Petit moment d’amour avec Emeline Michel à l’IFH

PUBLIÉ 2017-06-26


Li fini vre ? Ou kwè li p ap tounen ? Pendant un moment le public reste perplexe. Indécis. Il attend. Faudrait-on tenter un rappel ? Va-t-elle revenir ? Mais la scène reste désespérément vide. Emeline Michel ne revient pas. La chanteuse reste enfermée dans une pièce à côté du podium tandis que les musiciens qui l’ont accompagnée plient bagage. La foule qui s’était amassée sur la cour de l’Institut français en Haïti ce samedi 24 juin n’a plus d’autre choix que de vider les lieux. Elle a joué combien de temps ? 45 minutes ? « Non, 61 », m’assure un ami qui dit avoir tout chronométré. Je devrais peut-être lui faire confiance. Voyons… Arrivée sur scène sous les hourras du public avec « Mèsi Lavi », la chanteuse qui célèbre ses 30 ans de scène a enchaîné avec « Mwen p ap ka lage w » marqué par un solo de Fabian Berghin à l’accordéon. « Il fait chaud », « L’odeur de ma terre », « Beni yo » et « Rhum et flamme », deux morceaux repris avec la chorale de la Fokal, « Mwen pare », avec un excellent show du guitariste Dominique James, ont suivi. Une prestation clôturée avec chaleur avec « A.K.I.K.O ». Puis, un peu sur la pointe des pieds, Emeline s’est éclipsée. Les musiciens n’avaient pas encore joué les dernières notes de cette chanson qui a consacré notre diva que cette dernière avait déjà quitté la scène, laissant l’assistance sur sa faim. Le temps de 8 chansons, l’artiste qui s’est installée à New York et qu’on n’a plus la chance de voir sur scène autant qu’on le voudrait, a rappelé à tous les raisons pour lesquelles elle est aussi adulée ici. Robe jaune et écharpe rouge, elle est arrivée sur scène tout en douceur, reconnaissante à ceux qui l’ont gardée vivante artistiquement pendant 30 ans. Connectée autant avec le public qu’avec ses musiciens, alliant les variations de sa voix à ses tours de reins qui, il faut le reconnaître, se sont quand même assagis au fil des ans, la fille des Gonaïves a séduit, comme seule peut le faire une personnalité de sa trempe. Ah, si seulement ça avait duré plus longtemps… Si seulement elle avait chanté des morceaux comme « Flanm », « Ban m Lajwa », « Pè Letènèl », « Gade Papi »… L’attente, l’euphorie autour de cette affiche qui clôturait la 3e édition des « Rencontres des musiques du monde » réalisée cette année autour de la fête de la Musique auraient toutes été justifiées. Un peu plus tôt dans la soirée, la jeune chanteuse Donaldzie Théodore s’était chargée de garder l’assistance réveillée. Alliant ses compositions personnelles comme « Mwen renmen w » à d’anciens morceaux comme « Haïti mélodie d’amour » de Ansy Dérose, « Ankò Ankò » de Jacqueline Denis & Zèklè, elle a emmené dans un véritable retour d’âge ceux qui avaient pris d’assaut la cour de l’Institut français bien avant 6 h p.m. alors que le soleil brillait encore de mille feux – soit plus d’une heure avant le début officiel du concert. C’est une assistance bon enfant qui a quelque peu réagi à ses tentatives d’animation. Mais il était évident qu’on attendait le plat de résistance, en l’occurrence notre Emeline nationale. Et bien que celle-ci nous ait, cette fois encore, bien peu donné, déjà on est en attente du prochain rendez-vous !



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