haïti, soit en espèces, soit en nature, mais beaucoup de gens s’interrogent encore sur ce qui est réellement fait en termes de reconstruction du pays.

Nombreux sont des cadres des différents organes de l’État haïtien, en particulier ceux du ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE) qui, au mois de mars 2010, se sont réunis en vue d’élaborer un document portant le nom de « Plan d’action pour le relèvement et le développement d’Haïti ». Lequel document constitue un repère pour la refondation d’Haïti. Que fait-on avec ce document ? A-t-il été mis en exécution ?

La réalité de notre chère Haïti nous montre le contraire. Si on jette un coup d’œil sur la capitale d’Haïti et ses environs, on verra bien que nous sommes encore à l’état d’urgence. Ce qui nous amène à réfléchir sur le lien existant entre les ONG et l’État en temps d’urgence, non pas dans une logique destructive mais plutôt d’inciter les dirigeants haïtiens à mettre leur devoir au propre, vu la nécessité de tirer des leçons du passé: le pays ne peut demeurer en état d’urgence.

De toute évidence, un fait est de constater que l’aide humanitaire qui était venue massivement en Haïti a échoué et les autorités haïtiennes, semble-t-il, n’ont tiré aucune leçon de cet échec.

Fréderic Thomas a montré que l’aide internationale d’urgence a été nécessaire et a sauvé des vies. Elle fut indispensable et précieuse pour des gens sans abri, autrement dit pour les victimes d’une façon ou d’une autre. Il avance pour dire que « la vulnérabilité et les besoins sont tels qu’il est impossible de distinguer l’urgence du long terme. Mais en ramenant tout à l’urgence, on hypothèque le long terme ».

On ne peut pas juger un livre sur sa page de couverture, mais on peut le faire à partir du premier chapitre, et le plus certainement encore quand on a lu le dernier. Donc, il est plus qu’important de faire un survol sur les ONG. Depuis des dizaines d'années, les ONG occupent une place importante dans le processus de développement, notamment dans les pays du Sud. Le terme ONG recouvre une multitude d’organisations et il n’y a pas une définition unanime ou du moins unique sur ce terme. Toutefois essayons d'en donner une définition. Selon l’ONU, les « ONG »représentent les organisations, les associations à but non lucratif impliquées dans le développement international à l’aide de programmes divers vers l’étranger, ou d’actions locales liées aux problèmes de développement (groupes de pression, organisations d’étude, de recherche d’information, etc.).

Cette définition donnée par les Nations unies reste trop large pour être applicable dans tous les pays, puisqu’elle inclut des organisations de nature très différente : mouvements sociaux, organisations proches d’églises ou des milieux de l’économie privée (associations d’entreprises), centres de recherches universitaires, ainsi qu’associations de parlementaires et autorités locales…Les ONG interviennent dans la défense de l’environnement, l’urgence humanitaire, les droits de l’homme, la lutte contre la corruption, la justice internationale, le développement, etc. Dans le cadre de cet article, il serait présomptueux de vouloir prétendre couvrir tout cet univers, celui des ONG. De nos jours, nombreuses sont les études sociologiques, historiques, juridiques, économiques qui traitent la question des ONG. Ici il n’est que question de faire juste un lien entre l’État et les ONG en vue de dégager les responsabilités face à la nation haïtienne, surtout en temps d’urgence.

Les conséquences de la tempête Matthew sur Haïti sont catastrophiques presque sur tous les plans. Le bilan est lourd : plus de 500 morts selon les données de la Protection civile, plus de 61 500 sans-abri, plus de 350 000 sinistrés. Les routes sont dans un état lamentable. Le moment est venu pour que l’aide arrive chez les plus vulnérables, victimes de cette tempête dans les régions les plus reculées des quatre départements qui sont affectés par le passage de Matthew. Seulement 1% de l’aide humanitaire de la période janvier 2010 - juin 2011 a été confiée au gouvernement haïtien, vu le manque de confiance de la communauté internationale en ce dernier néanmoins, la coordination n’a pas été meilleure que ça. Aujourd'hui, les ONG et l’État ont intérêt à collaborer ensemble pour la survie des gens victimes du passage du cyclone Matthew.

Gouverner, c’est faire des prévisions pour l’avenir. Dans la modernité, l’État est l’autorité qui exerce son pouvoir sur l’ensemble d’une population et d’un territoire donné, au moyen de ses institutions. L’État a une fonction essentielle, celle de gouverner la communauté.

Dans tous les pays qui se respectent le rôle de l’État est croissant, c’est-à -dire que l’État doit tenir compte du dynamisme de sa société en fonction de ses besoins quotidiens, vu l’aspect démographique. L’État, par l’entremise d’un gouvernement, a pour mission d’adopter de bonnes politiques publiques afin de bien gérer le destin de la nation. Un État responsable ne se laisse pas prendre au dépourvu, mais il planifie ses projets et entreprend des actions préventives pour ne pas tomber dans des impasses d’où il sera difficile ensuite de sortir. Autrement dit, les dirigeants doivent apprendre du passé afin de ne pas commettre les mêmes erreurs d’autrefois.

En fin de compte, l’État doit être capable d’exercer un contrôle sur les ONG présentes sur le territoire et leur demander d’intervenir selon les priorités nationales élaborées dans le plan stratégique de développement. La situation haïtienne exige la collaboration de tous les acteurs : l’État, les ONG et les bailleurs de fonds. Le développement de ce pays doit être d’abord et avant tout le projet des Haïtiens et des Haïtiennes.

Plan d’action pour le relèvement et le développement d’Haïti, Mars 2010 Thomas Frédéric, L’échec humanitaire : Le cas haïtien, Bruxelles, Éditions Couleur livres, 2013.

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