Les Haïtiens n’ont plus besoin de visa pour se rendre à Taïwan

Publié le 2017-07-13 | Le Nouvelliste

National -

Dans son communiqué officiel no 117 daté du 12 juillet 2017, le ministère taïwanais des Affaires étrangères a rendu publique la mesure qui couvait déjà depuis quelque temps en hauts lieux. Les ressortissants de 10 pays alliés désireux de voyager sur l'île de Taïwan, pour tourisme ou pour affaires, bénéficieront d’une exemption de visa d’entrée et de séjour. Cette nouvelle décision applicable immédiatement, vise, selon le communiqué, à démontrer les liens de proximité entre la République de Chine-Taïwan et ses alliés sud-américains et caribéens et entre dans le cadre du « principe de réciprocité et de bénéfice mutuel ». Parmi les 10 pays bénéficiaires, la République d’Haïti est classée, avec le Salvador, le Honduras et le Nicaragua dans le groupe des privilégiés pour lesquels l'exemption de visa est applicable pour tout séjour allant jusqu'à 90 jours. Pour les ressortissants des six autres pays (la République dominicaine, le Bélize, le Guatemala, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie et Saint-Vincent-et-les-Grenadines), ce séjour ne pourra dépasser 30 jours. Désormais donc, tout Haïtien peut se rendre à Taïwan avec pour seul document officiel, son passeport floqué du palmiste et du bonnet de la liberté (avec 6 mois de validité au moins). Evidemment, il lui faudra fournir des preuves supplémentaires de son intention de quitter Taïwan au terme de son séjour: soit en présentant son billet retour vers Haïti ou un billet et un visa d’entrée valide vers un autre pays (où il compte se rendre après son séjour à Taïwan). Dernière condition exigée par la nouvelle mesure : le voyageur ne doit pas posséder de casier judiciaire. Condition dont la vérification reste à la discrétion des autorités taïwanaises, toujours selon le communiqué. Dans la pratique, cette nouvelle mesure ne devrait pas véritablement changer grand-chose dans la mesure où, contrairement à la liaison Port-au-Prince/Santiago de Chili par exemple, aucune ligne commerciale aérienne ou maritime ne relie directement Taïwan et Haïti. Le couloir privilégié pour se rendre en République de Chine restera donc les USA, pays dont la loi d’immigration exige l'obtention d'un visa de transit pour y faire escale par les ports ou aéroports. A moins de jongler avec les connections où le visa de transit ne sera pas exigé (en passant par la France hexagonale, par exemple), quitte à voir le coût du billet d’avion exploser, les petites bourses haïtiennes se trouveront sans doute obligées de quérir un visa (celui du pays de transit) pour faire du tourisme à Taïwan. Quant aux grandes bourses, à part la procédure administrative en moins, elles n’avaient de toute façon pas trop de souci à se faire délivrer le visa par l’ambassade du Morne Calvaire. Ajoutés à cela : la distance (près de 30h de voyage en comptant vols et durée d’escales), le prix du billet (entre $1000 et 1500 us) en passant par les USA, la langue et la culture d’un autre monde… Difficile donc de croire que Taïwan puisse devenir le nouvel Eldorado haïtien. Même si l’on sait que rien n’est impossible à l’Haïtien qui désespère. Les principaux concernés par cette mesure devraient être, en principe, les quelques Haïtiens résidents à Taïwan pour qui la visite de proches et amis sera facilitée. Taïwan compte environ une centaine de ressortissants haïtiens. Ils sont, majoritairement, des étudiants bénéficiant, pour la plupart, de la bourse d’excellence académique offerte par le ministère des Affaires étrangères taïwanaises (MOFA). Tout récemment, un jeune boursier Haïtien à Taïwan, Mike Bellot, a défrayé la chronique avec sa « valise à lumière » révolutionnaire qui a frappé l’attention de plusieurs médias et organisations dont CNN et le Fonds taïwanais de développement et de coopération internationale (ICDF). Il n’y a pas trop longtemps, c’est dans le monde musical que les boursiers haïtiens faisaient parler d’Haïti à Taïwan avec Suart-Venly Burocher et Claude Marcus Boéreau. Cette année encore plus d’une dizaine de jeunes Haïtiens brillants et méritants sont attendus dans la ville de Zhongli (Nord-Ouest de Taïwan) pour leur première année d’initiation au mandarin avant de poursuivre leurs études en licence ou en maîtrise dans l’université et la discipline de leur choix. Cette mesure d’exemption de visa intervient dans un contexte diplomatique d'incertitude pour Taïwan, alors que la grande Chine multiplie les initiatives visant à consolider sa politique de « Chine unique » et que Pékin a déjà ravi à sa cause plusieurs anciens alliés historiques de Taïwan. Les derniers en date sont le Sao Tomé et Principe en décembre 2016 et le Panama en juin 2017. Après ces défections, seuls vingt pays, dont Haïti, reconnaissent officiellement l’existence de Taïwan comme un territoire indépendant (et non comme une simple province de la Chine). « Il nous reste 21 alliés, nous devons les choyer », déclarait la présidente taïwanaise en décembre 2016 après le faux bond santoméen. Cette mesure participe donc de cette politique de séduction de Taïpei vis-à-vis de ses fidèles alliés qui lui permettent d’exister sur la scène internationale. Même s’il est bruit que dans certains ministères haïtiens l’on préfère traiter avec la grande Chine plus encline que Taïwan à tenir ses promesses envers Haïti, notre pays a pour tradition de ne pas tourner le dos à ceux qui lui font du bien, n’en déplaise parfois à l’Oncle Sam ou à la communauté internationale : en témoigne, par exemple, notre dernière prise de position en faveur du Venezuela à l’OEA. De plus, signe sans doute que les relations entre les deux pays sont au beau fixe, le président Jovenel Moïse a récemment décoré, le 16 mai dernier, l’ambassadeur taïwanais sortant M. Tsai Chiu Hwang de l’Ordre national, au grade de Grand-Croix plaque argent. Mais, dans ce « jeu de go diplomatique » entre la République de Chine (Taïwan) et la République Populaire de Chine, l’emprise économique tentaculaire de Pékin dans le monde laisse présager que ce n’est qu’une question de temps pour que Taïwan perde d’autres alliés… « Un pays n’a pas d’amis. Il n’a que des intérêts », disait l’autre. La première République noire de l’histoire va-t-elle rester fidèle jusqu’au bout à son ami taïwanais et continuer par-là à respecter le principe d’autodétermination des peuples dont elle est un défenseur historique ?

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