Et si les parlementaires votaient des lois plus utiles ?

Publié le 2017-08-01 | Le Nouvelliste

Editorial -

Souvent décrié pour son manque de productivité, le Sénat de la République se montre plutôt « actif » ces derniers mois. Si auparavant les sénateurs ont adopté le projet de loi portant organisation et fonctionnement de l'Office national de l'aviation civile (OFNAC) ou voté une loi pour la promotion de la culture et l’aide aux artistes et aux artisans, ces derniers jours ils débattent d’un sujet pourtant hors sujet : le mariage entre deux personnes de même sexe. Un concept qui n’est pas vraiment à la mode en Haïti contrairement dans des pays européens ou d’Amérique du Nord où les liens entre des homos ont été légalisés. Il n’y avait jamais eu débat depuis le fameux festival « Masi Madi » qui devait avoir lieu à Port-au-Prince en septembre 2016 – finalement annulé (reporté sine die, selon la note officielle des organisateurs). Sujet clos depuis. Mais des parlementaires ont tout fait pour ressusciter ce débat. C'est peut-être dans le souci de prévenir au lieu de guérir.

Pendant plusieurs heures de débats, les sénateurs ont statué sur des propositions de loi dont certains articles sont peu explicites. Des textes que les juristes auraient toutes les peines du monde à interpréter, même celui qui parait le plus simple. Comme celui-ci : « Toute promotion, sous quelque forme et par quelque moyen que ce soit, constitue un délit d’outrage aux bonnes mœurs et à la pudeur publique ». Il faudrait bien expliquer ce qui est promotion et ce qui ne l’est pas. Il a fallu de grandes modifications dans le texte initial, avant de finalement voter « la proposition de loi portant renforcement des dispositions du Code civil relatives au mariage et à la protection de la famille », en lieu et place de « proposition de loi portant interdiction du mariage entre des personnes de même sexe ».

Sans vouloir minimiser le vote d’une telle proposition de loi, l’on peut se demander s’il n’y a pas de propositions de loi qui seraient plus utiles. Il existe évidemment des plaies beaucoup plus béantes sur lesquelles on doit se pencher. Étant des privilégiés de l’État, qui ne manquent de rien, les parlementaires le savent. Ces centaines de jeunes qui partent presque chaque jour pour le Chili, le Brésil, le Mexique, la République dominicaine ou dans des frêles embarcations pour les Bahamas, cela n’inquiète personne alors qu’il existe une vraie peur de l’avenir. Peut-être que ces jeunes seraient ravis de voir des lois votées sur l’emploi, les investissements, la protection de consommateurs. Fils de payans ou encore issus des classes moyennes, ces parlementaires ont-ils été votés pour supporter ou encadrer ces couches ?

Combien de propositions de loi beaucoup plus utiles dorment dans les tiroirs du Parlement ? Qu’ils sont nombreux ceux qui souhaiteraient voir le Parlement inscrire dans son agenda des débats sur la corruption, ce véritable fléau qui gangrène l’administration publique. Des lois qui seraient plus utiles à la bonne marche des institutions, qui garantiraient un avenir plus serein. Qui n’a jamais entendu des parlementaires se targuer de contrôler telle ou telle institution publique ?

Avant de passer au vrai chantier, le Sénat veut protéger la famille de la « dépravation ». Cette famille qui, de jour en jour, fuit le pays. Au moment où le budget du Parlement a plus que doublé en trois ans alors que les problèmes ne sont jamais réellement attaqués.

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