Ça passe à la télé !

Ça passe à la télé Cette semaine, le petit écran est en effervescence. À l'approche de l'été, plusieurs groupes musicaux se sont fait le devoir d'avoir au moins un nouveau clip à la télé. Résultat: le public est content et nous aussi. Voici ci-dessous une revue de quelques vidéos sorties récemment.

Publié le 2017-06-21 | Le Nouvelliste

Ticket Mag -

« Èske », T-Vice C’est presque une première de voir T-Vice sans Roberto aux premières loges. Après plusieurs années de loyaux services, Réginald Toussaint aurait finalement gagné la confiance des Martino suite au poignant départ d’Olivier Duret. À travers le nouveau clip du groupe, « Èske », le jeune chanteur remporte, comme le pari du siècle, d’être en vedette de cette formation qui n’en a jamais connu deux. À l’instar de Steve Khé de Djakout #1, Regi Mizik de son nom d’artiste apporte un bémol au compas direct de l’équipe Mèt Beton. Moins assoupli, moins charmant que son homologue, il se la joue fine quand même avec un timbre vocal réglé comme du papier à musique. Regi accorde soigneusement les variations de sa voix qui transpirent l’influence caribéenne aux nécessités des paroles. Dans des termes les plus émouvants possible, il nous fait voyager dans ses fantasmes le temps seulement de toucher des yeux celle qui fait battre son cœur. La vidéo, d’une convenable simplicité, traduit sans encombre les confidences que l’on se fait entre amoureux. « Èske w renmen mwen ? Èske m vle w nan vi mwen ? Èske w damou mwen ? Kisa k lanmou pou mwen ? »… Poétiquement, le chanteur s’est plu à fournir d’intimes réponses à d’intrigantes interrogations. Peu familier aux registres du groupe, néanmoins, « Èske » est le morceau idéal qui réinvite les Vice2k à sortir en tête-à-tête pour cet été. C’est une louable stratégie de voir T-Vice, armé d’un solide background compas, se muscler en finesse dans des partitions « love affair » pour fêter ses 25 ans. « Demisyone », Kaï L’avoir écouté rien qu’une fois suffit pour vous entraîner à fredonner même au moment inopportun « cheri w demisyone ». Original et bien élaboré, ce tube de Kaï est d’une dimension artistique remarquable. Richard Cavé reconfirme ses talents de brillant compositeur avec une nouvelle sonorité libérée de la forte influence musicale de Carimi. Si ses pairs se cassent la tête pour trouver des sujets qui sortent de l’ordinaire, le patron de Kaï, lui, puise son inspiration dans le mode de fonctionnement même de la musique. Entre séances de répétition et prestations, le chanteur trouve le juste moyen de décalquer à l’écran quelques pages d’amour d’une aventure tissée dans les coulisses de la scène. Romancé à l’éthique professionnelle, le texte « Demisyone » traite, à tort ou à raison, de réalités dissimulées dans le quotidien de l’industrie musicale. Se faire larguer au moment où l’on s’y attend le moins est un coup dur que Ricard interprète en entrelaçant liaison amoureuse et comportement administrationnel. Le clip, d’une teinte agréable, encourage à le voir et à le revoir. C’est un deuxième succès pour la jeune formation qui a fait son coup de maître avec « Malad ». Avec son nouveau vibe, Kaï est décidément en pole position pour remporter l’été. « Fè sa w vle avè m », K-Zino De la tournée à Paris au défilé carnavalesque, en passant par de grandes affiches, K-Zino, très jeune, archive un parcours de vétéran convoité par toute formation musicale. « Fè sa w vle avè m », tube promotionnel de son deuxième album, apporte un regain de fraîcheur dans le répertoire du groupe cet été. En attendant que l’opus « Transition » fasse ses preuves, le clip, quant à lui, séduit déjà les téléspectateurs. Tirée du phénomène d’insécurité, l’accrochante mise en scène nous fait redécouvrir les dérives de l’amour aux goûts du jour. Sous les lentilles de Frédérick Alexis, Gérald se prête à l’aventure d’un homme marié contraint d’assouvir les convoitises d’une fille canon qui le désire ne serait-ce que pour une journée. Face à son débordement de charme qui le fait chavirer, le chanteur ménage ses efforts et capitule avec ce sage refrain : « Fè sa w vle avè m ». Chaque vague de panique de monsieur trouve ainsi son calme au récif de l’incontournable beauté de madame. La vidéo qui nous prend à contre-pied passe en douceur du stressant kidnapping en haute mer à une ballade à l’eau de rose. Très captivante, elle dévoile entre guillemets qu’on peut instinctivement trouver confort dans d’autres bras même à mille lieux de chez soi. Chapeau au réalisateur qui nous a bien menés en bateau jusqu’à espérer une suite de cet entraînant petit jeu de K-Zino. C’est à la fois touchant et intéressant de voir heureuse une femme mariée qui vit au bénéfice du doute malgré l’ombre de l’adultère qui plane sur ses draps blancs. « Bèl tenis », Izolan Il est des plus prolifiques artistes que le HMI ait connus. Izolan ne compte plus ses clips ni ses hits. Toutefois, en panne d’inspiration, le rappeur est parfois forcé de nous glisser un flop pour maintenir le cap. Dans « Bèl tenis », sa nouvelle œuvre inspirée de la facilité, l’artiste ne s’embarrasse pas pour dévoiler qu’il peut tomber plus bas que l’on aurait pu imaginer. À croire qu’Izo fait de ses « chaussures » son centre d’intérêt après 20 ans du hit « Men bòt la ». Black Alex doit se remuer dans sa tombe. Monsieur Tout-Puissant qui se prend pour le Jay-Z du rap créole fait l’éloge du nombre incalculable de ses chaussures. « Bèl tenis » qui a tous les artifices d’un clip récent est capable de faire saliver ses concurrents. Mais d’un autre côté, sans vouloir chercher la petite bête, il a l’allure d’un rattrapage de « Pa pile tenis mwen » de Team Lòbèy. Qui pis est, il a même participé au remix de ce hit de la bande à Gio-K. Bref ! Loin des stéréotypes du ghetto, le numéro 1 de « Oyè Oyè », semble de plus en plus attirer par la luxure. De virée en bateau au divertissant moment où il sable son champagne en PIMP, Izo joue à fond le rôle de boss. Avec un anglais boiteux, le rappeur cherche parallèlement à s’américaniser. Quoi qu’il en soit, jusqu’ici, l’icône de Zoe Blood a le mérite de l’indétrônable. Par ailleurs, il doit inévitablement réviser à la hausse sa vision musicale, s’il envisage l’international. « Lanmou fasil », Vayb Vous n’aviez pas cru qu’il allait devenir fan de ses fans en abandonnant le micro. Mickael Guirand, après la dissolution de Carimi, revient sur l’échiquier musical avec Vayb, sa nouvelle formation. Encore dans les vapes, le groupe fait sa première sortie, sans surprise, en mode Carimi avec « Lanmou fasil ». On comprend qu’il est néanmoins difficile de se forger une nouvelle identité quand on a passé plus de dix ans à jouer la même partition. Quelle que soit la réalité, Mickael met son pied à l’étrier avec un texte qui simplifie l’équation de la vie conjugale dont nombre de groupes chantent la complexité depuis des lustres. Sans exagérer, la vidéo n’apporte aucune nouveauté sur le petit écran en termes de réalisation. C’est une suite de belles images qu’Abdias Laguerre nous sert comme à l’ordinaire. En revanche, on reconnaît que le scénario de « Lanmou fasil » est simple et suffisamment adapté à la chanson. Toutefois, à l’intro du clip, où Mickael est ligoté en isolement, on aurait dit que Vayb s’est inspiré du texte musical « Malad» de Kaï pour compléter sa vidéo. Ce qui n’est pas forcément tricher vu que l’autre n’a pas eu l’inspiration d’aller jusqu’au bout. Pour aborder l’été, voire déclencher la rivalité, « Lanmou fasil » n’est pas la meilleure de vraie arme. Certes, il y a du cœur et de l’énergie dans l’interprétation de ce tube, mais il manque une once d’originalité à cette nouvelle vibration. Honnêtement, la voix de Mickael, évoquant de mémorables souvenirs du trio Carimi, est censée être l’héritage majeur dont bénéficie le chanteur vedette de la bande à Fito Farinen. Avec un peu de chance, « Lanmou fasil », son premier test, ne tardera pas à gagner l’estime du grand public. « Kisa pou m bay », Gabèl Fascinant ! On n’y va pas par quatre chemins sans féliciter d’abord le groupe pour son nouveau clip. Le script de « Kisa pou m bay » est autant exceptionnel qu’il paraît inédit. Ce minifilm aux teintes de conte de fée à l’arôme du terroir suscite la curiosité et renvoie à une sensation de proximité à l’image du single imprégné d’expressions usuelles du lexique de créole. C’est une stratégie intéressante et réfléchie d’illustrer des amours interdits en mettant en confrontation deux mondes de cultures différentes dans la vidéo. Copieux et captivant, le scénario donne envie de le regarder plusieurs fois de suite. On imagine la peine que le réalisateur s’est donné pour assortir les costumes et réussir le tournage. Pour l’heure, ce single très « Harmonik » dans l’arrangement musical fait son petit bonhomme de chemin avec plus de 240 000 lectures sur le compte YouTube de Vibe Kreyòl. Il est toutefois très loin d’atteindre l’inattendu succès de « Paka fè pitit » qui a récolté 2,5 millions de vues en l’espace de six mois sur cette plateforme. Quoi qu’il en soit, « Kisa pou m bay » s’annonce déjà parmi les fleurons dans la playlist des DJ pour les grandes vacances. C‘est presque un nouveau hit pour Gabèl qui se hisse au plus haut niveau dans le top des jeunes formations compas. Savoir comment alterner Katalòg , Flav et Pachou sans qu’ils ne rentrent en éclipse n’est pas une mince affaire . « Deeper », Vanessa Désiré feat P-Jay Depuis le spectaculaire sextape qui a bousculé sa carrière, Vanessa semble n’avoir plus rien à cacher côté intimité. « Deeper », son récent clip érotique à tendance zouk, affirme sa détermination à se faire de plus en plus désirer. À corps perdu, elle se déshabille devant la caméra comme dans sa salle de bain. Sauf que la finaliste de Digicel Stars s’exhibe davantage en compagnie de voix masculines pour dissiper tout soupçon. De ses collaborations avec Mechans-T, Roby, Toby jusqu’à ce duo avec P-Jay, la jeune artiste a pratiquement enterré la hache de guerre (son avilissante vidéo) avec ses détracteurs sur les réseaux sociaux. Mais tenace, c’est une Vanessa libérée et diablement avisée qui s’enlace dans « Deeper » avec le rappeur fantôme de Wendyyy dans une partie de jambes en l’air. On l’entend encore supplier l’autre d’une voix obstinée : « aswè a m vle pou w pran m kage m tèt anba, fè m rele jan w vle ». La jeune star a carrément joué son va-tout pour asseoir sa popularité. Cette nouvelle page dans le succès de « Sa plis ke love » doit hanter les nuits de Toby qui n’a pas eu la chance de tourner sa vidéo avec Vanessa qui aurait été mieux appréciée. « Zeptima », Ayiiti Coles Elle a l’enthousiasme d’Émeline Michel, la dévotion de Carole Démesmin, mais surtout l’amour du vodou de Lunise Morse. Mine de rien, Ayiiti Coles est un pur produit local. « Zeptima », franc hommage à la culture d'identité, est le témoignage vivant auquel elle se donne en dansant. Sur un air de « techno lakay » signé Pipo Beat, Ayiiti nous fait revivre des souvenirs enfouis de nos enfances dans un pot pourri coloré de chansons traditionnelles. Pour une artiste qui grandit au milieu d’une génération qui s’égare dans les productions musicales étrangères, l’artiste voue un amour fou à la culture locale. De ces titres populaires « Gad on bèl tiròb », « Lalin a solèy », « Kay madan brino »… elle en fait ressortir une haletante mélodie récréative. La vidéo met en valeur les enfants et tout ce qui relève de la fierté nationale. Elle respecte la décence et donne l’envie de se déhancher quand vient le refrain. On espérait voir la chanteuse danser naturellement « Zeptima » comme elle l'aurait fait dans une cour de récréation. Mais Ayiiti a voulu rester dans la norme. Sans doute, elle nous réserve ses tours de rein créole pour une prochaine fois.

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