Le premier sommet haïtiano-américain des affaires est lancé à Miami

Publié le 2017-06-19 | Le Nouvelliste

Economie -

« Connecter, engager, investir ». C’est sur ce thème assez éloquent que la Chambre de commerce haïtiano-américain de Floride (HACCOF en anglais), en partenariat avec la Banque de la République d’Haïti (BRH) et le bureau du commissionnaire de Miami Dade County, a lancé, le jeudi 15 juin 2017 dans les locaux du Cultural Center de Little Haiti, le premier sommet haïtiano-américain des affaires (HABS). Ce sommet, très prometteur pour l’avenir économique et financier d’Haïti a réuni des personnalités notoires du pays et de sa diaspora, dont des membres du conseil d’administration de la banque centrale haïtienne, le gouverneur Jean Baden Dubois, la directrice générale Georgette Jean-Louis et le conseiller Fritz Duroseau ; le commissionnaire de Miami Dade County, Jean Monestime, la ministre du Tourisme, Gessy Menos, la ministre des Haïtiens vivant à l’étranger, Stéphanie Auguste, la directrice générale du Centre de facilitation des investissements (CFI), Tessa Jacques, l’ambassadeur d’Haïti à Washington, Paul Altidor, le représentant diplomatique d’Haïti à Chicago, Lesly Condé, et plusieurs représentants de la classe des affaires. L’idée de ce sommet, selon le président de la HACCOF, Jeff Lozama, part du changement intergénérationnel qui est en train de se produire au sein des Haïtiens de la diaspora. Ce groupe représente un vivier inestimable pour la patrie-mère à travers les transferts d’argent qui contribuent non seulement à la construction du PIB d’Haïti mais aussi à un certain équilibre au niveau de la balance commerciale qui, au fil des années, devient de plus en plus déficitaire pour Haïti. Ainsi, envisageant les défis que ce changement peut amener dans les prochaines années chez ces jeunes de la diaspora, parmi lesquels des professionnels très bien formés, qui n’auront quasiment aucun attachement direct à Haïti, la HACCOF a jugé nécessaire d’attirer l’attention des responsables et des acteurs économiques et financiers haïtiens sur la nécessité d’engager la nouvelle génération, de développer des mécanismes pour intéresser ces jeunes à se rapprocher d'Haïti, à s'y connecter pour mieux la connaître. Une fois ce rapprochement fait, ils finiront par l’aimer et s’engager à son épanouissement social et économique à travers l’investissement. D’où le thème principal du sommet : « Connecter-Engager-Investir ». En soumettant cette idée aux responsables de la BRH, ces derniers l’ont tout de suite embrassée jusqu’à devenir l’un des partenaires clés de cette initiative. En effet, en plus de supporter financièrement l’événement, la banque des banques a assuré tambour battant sa promotion et incité le secteur financier à y jouer pleinement sa partition. Ce qui a abouti à ce sommet de trois jours le vendredi 16 juin au Kovens Convention Center de l’Université internationale de la Floride (FIU, en anglais), où les institutions-phares de la finance haïtienne (BRH, Sogebank, UniTransfert, BNC, Capital, Sofihdes, FDI, ONA, PROFIN, etc.) en ont profité pour faire la promotion de leurs produits à des invités provenant d’un peu partout des États-Unis et d’Haïti. Rarement on a assisté à un événement d’une telle portée économique et financière en dehors d’Haïti, se réjouit l'un des participants. L'événement est d'autant plus salutaire qu'il a ouvert une nouvelle fenêtre de dialogue entre les Haïtiens de l'intérieur et ceux de l’extérieur. Grâce à cette fenêtre, ils pourront mieux communiquer et mieux appréhender les obstacles, les défis liés à la croissance et au développement d’Haïti. Les présentations des panélistes et l’exposition des services et produits des différentes institutions financières au premier jour du sommet n'ont pas laissé indifférents les participants très surpris de constater les progrès réalisés dans la finance haïtienne depuis ces dernières décennies en ce qui a trait au crédit au logement, à la consommation, à la construction, à l'accompagnement, à l'investissement et aussi à l'assurance. De son côté, la délégation haïtienne n'a pas caché son étonnement face à l’intérêt de la diaspora pour une meilleure imbrication des deux groupes dans le sauvetage national. La particularité de cet événement n’a pas échappé au gouverneur de la BRH, Jean Baden Dubois, qui ne cache pas son honneur de participer aux travaux de la session Finance de ce sommet initié par la HACCOF. Dans son long discours, le gouverneur place la participation de la BRH dans le cadre des efforts consentis depuis quelque temps par la banque des banques en vue d’intensifier l'utilisation des moyens dont elle dispose en tant qu’institution de l’État haïtien chargée de conduire la politique monétaire d’Haïti et de veiller à la stabilité du système financier national. « Cette mission, dont on ne saurait trop souligner l’importance, exige de la BRH qu’elle reste sans cesse mobilisée afin de jouer, de manière opportune et appropriée, son rôle dans la mise en place et le maintien des conditions nécessaires à la bonne marche de l’économie nationale », indique le gouverneur qui a mis en relief quelques chiffres, tout en montrant l’importance des transferts de la diaspora pour l’économie. « Les statistiques montrent qu’en l’année 2000, Haïti figurait déjà parmi les pays de la région envoyant le nombre le plus élevé de travailleurs hautement qualifiés... Pour l’année 2004, 35% des médecins haïtiens ont quitté Haïti pour les États-Unis, le Canada, l’Australie et le Royaume-Uni.» Cependant, à côté de ces chiffres honorables, M. Dubois a avancé également des données qui ne font pas bien au pays. « Il est estimé que 80% des Haïtiens ayant un diplôme universitaire (licence, maîtrise ou doctorat) ne vivent pas en Haïti. 80% de l’intelligentsia haïtienne se trouve donc dans la diaspora ». Face à un tel constat, le gouverneur supplie ses compatriotes de l’étranger de ne pas laisser à seulement 20% de l’intelligentsia haïtienne le soin de développer et de sauver Haïti. « Nous avons certes besoin du capital financier que constitue la diaspora, mais nous avons encore plus besoin de votre capital humain bien formé et expérimenté », soutient Jean Baden Dubois qui, tout en étalant les mauvaises performances économiques d’Haïti au cours des deux dernières décennies, invite la diaspora à venir investir dans le pays. Le commissionnaire de Miami Dade County, M. Jean Monestime, qui a lui aussi payé de sa présence au sommet haïtiano-americain des affaires, a salué le courage du président de la HACCOF, M. Lozama qui a mené à son terme la réalisation de ce sommet. Dans son allocution de circonstance, M. Monestime ne voit pas d’un bon œil la situation dans laquelle patauge le pays après plus de deux siècles d’indépendance. « 213 ans d’indépendance, nous sommes toujours prisonniers. Nous n’avons pas besoin d’être au pouvoir pour participer au développement du pays », fustige l’élu de Miami. Il a mis en exergue les potentialités touristiques et culturelles d’Haïti que nous n’avons pas su mettre à profit. « Beaucoup d’étrangers venus de partout dans le monde profitent chaque jour de nos plages et de nos sites touristiques. Si, chaque année les Haïtiens de la diaspora envisagent d’envoyer leurs enfants passer des vacances en Haïti, imaginez ce que cela ferait en termes de retombées économiques », s’indigne M. Monestime, invitant les jeunes Haïtiens de la diaspora à se tourner vers leur pays. « Haïti a besoin de vous. Elle a besoin de vos capacités de création. » Six panels de présentation Les interventions des principaux intervenants du premier jour du sommet étaient constituées de débats de panélistes intervenant sur des sous-thèmes variés. En tout, six sous-thèmes ont été débattus par une trentaine de panélistes au cours de la journée du vendredi. Un des panels a traité du sous-thème : « Lier la génération millénaire (les jeunes ayant atteint l’âge adulte au cours des années 2000) d’Haïti à celle de la diaspora ». Sous la conduite du modérateur Michael Lemke, les cinq jeunes panélistes entrepreneurs Marc Alain Boucicault (Haïti); Doudly Elius (New Jersey); Stéphanie Jean Baptiste ; Sandra Florvella Pierre ; Wanda Tima ont débattu des obstacles séparant ces deux générations et aussi les moyens à envisager pour éliminer ces obstacles et arriver à un climat de coopération pour le bien du pays. Le deuxième panel qui portait sur le tourisme avait pour thème : « Revenons en Haïti ». Ce panel analysait les possibilités pour l’Haïtien de la diaspora de contribuer à la relance de l’industrie du tourisme haïtien et ainsi servir de catalyseur pour une meilleure image et une meilleure stratégie de promotion pour le pays. Quatre personnes composaient ce panel modéré par Dominique Jean-Jacques. Il s’agit de Tamara Rodriguez (Marriott) ; Sébastien Buteau (ATH) ; Jessy Menos (MT) ; Christian Fombrun (Decameron). Le troisième panel débattait des « Échanges intellectuels ». En d’autres termes, on y parlait des opportunités pour des Haïtiano-Américain de contribuer au développement d’Haïti en utilisant son capital intellectuel. Les panélistes répondaient aux noms de Dr Guerda Nicolas( Université de Miami) ; Paul Altidor (ambassadeur d’Haïti à Washington) ; Allen Krause (ambassade américaine en Haïti) ; Jene Thomas (USAID Haïti) ; Stéphanie Auguste (MHAVE). Le modérateur était M. Bony (HACCOF). Le quatrième panel débattait de : « Investir dans les secteurs public et privé pour le développement économique d’Haïti ». Ce panel, composé d'entrepreneurs et de professionnels des secteurs public et privé, encourage les investissements des Haïtiano-Américains dans des secteurs porteurs de développement en Haïti en tablant sur des retombées positives pour les investisseurs. Ce panel, moderé par le Dr Ludovic Comeau (Depaul University Chicago), était composé de Fritz Duroseau (BRH) ; Chesnel Pierre (DG ONA) ; Robert Paret (PROFIN) ; Daniel Rouzier (E-Power). Le cinquième sous-thème traitant: « Comment faire des affaires en Haïti ». Très souvent, les gens de la diaspora voulant faire du business en Haïti frappent à la mauvaise porte. Il s’adresse à des proches parents ou à des amis qui les déçoivent et les poussent à la faillite au lieu de prendre la voie normale. Depuis dix ans, l’État a créé le CFI pour accompagner les Haïtiens d’Haïti et ceux de la diaspora à toutes les étapes de la création d’une entreprise. Le modérateur de ce panel était François Guillaume (HACCOF). Les panélistes répondaient aux noms de Tessa Jacques (DG CFI) ; Harold Charles (Ceepco); Philippe Armand (Amcham, HACCOF) ; Ralph Edmond (Pharmatrix) ; Marc Georges (CCI du Nord). Le sixième panel concernait les « Expériences des multinationales investissant en Haïti ». Sur ce panel, les responsables des compagnies multinationales établies en Haïti étaient appelés à partager leurs expériences avec l’assemblée. La modératrice de ce panel était Michelle Austin Pamies (HACCOF). Les panélistes étaient Maarten Boute (Digicel) ; Jerry Cook (Hanesbrands,inc) ; Stéphanie Barnes ( Marriott P-au-P). Le président de la HACCOF, Jeff Lozama, a aussi profité de cette journée pour distinguer deux Haïtiano-Américains, Pascal Desroches et Rudy N. Brioché-deux brillants professionnels qui ont fait œuvre qui vaille dans de nombreuses institutions de renom aux États-Unis. Ancien vice-président exécutif de Turner Broadcasting System, Inc. et ancien vice-président senior et contrôleur de Time Warner Inc., Pascal Desroches a été classé parmi les 100 personnalités noires les plus influentes des États-Unis. Rudy N. Brioché a lui aussi un parcours assez brillant comme professionnel aux États-Unis. Ancien vice-président de Global Public Policy et consultant auprès de Comcast Corporation, il a également servi comme conseiller de plusieurs élus aux pays de l’oncle Sam. Fort du parcours élogieux et s'inspirant de ces deux hommes, la HACCOF leur a décerné un « Haitian American Apogee Award ». Par ailleurs, le président de la République, Jovenel Moïse, est attendu ce samedi au Gala présidentiel qui clôturera le sommet. Comme à la cérémonie de lancement où le Groupe de Danse Nancy St-Léger a assuré l’animation, pour la cérémonie de clôture, c’est le Tabou Combo qui assurera l’animation d’après la programmation établie par les organisateurs du sommet.

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