Makenzy Orcel a marché pendant dix ans pour arriver au palais national

Publié le 2017-06-14 | Le Nouvelliste

National -

Avec des éditeurs, des acteurs de la chaîne du livre et d’autres auteurs qui vont participer à la 23e édition de Livres en folie, Makenzy Orcel, l’un des deux invités d’honneur à cette grande foire littéraire, a été reçu par le président de la République, mardi, au palais national. Y arriver n’était pas chose facile pour Makenzy Orcel. « De l’extérieur à là où nous sommes, il n'y a pas beaucoup de distance. Il n’y a que deux pas», constate l’auteur de l’Ombre animale, debout dans l’enceinte du palais national. Mais pour y arriver, Makenzy Orcel a galéré. « Je n’ai fait qu’écrire pendant dix ans, du matin au soir», a-t-il confié sous le regard du chef de l’État et de ses convives. Makenzy Orcel a nourri le rêve de devenir écrivain depuis sa tendre enfance. « Après mes études, j’avais voulu faire autre chose qu’étudier. J’avais envie de raconter. De parler des gens, de la vie, de la ville, de mon quartier, de mes amis, de la façon dont ils vivent. J’avais envie de parler du silence de ma mère et de toutes les femmes du quartier», raconte-t-il. Mais la situation économique de ses parents ne lui facilitait pas la tâche. « Quand vous avez grandi dans une maison où le livre n’était pas disponible et qu’il fallait aller le chercher vous-mêmes, lire n’est pas facile», a-t-il dit. Makenzy Orcel n’a pas attendu que la littérature vienne à lui. Il est allé lui-même à sa rencontre. « La littérature n’est pas rentrée comme ça dans ma vie. C’est moi qui suis rentré dans la vie de la littérature. Je suis rentré dans la vie des mots », a-t-il dit contrairemesnt à d’autres écrivain Le plus jeune invité de Livres en folie depuis 23 ans avait l’habitude de lire tout ce qui lui tombait sous la main. À Soray, le quartier dans lequel il a grandi et où il n’y avait pas beaucoup de gens qui s’adonnaient à la lecture, il se souvient de ce monsieur qui lisait souvent des ouvrages de certains grands auteurs, dont Kant et Heidegger. « On disait de ce monsieur qu’il était fou», dit-il. Quelque temps après, il allait faire la même expérience en laissant Soray pour aller s’installer à la rue Monseigneur Guilloux puisqu’il se baladait chaque jour avec un livre. Un jour, malheureusement, à cause peut-être d’un surmenage, il s’est évanoui dans l’escalier de sa maison et a fait une chute. C’était l’occasion qu’attendaient les gens de son quartier. Ils ne pouvaient se passer de leurs commentaires. « Ou wè sa nou t ap di a, ti nèg sa fou», rapporte-t-il. Alors qu’on a tendance à dénigrer les jeunes, Makenzy Orcel y voit des gens assoiffés, notamment dans le domaine de la littérature. « Je n’ai jamais vu cet enthousiasme ailleurs», a dit celui qui a voyagé un peu partout à travers le monde. Dans les grands rendez-vous littéraires à l’étranger, il ne rencontre le plus souvent que des sexagénaires et plus. Si ces jeunes qui se trouvent dans la capitale, dans les villes éloignées sont pour le moment invisibles, cela ne veut pas dire qu’ils n’existent pas. « Il faut aller à la recherche des jeunes. Il faut leur donner une humanité, une existence», recommande Makenzy Orcel, qui accorde à la littérature et la culture une place importante dans la construction d’une société. Comment voulons-nous construire un pays sans livres, sans la culture ? se demande-t-il. Il encourage ceux qui travaillent dans le secteur de la culture à construire plus de bibliothèques, plus de salles de cinéma et créer plus de loisirs en faveur des jeunes. Un pays, ce ne sont pas les murs qui parfois empêchent de voir les gens tellement ils sont élevés, d’après Makenzy Orcel. « Pour que les murs et les symboles aient un sens, dit-il, il faut construire les gens». Sa théorie reprise que ça soit lors du cocktail de lancement de l’événement ou lors de sa participation à l’émission Panel Magik ce mercredi, c’est qu’« on ne peut pas se moquer d’un pays dont les citoyens savent lire et écrire». « Quelqu’un qui sait lire ne votera pas n’importe comment. On ne peut pas lui acheter son vote pour 1000 gourdes sans être convaincu», a-t-il lâché en présence du président de la République. Makenzy Orcel ne supporte pas l’idée que des citoyens haïtiens ne disposent d’aucun document d’identité ni ne savent ni lire ni écrire. Comment peut-on construire un pays avec des individus qui ne savent ni lire ni écrire, ni qui ne sont pas reconnus par l’État ? s’interroge l’auteur de Sans ailleurs. Heureux d’être invité d’honneur aux côtés d’Odette Roy Fombrun Makenzy Orcel ne cache pas sa joie d’être invité d’honneur de la 23e édition de Livres en folie aux côtés de la centenaire Odette Roy Fombrun. Il l’a dit dans toutes ses prises de parole. Au cocktail de lancement de la plus grande foire du livre, au palais national et à l’émission Panel Magik mercredi matin. « Je ne suis rien par rapport à Odette Roy Fombrun. C’est une grande dame qui produit des ouvrages, forme des gens, qui questionne cette société ça fait déjà très longtemps», a-t-il dit, l’air heureux de partager avec elle le tableau des invités d’honneur. Makenzy Orcel, qui a eu le plaisir de s’entretenir avec cette icône qui a fêté son centième anniversaire mardi, se veut aussi reconnaissant envers elle. « Il faut la remercier. Et je l’ai fait pour moi et pour tout le pays», a-t-il dit tout en rappelant que quand Odette Roy Fombrun a créé la première école maternelle en 1946 ses parents n’étaient pas encore nés.

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